30/10/2019 18:22
La diffusion de la culture sud-coréenne devient à l’heure actuelle un phénomène mondial. Le 28 octobre à L’Espace - Institut français de Hanoï, les experts internationaux ont partagé leurs recherches sur le succès de la vague sud-coréenne "Hallyu" à notre époque de la mondialisation.
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Table ronde sur la vague sud-coréenne "Hallyu" en France et au Vietnam, le 28 octobre à l’Institut français de Hanoï (L’Espace).
Photo : Dang Duong/CVN

L’auditorium de l’Institut français de Hanoï (L’Espace) a accueilli le 28 octobre une centaine de personnes lors de la table-ronde intitulée "BTS et Parasite : la vague coréenne en France et au Vietnam". L’évènement a vu la présence des amoureux de la culture du pays du matin calme, mais aussi de chercheurs culturels vietnamiens et français et de représentants de l’Ambassade de France au Vietnam.

La table ronde a été dirigée par l’économiste français Patrick Messerlin, professeur d’économie émérite à Sciences Po Paris et Président du comité de direction du Centre européen de l’Éco-politique internationale (ECIPE) ainsi que le chercheur sud-coréen Jimmyn Parc, chercheur culturel à Sciences Po Paris et à l’Institut de recherche en communication de l’Université nationale de Séoul (SNU).

"Hallyu", un phénomène, une stratégie inédite

Le cinéma sud-coréen est actuellement une industrie en plein boom dont la valeur dépasse toutes attentes. Son envergure grossit de manière stupéfiante depuis les années 2000, et est désormais devenu un phénomène international, non seulement en Asie mais dans le monde entier. Cette industrie comprend des films grand public, mais aussi des séries et des films d’art indépendants qui ont remporté de nombreux prix et ont été acclamés par les critiques mondiales.

D’après Patrick Messerlin, les Sud-coréens sont ceux qui fréquentent le plus les salles de cinéma au monde, avec une moyenne de 4,2 fois/an. En 2017, cette industrie a contribué à près d’un milliard d’USD au PIB du pays, avec des œuvres de renom internationale tels que Oldboy (2003), Snowpiercer (2013) et Parasite (2019) - cette dernière venant de remporter "Palme d'or" pour le meilleur film au Festival de Cannes.

Scène du film Parasite, "Palme d'or" pour le meilleur film au Festival de Cannes de 2019.
Photo : CTV/CVN

La musique sud-coréenne elle aussi poursuit cette stratégie. En effet la K-pop capte, crée et a su rapidement imposer les tendances du monde. La Corée du Sud se trouve à la 6e place du monde en termes de recettes de l'industrie de la musique, et 4e place du monde parmi les pays exportateurs de musique.

Depuis 2000, la K-pop touche l'Asie du Sud-Est et détrône la J-pop pour s’imposer comme la première industrie de musique asiatique. Les chanteurs et groupes sud-coréens, comme BTS ou Blackpink, font un triomphe avec leurs tournées mondiales. En 2017, l’industrie a apporté plus de 500 millions d’USD au PIB du pays.

"Les musiciens sud-coréens distribuent gratuitement leurs musiques via les plateformes en ligne. Le nombre faramineux de vues et d’écoutes sur Youtube, Spotify, Google et Facebook permettent aux artistes de vendre leur produit mais surtout d’aguicher et accueillir une myriade de spectateurs pour leurs concerts, ce qui assure des revenus grandioses", a précisé Jimmyn Parc.

Une leçon pour tous les exportateurs culturels

Les intervenants ont tous souligné le rôle directeur du gouvernement sud-coréen dans le succès des industries de cinéma et de musique. Ils ont rappelé qu’il y a 30 ans, la culture de ce pays était encore méconnue. Cependant les politiques favorables des administrations ont permis à "Hallyu", non seulement de dépasser la concurrence étrangère mais aussi de devenir une marque distincte internationalement.

"Le cinéma sud-coréen a beaucoup appris de Hollywood mais il a su conserver son propre style et point de vue. Par ailleurs, les administrations prennent également en compte les plateformes de réseaux sociaux et de sites tels que Metacritic ou IMDb", a souligné Patrick Messerlin.

"Après la crise économique asiatique de 1997, la culture japonaise conquiert le monde avec sa vague de mangas, animés, bandes-dessinées et J-pop. Un mouvement qui a également encouragé les entreprises sud-coréennes à produire des ouvrages de qualité", a rappelé Jimmyn Parc.

Le groupe BTS, le 14 octobre 2018, au théâtre du 13e arrondissement, Place d’Italie, à Paris.
Photo : Le Parisien/CVN

À l’ère de la mondialisation, les imitations artistiques perdent de leur valeur, qu’à cela ne tienne, "Hallyu" a trouvé l’astuce : distribuer gratuitement ses produits. Selon les intervenants, les producteurs, consommateurs et gouvernements peuvent apprendre une chose ou deux de cette stratégie sud-coréenne en termes d’exportation culturelle.

"Le gouvernement sud-coréen offre souvent ses films et séries aux autres pays, d’Asie du Sud-Est, d’Afrique du Nord ou d’Amérique du Sud. En outre, le streaming et la numérisation gagnent de plus en plus le public. La diffusion gratuite des films et des musiques en ligne joue un rôle clé dans la publicité", a noté Patrick Messerlin.

"Apprendre et imiter sont également des sources d'inspiration. Mais avec créativité, cela devient de la diversité culturelle. Chaque pays doit comprendre son point fort, afin de transformer son identité culturelle en une vraie industrie de valeur", a conclu Jimmyn Parc.

Dang Duong/CVN
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