Japon : funérailles de Shinzo Abe, l'enquête sur l'assassinat se poursuit

La famille et les proches de Shinzo Abe devaient assister mardi 12 juillet à Tokyo aux funérailles de l'ancien Premier ministre japonais assassiné vendredi dernier 8 juillet, tandis que l'enquête se poursuivait au sujet du suspect arrêté sur les lieux de l'attaque.

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Des Japonais déposent des fleurs devant le temple de Tokyo où ont lieu les funérailles de l'ex-Premier ministre Shinzo Abe le 12 juillet
Photo : AFP/VNA/CVN

La cérémonie devait se dérouler dans l'après-midi au temple bouddhiste Zojoji, dans le centre de Tokyo, en présence notamment de la veuve de Shinzo Abe, Akie, et du Premier ministre en exercice Fumio Kishida.

De nombreuses personnes se sont rendues spontanément dès le matin devant le temple pour y rendre hommage au dirigeant dont la mort violente à 67 ans a choqué le pays.

"Je suis choqué et en colère. Je n'arrive pas à surmonter ma tristesse, alors je suis venu déposer des fleurs et prier", confie à l'AFP, Tsukasa Yokawa, 41 ans. "Je le respectais vraiment. C'était un grand Premier ministre qui a fait beaucoup pour accroître la présence du Japon dans le monde", ajoute-t-il.

Des hommages publics devaient avoir lieu à une date ultérieure à Tokyo et dans le département de Yamaguchi (sud-ouest), dont M. Abe était l'un des représentants à la chambre basse du Parlement.

Décoration posthume

Plus de 2.000 personnes avaient participé lundi 11 juillet à une veillée funèbre dans le même temple, dont M. Kishida, un représentant de l'empereur Naruhito, des figures du monde politique et économique japonais et des diplomates étrangers.

Sur les lieux, une photographie montrant Shinzo Abe souriant, en chemise sans cravate était affichée, tandis qu'une vidéo montrait Akie Abe chanter et son mari l'accompagner au piano, ont rapporté des personnes présentes à l'agence Jiji.

La secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen, actuellement en déplacement en Asie, s'est également rendue lundi 11 juillet à la veillée funèbre.

Selon des médias locaux, M. Abe recevra à titre posthume le Grand collier de l'ordre suprême du Chrysanthème, la plus prestigieuse décoration dans l'Archipel.

Il avait été attaqué à l'arme à feu vendredi 8 juillet alors qu'il participait à un meeting électoral à Nara (Ouest du Japon) en vue des élections sénatoriales de dimanche, où le Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste) auquel il appartenait a sans surprise remporté une confortable victoire.

Son assassin présumé, arrêté sur les lieux de l'attaque, a été identifié par la police comme Tetsuya Yamagami, 41 ans, un ancien membre de la Force maritime d'autodéfense, la marine japonaise.

Selon des sources policières citées par des médias locaux, il aurait regardé sur YouTube des vidéos montrant comment fabriquer une arme à feu artisanale comme celle utilisée pour l'attaque.

Secte Moon

Le suspect a expliqué avoir délibérément visé M. Abe, disant en vouloir à une organisation à laquelle il le pensait affilié.

Des médias nippons avaient rapidement affirmé qu'il s'agissait d'une organisation religieuse à laquelle la mère de Mme Yamagami aurait versé des dons importants, mettant leur famille en grande difficulté financière.

L'Église de l'Unification, un culte d'origine sud-coréenne également connue sous le nom de "secte Moon", a confirmé lundi 11 juillet lors d'une conférence de presse à Tokyo que la mère du suspect faisait partie de ses fidèles mais a assuré que M. Abe n'était ni un membre ni un conseiller de l'organisation.

M. Abe, héritier d'une dynastie politique, détenait le record de longévité au poste de Premier ministre au Japon, qu'il a occupé en 2006-2007, puis de nouveau de fin 2012 à l'été 2020.

À la fois nationaliste et pragmatique, il a marqué les esprits avec sa politique économique audacieuse surnommée les "Abenomics", combinant des relances budgétaires massives avec une politique monétaire ultra-accommodante.

Il prônait aussi un Japon décomplexé de son passé militariste et rêvait de réviser la Constitution pacifiste japonaise de 1947, écrite par les occupants américains et jamais amendée depuis.

Il avait été contraint de démissionner pour des raisons de santé, mais était resté très influent au sein du PLD qu'il avait longtemps dirigé.

AFP/VNA/CVN