France : les gros festivals de musique entre éclaircie et orage

Avec une jauge à 5.000 personnes assises et distanciées apparaît une ligne de démarcation des gros festivals d'été dans les musiques actuelles : le Hellfest et Garorock renoncent, tandis que Francos et Vieilles Charrues sont optimistes.

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La chanteur Bénabar (centre)
Photo : AFP/VNA/CVN

Hellfest, Garorock, sur l'air de "No Fun" (Stooges)

Les festivals à programmation internationale sont les premiers à jeter l'éponge. "Une annulation du Hellfest semble inéluctable", indiquait vendredi 19 février à l'AFP Ben Barbaud, patron de ce festival organisé en Loire-Atlantique (180.000 spectateurs en 2019). La décision officielle est tombée dans l'après-midi : rendez-vous en 2022 pour les fans de guitares survoltées. Il n'y avait guère de suspense: "5.000 spectateurs assis, distanciés, pour du metal, ce n'est pas possible", insiste Ben Barbaud.

"Si certains collègues de festivals se réjouissent du cadre annoncé jeudi par la ministre de la Culture, je fais partie de ceux qui ne s'en réjouissent pas: c'est encore la jeunesse qui va passer un été pourri. Car 5.000 personnes assises, distanciées, c'est l'antithèse d'un festival, car dans festival il y a +fête+ avant tout", dépeint-il encore.

Sur la même longueur d'onde, on trouve Garorock (162.000 spectateurs en 2019 dans le Lot-et-Garonne) qui avait annoncé Gorillaz ou les Black Eyed Peas et a annulé vendredi 19 février. "C'était pas possible. On n'est pas une église en plein air ! L'ADN du Garorock c'est le rassemblement, la communauté, l'envie d'être ensemble. C'est entre les fêtes de Bayonne et la musique, l'esprit Sud-Ouest quoi...", déplore auprès de l'AFP de Ludovic Larbodie, son directeur et fondateur.

Les Eurockéennes (128.000 personnes en 2019 à Belfort) n'ont pas encore pris de décision, mais les dents grincent. "On est sous le choc, dos au mur", lançait jeudi 18 février Jean-Paul Roland, directeur du festival et représentant du Prodiss (Syndicat national des producteurs, diffuseurs, festivals et salles de spectacle dans le privé).

"Aux Eurocks, le spectateur n'est pas là pour être assis et voir un concert. Il est là pour un moment de vie. C'est ça qui est exclu avec la décision du ministère", regrette Jean-Paul Roland.

Tous les regards se tournent maintenant vers le festival francilien We Love Green (80.000 spectateurs en 2019) prévu en juin. "We Love Green a sondé ses festivaliers: les réponses sont claires, 85% des sondés ont dit qu'ils ne viendraient pas si c'était un festival assis", glisse déjà Jean-Paul Roland. Le festival parisien Solidays (228.000 personnes en 2019) a lui jeté l'éponge dès la semaine dernière.

Francos, Vieilles Charrues, sur l'air de "Y'a d'la joie" (Trenet)

Gérard Pont, patron des Francofolies, prévu mi-juillet à La Rochelle (150.000 personnes en 2019), fait partie de ceux qui saluent les annonces de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot comme "une excellente nouvelle". "L'an dernier, en avril, on en était nulle part, sans décision, et là, on est en février et on nous dit qu'il pourra y avoir des festivals, c'est déjà formidable", explique-t-il.

Le festival Hellfest à Clisson en 2019
Photo : AFP/VNA/CVN

"Il y a plein d'artistes qui rêvent de jouer devant 5.000 personnes, et puis notre programmation n'est pas internationale, donc on peut s'adapter, ce n'est que du positif et la situation peut, qui sait, peut-être encore s'améliorer d'ici cinq mois", ajoute Gérard Pont.

Le festival des Vieilles Charrues (270.000 spectateurs en 2019) jouera également le jeu selon les nouvelles règles. "On s'adaptera. Ce ne sera pas un été silencieux à Carhaix (commune bretonne où se déroule l'évènement), ce sera l'été des retrouvailles", confiait jeudi 18 février son directeur Jérôme Tréhorel.

Le nouveau dispositif a été dévoilé vendredi 19 février : un format inédit autour de "10 soirées de concerts, du 8 au 18 juillet 2021" au lieu des quatre journées prévues initialement. "Je craignais beaucoup qu'il n'y ait pas d'annonce du tout ou que les festivals d'été soient interdits", disait Jérôme Tréhorel jeudi 18 février. "Nous pourrions très bien passer en configuration debout si la situation sanitaire s'améliorait", se projette-t-il encore.

Le Printemps de Bourges, début mai (200.000 personnes en 2019), avait déjà anticipé et fait une croix sur sa plus grande enceinte à 10.000 personnes.

AFP/VNA/CVN

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