07/06/2022 21:05
Ses optiques sont allées sur la Lune, utilisées pour le cinéma ou servent à repérer un char à des kilomètres et à voir la nuit : dans le Centre de la France, une usine installée en pleine campagne se veut un centre d'excellence mondial en optique de précision.
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Un technicien travaille sur un objectif à l'usine Thalès Angénieux, le 17 octobre 2008 à Saint-Héand. Photo : AFP/VNA/CVN

C'est à Saint-Héand, village perché à 800 mètres d'altitude à proximité de Saint-Etienne, que le groupe de défense et technologies Thales a implanté en 1993 son site spécialisé dans "l'optronique du combattant débarqué", c'est-à-dire les technologies mêlant optique et électronique utilisées par le fantassin.

Des salles blanches où les techniciens sont équipés de charlotte et gants blancs pour les assembler, sont sorties plus de 110.000 jumelles de vision nocturne et 16.000 caméras thermiques Sophie vendues dans 55 pays.

Sophie, "à la base, c'est de l'observation thermique infrarouge à laquelle on a rajouté des fonctions de pointage laser, de zoom et de télémétrie", ainsi que de localisation, explique Raphaël Gouverneur, responsable de la ligne de production.

Autant de fonctions auparavant dévolues à des appareils différents rassemblés en un objet de 2,5 kilos, ce qui contribue à l'allègement du paquetage du soldat.

La dernière génération, dont la production débute, "permet de reconnaître un char à 6 kilomètres, c'est deux fois plus que la génération précédente", hors de portée des missiles antichar les plus modernes, explique Pascal Sécretin, directeur de la ligne Imageurs et senseurs chez Thales.

Le calibrage de l'appareil est délicat, aussi "les opérateurs sont obligés d'aller dans un champ au-dessus du village pour s'affranchir de la pollution électromagnétique", détaille le directeur industriel Gérard Frison. Faute de quoi, les ondes électromagnétiques générées par un simple ascenseur pourraient fausser le télémètre.

Berceau d'Angénieux

Dans l'atelier des jumelles de vision nocturne, lentilles, tube d'intensification de lumière et pièces mécaniques sont assemblés sur des tables de travail équipées de puissantes lampes et de hottes pour aspirer les émanations de colles et produits chimiques.

"Tout rendre au chausse-pied" dans les binoculaires pour qu'elles soient les plus compactes et légères possibles, selon Guillaume Masson, responsable de l'atelier.

Une dizaine de modèles différents, pour les fantassins, les forces spéciales, les pilotes d'hélicoptères ou d'avions de combat sont produites.

"L'intensification de lumière permet de voir par une nuit sans lune grâce à la lumière des étoiles mais au troisième sous-sol d'une cave, ça ne marche pas", explique-t-il.

Pour cela, il y a les caméras et viseurs thermiques pour lesquels jusqu'à 200 traitements de surface différents sont nécessaires pour les plus complexes.

Le marché de l'optronique du soldat s'élève à un milliard d'USD, hors États-Unis, Chine et Russie, selon Thales. À Saint-Héand, il représente 80% de l'activité, le reste étant dédié à l'activité historique du site: les optiques de cinéma Angénieux.

Créés par Pierre Angénieux, un natif de Saint-Héand, à partir de 1935, ces bijoux de technologies peuvent compter jusqu'à 25 lentilles et coûter 100.000 euros. Leur fabrication relève de l'artisanat : les gravures de mise au point des zooms sont faites sur mesure pour chaque objectif.

Sydney Lumet, Robert Altman, Pier Paolo Pasolini, Jean-Luc Godard... La liste des cinéastes à avoir adopté les optiques Angénieux pour leurs caméras est longue.

"La Nouvelle Vague existe en partie parce qu'il y a eu les zooms Angénieux", s'extasie Jean-Yves Le Poulain, ancien chef-opérateur devenu conseiller technique chez Thales.

La société s'est elle vu décerner trois Oscars techniques depuis 1964.

La qualité de l'image rendue a également valu à Angénieux d'être sélectionnée par la NASA, qui a embarqué ses optiques dans plusieurs missions spatiales, dont Apollo 11 qui a permis de renvoyer au monde en 1969 les images de la première mission sur la Lune.
AFP/VNA/CVN
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