Consolider la force interne de la culture vietnamienne

L’étude des interférences culturelles franco-vietnamiennes au début du XXe siècle n’est pas un sujet nouveau. Cette thématique est intéressante non seulement pour les chercheurs internationaux, mais aussi pour des hommes de culture du pays.

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La Revue indochinoise.
Photo : CTV/CVN

Le système éducatif français colonial, sujet d’études de nombreux chercheurs comme Trinh Van Thao, Trân Thi Phuong Hoa, Nguyên Trong Bau ou plus récemment Nguyên Thuy Phuong, a contribué à la formation de l’intelligentsia moderne qui poussa progressivement la société à s’intégrer dans l’orbite moderne du monde.

Échappant peu à peu à la sinisation, l’intelligentsia du début du XXe siècle absorba la culture française et la civilisation occidentale, engendrant des changements de perception, d’attitude, de mode de vie… Les Vietnamiens avaient des journaux, de la littérature en langue nationale, la liberté de mariage, l’égalité des sexes...

Dans le cadre du Dôi moi (Renouveau), l’éducation et la culture françaises ont inévitablement ébranlé les coutumes et pratiques dépassées et aida les gens à accéder aux concepts nouveaux mais nécessaires sur les droits individuels, la loi et aussi la réforme sociale, question toujours d’actualité.

Depuis longtemps, peut-être à cause de l’influence de la littérature satirique, on a souvent ridiculisé “l’européanisation” qui s’est opérée fortement dans la vie urbaine dans les années 1930. Mais rétrospectivement, l’européanisation, à cette époque-là, a aussi permis aux Vietnamiens de connaître des arts comme le théâtre, la nouvelle musique, le cinéma... c’est-à-dire la plupart de la nourriture spirituelle, des divertissements et des services apportés par les Européens. Aujourd’hui, nous nous développons et nous amusons constamment.

Dès lors, il sera plus juste et raisonnable de considérer les différents résultats du processus d’interférence et d’acculturation franco-vietnamienne dans son propre contexte, dans l’inévitable démarche moderne qu’a posée l’histoire dans la société vietnamienne.

Les colonialistes français ont su tirer parti de la civilisation et des techniques modernes pour réaliser leurs projets de gouvernance. Mais les Vietnamiens eux-mêmes, en particulier les élites et les groupes intellectuels progressistes, y ont également appris comment améliorer leurs moyens de subsistance, la qualité de leur travail et l’orientation de la voie de la libération nationale.

Il ne serait pas complet d’étudier le contact culturel franco-vietnamien au début du XXe siècle, en ignorant les grands noms de l’époque. L’écrivain Nguyên Ngoc les a qualifiés de “géants”. Des auteurs comme Phan Châu Trinh, Huynh Thuc Khang, Phan Khôi, Nguyên Van Vinh, Pham Quynh ont été pour lui des sources d’inspiration et de réflexion. Il les a étudiés puis s’est demandé : “Pourquoi avons-nous eu une génération d’élites, de tels géants dans la culture, au début du XXe siècle ?”.

Nguyên Ngoc a considéré que cette génération avait eu un avantage particulier, étant la “génération multiculturelle”. Ils sont passés de la sinologie aux études occidentales, c’est-à-dire “de ce sommet ils regardent l’autre sommet, de ce sommet ils viennent à l’autre sommet”. En eux se trouve “la connexion des deux plus grandes cultures de l’humanité”.

L’explication raisonnable de Nguyên Ngoc a pointé les “booms” profonds dans la prise de conscience et les actions de ces grands noms : ils ont dû se mettre à jour sans cesse et s’améliorer constamment dans le modèle des intellectuels modernes, ils ont su utiliser leurs connaissances à la fois profondes et larges pour s’engager dans la cause de la culture et de la réforme sociale.

Le point commun des personnages cités ci-dessus, d’après le critique littéraire Mai Anh Tuân, c’est leur engagement efficace et pugnace dans l’objectif d’“ouvrir l’esprit du peuple !”. Ils écrivent des journaux, des livres, traduisent des documents, ouvrent des écoles... Ils discutent de stratégies et poursuivent obstinément des stratégies de rénovation. Imprégnés de la culture occidentale grâce à leurs discussions directes avec les Français, ils conseillent et éveillent l’esprit des compatriotes par la langue nationale, un vietnamien facile à comprendre.

Les géants de la culture

Le journaliste Nguyên Van Vinh (1882-1938).
Photo : Archives/CVN

Cependant mener à bien la réforme et la consolidation de la culture nationale demande du temps. D’ailleurs, il n’est pas aisé d’inventorier immédiatement leurs acquis. Alors les “géants” eux aussi, se sont heurtés à maintes difficultés dans leur ouvrage, des confusions, des projets inachevés et parfois, ils ont dû compter sur la force des Français pour mener à bien leurs plans. Il n’est pas simple de les évaluer et les reconnaître, ceci nécessite en général une vision globale, approfondie et multidimensionnelle. “Une fois que nous étudions ces personnalités, nous sommes impressionnés par leur intelligence et leur enthousiasme, et nous admirons tellement leurs visions clairvoyantes dans le contexte difficile du début du XXe siècle”, admire Mai Anh Tuân.

Un point à noter, l’évaluation de l’interférence culturelle franco-vietnamienne à travers des bagages et des portraits de chaque personnalité provoquera toujours bien des déceptions et des regrets. La déception, car nous manquons encore ou ne pouvons pas accéder à tous leurs documents et travaux. Le regret, car il semble que la société de cette époque-là n’était pas toujours l’environnement idéal pour qu’ils réussissent leur réforme.

Si dans la première étape de l’interférence culturelle franco-vietnamienne, l’accueil de la culture française est une opportunité pour que le Vietnam, de sa position de pays féodal fermé, commence à voir, écouter et choisir les valeurs civilisées occidentales. Dans l’étape suivante, nous avons souvent entendu la voix de la modération, de la remémoration et de l’ajustement face à une réception jugée trop hâtive. C’est peut-être un signe de maturité de la nouvelle génération d’intellectuels, issue de la première classe d’élites.

Par conséquent, l’histoire de l’ingérence culturelle franco-vietnamienne, au sens large, c’est aussi l’histoire de la découverte et de la consolidation des forces culturelles internes du Vietnam et de la manière dont la nation a intégré le monde, tout en préservant son autonomie, son indépendance et ses propres caractéristiques. De tels problèmes sont toujours pressants, et les réponses et les résultats de la recherche sur cette grande histoire doivent encore être étudiés aujourd’hui.

Xuân Lôc/CVN

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