26/05/2018 09:11
"C’est beau une ville la nuit!", disait Bohringer. C’est beau aussi d’entrer dans une ville la nuit… Petite invitation à profiter des chaudes soirées à venir pour prendre l’air nocturne.
>>Hanoï clair-obscur
>>En passant le pont…

Les haubans du pont Nhât Tân, à Hanoï, illuminés dans la nuit sombre. 
Photo: Huy Hùng/VNA/CVN

Aujourd’hui, de pont en pont, d’avenue en avenue, je vous invite à commencer une promenade nocturne dans Hanoï. À pied, en voiture, en vélo ou en moto, peu importe. Seul compte le plaisir de rejoindre la capitale dont les lumières transforment la nuit en une fête, pour s’y noyer en une frénésie de couleurs et de mouvements. Attention, c’est parti!

Passer les ponts

On ne peut pas le manquer! Ses haubans illuminés dans la nuit sombre font comme un tunnel de lumières changeantes qui semble nous accueillir en entrant dans Hanoï. Le pont Nhât Tân a la grosse tête! On le dirait prêt à hisser les voiles pour descendre le fleuve Rouge et prendre le large, là-bas, du côté de Hai Phong. Mais il a beau en rougir d’effort, en bleuir d’envie, en verdir de rage, en jaunir de déception. Malgré sa symphonie de couleurs, réglée comme une horloge suisse, il ne peut rien contre sa condition de pont sédentaire, destiné à relier les deux rives d’un fleuve qui se moque bien de lui en étirant ses eaux nomades jusqu’à cette mer tant désirée.

Du coup, il en profite pour écraser de sa morgue l’ancien, celui qui ne connaissait que la chandelle ou la flammèche de la lampe-tempête pour éclairer la nuit. C’est vrai qu’il se fait bien discret notre vieux pont Long Biên, avec ses petits lumignons qui lui font une guirlande de lueurs orangées, striée parfois par l’œil cyclopéen d’un train nocturne qui transporte des voyageurs ensommeillés.

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Le pont Nhât Tân continue à hurler
sa détresse de pont immobile
à grands coups de projecteurs 
dans ses haubans de cinq-mâts,
digne des plus grands cap-horniers.

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Pourtant, si traverser le pont Nhât Tân est une féérie lumineuse, traverser le pont Long Biên, quand les étoiles se sont accrochées au ciel, est une fête joyeuse. Sur les chaussées, ondulées par l’âge, les motos et les vélos, aux phares éclairant chichement leur route, mènent une sarabande désordonnée, en se bousculant pour atteindre l’autre rive. Sur les trottoirs, dont les plaques de béton tiennent plus par devoir que par logique physique, les piétons se pressent pour rejoindre les piliers. Là, le trottoir s’élargit pour laisser place à des espaces conviviaux que, d’une natte au sol et d’un réchaud à charbon, on transforme en restaurant improvisé, pour grignoter du maïs grillé ou bouilli, boire de la bière ou simplement regarder le flot sur le pont à défaut de voir celui sous le pont. Mais, entre le fier pont Nhât Tân et l’humble pont Long Biên,  il y a l’ancienne digue, qui retenait les colères du fleuve.

Bien que baptisée du nom de la déesse Âu Co, mère de tous les Vietnamiens, la route semble endormie. Quelques rares enseignes de magasins ou de petits hôtels tentent d’égayer des bas-côtés bien ternes. Il faut attendre le marché aux fleurs de Quang An pour commencer à respirer Hanoï nocturne. 

Marché d’odeurs

Respirer est bien le mot, car dès la fin de soirée, le marché embaume de toutes les fleurs qui ont fait la route depuis les champs horticoles des environs de Hanoï, engerbées en tas sur des porte-bagages de motos, ensachées en pyramide sur des selles, entassées, couchées, brinquebalées, pour être enfin livrées… et délivrées, puis exposées sur les éventaires. Elles attendront parfois jusqu’aux toutes premières lueurs de l’aube que fleuristes ou vendeuses des rues les emmènent dans la ville pour qu’elles s’offrent au regard des passants. 

Fleurs au marché nocturne de Quang Ba, à Hanoï.
Photo: ST/CVN

Mais là, sous les lumières crues des projecteurs qui donnent du jour en pleine nuit, elles se pavanent déjà. Rose, orchidée, lys, œillet, chrysanthème rivalisent de parfums pour envoûter la nuit. Et ça se frise les étamines, ça se déroule des pétales emperlés de rosée, ça se pare de verdure pour accentuer les tons or, alizarine, grenat, fuchsia, auréolin, violine, turquoise, céruléen… Une palette chromatique à faire rosir de plaisir un peintre impressionniste.

Ensuite, Nghi Tàm nous ouvre sa voie, le long de laquelle la plus longue fresque murale en céramique du monde commence à apparaître timidement. Mais déjà, ses teintes vernissées reflètent les lumières des véhicules qui passent sur cette avenue qui nous rappelle qu’ici était autrefois le village de Nghi Tàm, haut lieu de culture de mûriers et d’élevage de vers à soie depuis le XIe siècle.  Aujourd’hui les gratte-ciel ont remplacé les mûriers, et les vers à soie, n’ayant plus rien à se mettre sous la dent, sont allés se faire du fil ailleurs.

Vue d’en haut

Mais, on bavarde, on bavarde, et mine de rien, nous voilà à la porte An Duong. Là commence la rue Yên Phu, l’ancien village de l’encens, dont on peut encore, pour peu que l’on soit curieux et persévérant, trouver quelques artisans qui continuent à pratiquer l’art de rouler de la sciure de bois parfumée à la cannelle ou à l’anis pour en faire des bâtonnets dont la destinée est de se consumer sur des autels. Pour l’heure, un qui est loin de se consumer, c’est l’immense hôtel-pyramide qui se trouve au carrefour de Yên Phu et de Thanh Niên, la route de la jeunesse. Il se dresse comme un phare à l’entrée de la vieille ville. Et quoi de mieux que de faire une pause dans notre promenade nocturne, en se laissant transporter au... 20e ciel. Là, tout au sommet de ce phare urbain, ce n’est pas une immense lentille de Fresnel qui nous attend, mais une terrasse qui nous fait surplomber les lumières de Hanoï.

Dans le lointain scintille, les fenêtres des grandes tours des quartiers modernes, comme autant de lucioles suspendues entre ciel et terre.  Plus proche, brisant la tâche sombre des eaux du lac de l’Ouest et du lac Truc Bach (Bambou blanc), la voie Thanh Niên et son serpent lumineux de voitures et de motos conduisent notre regard vers un fuseau de lumière blanche du côté de la place Ba Dinh. Plus à gauche, après la tour du drapeau que l’on distingue à peine dans l’obscurité, la vieille ville semble endormie. Pour aller voir ce qui se passe de l’autre côté, vers le fleuve, il faut quitter la terrasse et pénétrer dans le bar panoramique.

Attention, déconseillé à ceux qui sont victimes du vertige. Les parois vitrées ouvrent une perspective à pic sur l’avenue en contrebas. Hormis l’animation de celle-ci, on ne distingue que la masse de maisons blotties les unes contre les autres, le long d’une obscure étendue qui borde un ruban mouvant à peine éclairé par la lueur de la lune. Tandis que la ville joue sa partition lumineuse, le fleuve Rouge poursuit son lent chemin en évitant de réveiller les buffles qui dorment.

Et tout là-bas, le pont Nhât Tân continue à hurler sa détresse de pont immobile à grands coups de projecteurs dans ses haubans de cinq-mâts, digne des plus grands cap-horniers.

Gérard Bonnafont/CVN





 
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