12/11/2016 14:56
Le mannequin ajuste ses vêtements, esquisse un sourire en regardant l’objectif et tient sa tête droite dès que l’appareil photo crépite. Rien de plus normal pour des photos de mode dans une grande ville européenne. Mais dans cet atelier d’Istanbul, l’exercice est différent.
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Un manequin se prépare avant une séance photo à Istanbul, en Turquie. 
Photo : AFP/VNA/CVN

Point de robes qui épousent les courbes du corps : ici les modèles vantent une mode islamique glamour à sa façon, avec robes larges et foulards sur les cheveux.

En Turquie, pays majoritairement musulman, cette industrie conciliant mode et valeurs religieuses connaît un succès croissant, dans une conjoncture favorisée par l’agenda islamo-conservateur du Parti de la justice et du développement du président Recep Tayyip Erdogan.

Plus largement, le marché de la mode islamique pourrait, selon le Conseil de la mode islamique et du design (IFDC) basé à Dubaï, avoisiner les 500 milliards de dollars d’ici quelques années, soit plus de 445 milliards d’euros.

Dans l’atelier situé sur la rive asiatique d’Istanbul, les mannequins, maquillées et le port élégant, s’efforcent de mettre en valeur les vêtements qu’elles portent sans rien montrer de leur corps, hormis le visage et les mains. Au menu du jour: tuniques longues et robes de soirée brillantes assorties de hauts talons. Les coupes sobres mais les couleurs sont vives.

Ventes de burkinis en hausse

Les photos seront publiées dans le catalogue de Modanisa, un site turc de vente en ligne dédié à la mode islamique, lancé en 2011 et devenu en quelques années l’un des poids lourds du secteur.

Modanisa référence 30.000 produits de 300 marques – tenues quotidiennes, vêtements de sport, robes du soir, chaussures, accessoires... - et livre dans 75 pays.

«Autrefois, une jeune femme (voilée) de 25 ans portait les mêmes habits qu’une femme de 50 ans», parce qu’il n’y avait pas d’alternative, affirme le Pdg de l’entreprise Modanisa, Kerim Ture. C’est pour changer la donne que Modanisa est né, dit-il.

Kerim Ture, Pdg de l'entreprise Modanisa. Photo : AFP/VNA/CVN

Le site vend, entre autres, des maillots de bain entièrement couverts, ces burkinis au cœur d’une vive polémique en France où certaines villes ont tenté de les interdire avant que des juges ne s’y opposent. Une section entière du site est consacrée à ces maillots, vendus entre 27 et 99 euros.

Pour M. Ture, en porter «est un choix et non un symbole». «Je ne comprends pas comment un pays dont la liberté est l’un des piliers peut s’opposer aux maillots de bains islamiques», ajoute-t-il, affirmant que les commandes de burkinis depuis la France ont augmenté de 15% à 20% depuis que la polémique a éclaté et que les projecteurs ont été braqués cet été sur ce vêtement.

«Istanbul va donner le ton»

Istanbul, qui ambitionne de devenir une plaque-tournante pour ce commerce, a accueilli pour la première fois en mai une «Fashion week» dédiée à la mode islamique, organisée dans la gare historique de Haydarpasa.

Selon le styliste Osman Ozdemir, ce secteur est en pleine croissance depuis plusieurs années, dopé par l’arrivée sur le marché de marques mondiales. Dolce & Gabbana a notamment lancé cette année une collection de hijabs et abayyas destinée à une clientèle musulmane au Moyen-Orient.

«Je crois qu’Istanbul va donner le ton de la mode islamique», lance M. Ozdemir. Fin août, le gouvernement turc a autorisé pour la première fois les policières en uniforme à porter le voile.

Pour Franka Soeria, consultante et styliste indonésienne qui a œuvré pour organiser la Fashion Week d’Istanbul, la mode islamique n’a pas pour but d’inciter les femmes à se couvrir mais à s’affirmer dans leur propre style vestimentaire.

«Notre message consiste à dire que nous sommes pudiques et que nous aimons nous couvrir, mais que nous aimons aussi la mode. C’est notre style, il faut l’accepter», dit Mme Soeria, qui porte un voile noir.

Dans le quartier de Fatih, les boutiques de mode islamique s’enchaînent et de nombreux panneaux publicitaires vantent les vêtements couvrants.

«Je me suis couvert la tête il y a trois ans mais je ne voulais pas m’habiller comme ma mère», confie Seyma, 16 ans, rencontrée au marché. «Aujourd’hui, je trouve tous les vêtements que je veux».

Des touristes des pays arabes viennent grossir la clientèle à Istanbul. «Je trouve de tout, des robes pour tous les jours, des pantalons, des T-shirts et beaucoup d’autres choses. Je viens avec rien et j’achète tout ici», affirme Dalia, une jeune Saoudienne faisant ses emplettes.

Mais cette tendance vestimentaire a ses détracteurs, qui estiment que la mode, même pudique, est incompatible avec les préceptes de l’islam.

AFP/VNA/CVN

 
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