06/11/2016 09:37
Le delta du Mékong est de plus en plus sujet à l’érosion. Exploitation du sable, constructions intempestives d’ouvrages sur les berges, autant de facteurs qui accélèrent le phénomène. Illustration avec les îlots fluviaux, ces terres arables recherchées qui se délitent à vue d’œil.
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Érosion de la berge de la rivière Tiên, dans le quartier d’An Lac, chef-lieu de Hông Ngu, province de Dông Thap. Photo : Manh Linh/VNA/CVN

Cao Văn Ba, 63 ans, a vécu près d’un demi-siècle sur l’îlot Son, dans l’arrondissement de Binh Thuy, à Cân Tho, au milieu du fleuve Hâu. Il vit aujourd’hui un drame : l’érosion, qui grignote doucement mais sûrement ses terres agricoles. La situation est telle qu’il craint devoir regagner les berges à plus ou moins brève échéance.

«Ma famille disposait de deux hectares de terres agricoles. En dix ans, la moitié a disparu à cause de l’érosion», fait savoir Cao Van Ba. Avant d’ajouter «Autrefois, l’îlot Son s’étendait sur plus de 100 ha. Maintenant, il n’en reste plus que 60». Et il ne s’agit pas d’un cas isolé, des milliers de familles étant concernées dans l’ensemble du delta.

Familles déplacées vers des zones plus sûres

Formé par les dépôts alluvionnaires du fleuve Hâu, l’îlot Son compte beaucoup de vergers. Les habitants vivent de la fruiticulture et du tourisme communautaire. Mais aujourd’hui, de nombreuses familles ont tout abandonné pour regagner la rive et seules 78 (300 habitants) y subsistent.

Pham Văn Nhu, domicilié dans le district de Binh Tân, province de Vinh Long, fait partie de ces «rapatriés», lui qui a perdu 8.000 mètres carrés de terres entre 1978 et 2012. «Ma famille a dû déménager au total dix fois ! Pour finir, nous avons bradé le reste des terres pour nous installer ici», a déclaré Nhu, fataliste. Selon plusieurs personnes âgées interrogées, les glissements de terrain le long de la berge sont devenus plus sévères suite aux années de surexploitation du sable sur le fleuve Hâu.

Rendez-vous maintenant un peu plus en amont, à l’îlot Ca Dôi, district de Thôt Nôt, province de Cân Tho. En 1960, Ca Dôi s’étendait sur 20 ha. Les locaux y pratiquaient la culture du riz et de la canne à sucre, bien aidés par ces terres très fertiles.

«Chaque matin, les habitants rejoignaient l’îlot par bateau pour s’occuper de leur petite exploitation puis rentraient chez eux le soir venu», se remémore Lê Van Huân, président du Comité du Front de la Patrie du district de Thôt Nôt, province de Cân Tho. En 1990, Ca Đôi n’occupait plus que 6 ha et, selon les autorités du district de Thôt Nôt, il a totalement disparu en 2005.

Devant le triste sort de l’îlot de Ca Dôi, les autorités et les habitants de l’îlot voisin de Tân Lôc sont eux aussi inquiets. Et il y a de quoi, l’îlot ayant diminué de 10 ha en dix ans. «L’érosion a touché une grande superficie de ses terres arables», confirme Lê Thanh Nghi, le vice-président du Comité populaire du quartier de Tân Lôc.

Situation similaire dans la province de Dông Thap, avec les îlots Long Phu Thuân et Tây, dans les districts de Hông Ngu et Thanh Binh. En 2011, un pan de 4 km du premier nommé et les 250 habitations qui y avaient été bâties ont tout simplement été rayées de la carte. Et le phénomène se poursuit puisqu’aujourd’hui, cinq communes sont durement touchées, menaçant leur existence et la sécurité des populations qui s’y trouvent.

Projets de protection des zones érodées

Selon un habitant, en 1990, l’îlot de Ca Dôi n’occupait plus que 6 ha et il a totalement disparu en 2005. Photo : Archives/CVN

La province de Dông Thap compte actuellement 2.100 familles vivant dans une zone à haut risque d’érosion. Elle a demandé au gouvernement de lui accorder 900 milliards de dôngs pour s’adapter à cette donne. Face aux besoins urgents de plusieurs localités, le ministère de la Construction a demandé au Premier ministre d’élaborer 132 projets supplémentaires dédiés à la construction de digues en béton et de barrières autour des zones gravement érodées, sans oublier le déplacement de 44.800 familles vers des zones plus sûres.

Selon le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, ces dernières années, l’érosion emporte 500 ha de terres par an dans le delta du Mékong, qui recense 265 zones sujettes à ce phénomène sur une longueur totale de 450 kilomètres le long des cours d’eau. Il en va de même pour le littoral, qui recule chaque année d’entre 30 et 40 mètres sur une bande d’environ 200 km de long.

Et les perspectives ne sont pas bonnes. En 2050, environ un million de personnes dans le delta du Mékong seront affectées par l’érosion côtière. En cause : la multiplication des retenues sur le cours du Mékong, avec pour conséquence la raréfaction des sédiments, boues et végétaux charriés qui non seulement appauvrit les sols avec également un phénomène de lessivage, mais accélère l’érosion des côtes.

Huong Linh/CVN

 
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