Hanoï
Yên Bai dêm do lua : traduire pour transmettre aux jeunes générations

Dans les nouveaux locaux de l’Institut français de Hanoï se tenait jeudi 28 juillet une table ronde à l’occasion du lancement de l’ouvrage Yên Bai dêm do lua (La nuit rouge de Yên Bai), de Bôn Mat, traduit du français au vietnamien.

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Des intervenants à la table ronde à l’occasion du lancement de l’ouvrage 'Yên Bai dêm do lua (La nuit rouge de Yên Bai'), à Hanoï.
Photo : Institut français de Hanoï/CVN

''Cet ouvrage analyse le soulèvement de Yên Bai et apporte un autre regard sur cet évènement historique'', explique en guise d’introduction Nguyên Thuy Yên, professeure de français à l’Université polytechnique de Hanoi, qui anime en partie le rendez-vous. ''Il illustre très bien ce qu’était l’administration coloniale et témoigne du système politique de l’époque'', précise l'historien Duong Trung Quôc. Ce livre raconte et interprète l’insurrection de Yên Bai, un soulèvement organisé par le Parti nationaliste vietnamien contre l’armée coloniale française d’Indochine, le 10 février 1930. Tentative échouée, la mutinerie constituée d’étudiants, de civils et de soldats vietnamiens de l’armée coloniale française avait pour intention d’appeler au soulèvement général de la population. C’est un épisode marquant de l’histoire coloniale du Vietnam, ayant eu un impact tant pour la société vietnamienne, avec la répression accrue des dissidents après cet épisode, qu’au sein de l’opinion publique française, divisée entre anticolonialistes et partisans de la répression.

Seulement, cette analyse provient d’un colonel français, chef d’état major et écrivain à ses heures perdues, dont on ne sait que peu de choses, si ce n’est qu’il était surnommé ''Bôn Mat'' - Quatre Yeux, un surnom en vietnamien donné à ceux qui portaient des lunettes. L’auteur justifie d’ailleurs son nom, en première page de son livre : ''Ceci n’est pas mon nom mais un pseudonyme issu d’un sobriquet qui m’est cher et que je reçus il y a plus de vingt ans''. Raison conduisant Pham Minh Phuc, directeur des Éditions des sciences sociales, à douter de la fiabilité de l’auteur : ''Au départ, j’étais réticent à l’idée de traduire ce livre, pensant que l’auteur aurait une perspective biaisée, étant donné qu’il faisait lui-même partie de cette administration coloniale qu’il analysait''. Des doutes rapidement levés : ''Mais après l’avoir lu en détail, il s’est avéré que c’est un livre qui offre un point de vue surprenamment objectif et très proche de la réalité'', expose-t-il.

Pour Nguyên Thanh Quang, le traducteur : ''ce livre est un bon moyen de transmettre à la jeunesse cette histoire, et faire perdurer la mémoire de cet évènement''. Il a d’ailleurs sciemment travaillé à ce que sa traduction en vietnamien soit adaptée au vocabulaire contemporain : ''Le texte d’origine comporte beaucoup de mots non seulement difficiles à traduire mais relevant d’un vocabulaire soutenu'', souligne-t-il. Et de détailler sa démarche : ''J’ai fait de mon mieux pour reformuler ces mots en vietnamien de sorte à ce que la jeune génération puisse comprendre''.

Le directeur des Éditions des sciences sociales, Pham Minh Phuc.
Photo : Institut français de Hanoï/CVN

C’est cet enjeu de transmission que la Maison d’édition des sciences humaines et sociales espère développer à l’avenir, comme l’explique Pham Minh Phuc : ''nous avons beaucoup de projets de futurs livres concernant cette période importante de l’histoire et espérons que ces projets voient le jour''. Et Duong Trung Quôc de conclure : ''Pour moi, les leçons à tirer de cet épisode de l’histoire sont nombreuses, notamment concernant notre nécessaire unité, mais j’invite les lecteurs à se faire leur propre avis sur la question''.

Vous pouvez retrouver l’ouvrage en vietnamien aux Éditions des sciences sociales (société émettrice : Truong Phuong), 246 pages, broché.

Pour les lecteurs francophones, le texte d’origine en français est disponible sur le site de la Bibliothèque nationale de France en intégralité.

Jules Bois/CVN