18/08/2019 16:13
Les experts et responsables politiques réunis à Genève pour renforcer les règles du commerce de l'ivoire, des cornes de rhinocéros et d'autres végétaux et animaux menacés de disparition, ont mis en garde samedi 17 août contre une extinction d'espèces "sans précédent".
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Conférence internationale sur la vie sauvage à Genève, le 17 août 2019.
Photo: AFP/VNA/CVN

Pendant 12 jours, des milliers de délégués venus de plus de 180 pays, défenseurs de l'environnement et responsables politiques, vont discuter dans la cité suisse de 56 propositions visant à modifier le degré de protection accordé aux animaux et aux plantes sauvages par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).

"Continuer comme avant n'est plus une option", a déclaré la secrétaire générale de la CITES, Ivonne Higuero, au début de la conférence, en prévenant que "le dangereux déclin de la nature est sans précédent".

Ce traité, créé il y a plus de 40 ans, fixe les règles du commerce international de plus de 35.000 espèces de faune et de flore sauvages. Il dispose également d'un mécanisme qui lui permet d'imposer des sanctions aux pays qui ne respectent pas ces règles.

Un sentiment d'urgence était palpable à la réunion de Genève, qui se tient après la publication récente d'un rapport de l'ONU annonçant qu'un million d'espèces étaient menacées de disparaître.

"Ma peur, c'est que nous sommes (...) aujourd'hui réellement au bord du gouffre", a confié à l'AFP avant la conférence Mme Higuero, qui espère que les délégués s'accorderont sur "des changements en profondeur".

Le ministre suisse de l'Intérieur Alain Berset a également réclamé des actions "fermes et urgentes". "Il n’y a pas d’alternative", a-t-il martelé à la conférence.

"Nous perdons des espèces à un rythme jamais constaté auparavant", a résumé Inger Andersen, qui dirige le Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE). "Nous devons trouver un équilibre viable entre l'humanité et la nature".

"Changer de cap" 

Les ravages causés à de nombreuses espèces par le braconnage et le commerce illégal seront sous le feu des projecteurs pendant la réunion, tout comme les défis posés par la criminalité liée aux espèces sauvages sur internet.

Catégories d'espèces protégées par la Convention internationale sur le commerce d'espèces sauvages menacées d'extinction (CITES).
Photo: AFP/VNA/C Gillian HANDYSIDE

"Le sujet du commerce illégal est réellement un énorme problème", a jugé Mme Higuero, soulignant que de puissantes organisations criminelles sont souvent impliquées. Elle a demandé que le trafic d'espèces en danger soit puni beaucoup plus sévèrement, avec des peines similaires au trafic d'êtres humains ou de drogue.

Cette fois encore, la conférence, qui se réunit tous les trois ans, va examiner plusieurs propositions concernant les éléphants d'Afrique.

Après des décennies de braconnage qui a fait passer la population d'éléphants de plusieurs millions au milieu du XXe siècle à quelque 400.000 en 2015, le commerce de l'ivoire a été quasiment interdit en 1989.

Plusieurs États d'Afrique centrale, occidentale et orientale plaident pour l'inscription des éléphants à l'Annexe I (la plus protectrice) de la CITES, ce qui signifierait l'interdiction totale de toute vente d'ivoire, tandis que plusieurs pays d'Afrique australe, où les populations d'éléphants sont plus importantes et mieux protégées, réclament le droit de vendre des stocks d'ivoire enregistrés leur appartenant, affirmant que cela pourrait satisfaire la demande qui encourage le braconnage.

Les défenseurs des animaux répondent que les expériences précédentes de vente de stocks d'ivoire ont en fait stimulé la demande et encouragé le braconnage, en raison de la difficulté à faire la distinction entre les défenses légalement récoltées et les autres.

Une des 56 propositions discutées au sommet de la CITES vise à lutter contre les réseaux de trafiquants, qui cherchent à faire passer de l'ivoire d'éléphant pour de l'ivoire de mammouth, une espèce éteinte depuis des milliers d'années.

L'avenir des rhinocéros blancs décimés par un braconnage intense, du crocodile américain, de la loutre, de plusieurs espèces de lézards, de requins et de raies, mais aussi d'arbres et autres plantes figurent également à l'agenda.

Et pour la première fois, les délégués vont se pencher sur le cas des girafes, dont les populations ont décliné de quelque 40% au cours des trois dernières décennies pour tomber à 98.000 individus en Afrique.

Plusieurs pays d'Afrique proposent d'inscrire l'animal géant à l'Annexe II de la CITES, ce qui impliquerait l'obligation de tracer et réguler sa vente à l'international. Mais l'approbation de cette mesure reste incertaine pour le moment.

"La CITES fonctionne", a assuré Inger Andersen samedi 17 août. "L'avenir de la biodiversité est en jeu", a-t-elle ajouté, pressant les délégués de se saisir de cette "occasion unique de changer de cap".
AFP/VNA/CVN
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