22/10/2020 15:32
La crise du coronavirus a impacté la vie de tous les Vietnamiens, à des degrés divers. Pour y faire face, chaque personne a choisi des voies différentes. Une rencontre fortuite avec un vieil artiste sur le pont Long Biên m’a incité à partager cette histoire, où se mêlent solidarité et confiance en la vie en toutes circonstances.
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Scène du vieux quartier de Hanoï

Je l’ai rencontré par hasard alors que j’arpentais le pont Long Biên. Mes premières impressions : il avait l’air amical et il souriait souvent. Il est né à Ngoc Lâm, un petit village situé à 1 kilomètre du pont. Son nom est Trinh Nguyên Binh, mais ses proches l’appellent souvent Binh Minh (l’aube). Et puis, il signe ses tableaux aussi avec le nom Binh Minh. Il s’amuse que dans son nom, il y a les lettres "Trinh" et "Nguyên", deux dynasties qui se sont battues au XVIIe siècle. C’est pourquoi au fond du cœur, il souhaite que tout le monde puisse cohabiter en paix.

J’ai visité sa maison pour mieux comprendre son histoire. Son atelier (le lieu qu’il considère comme sa "maison") se trouve en banlieue de Hanoï, à côté de la route 5, dans l’arrondissement Long Biên. Sa femme est morte depuis longtemps. Il a pris soin de ses enfants jusqu’à ce qu’ils soient adultes. Âgé de 62 ans, il vit seul dans cet atelier qu’il loue depuis un an.

Les chansons de Trinh Công Son mettent du baume au cœur du vieux peintre.

Pour entrer chez lui j’ai dû traverser une voie de chemin de fer. Dans l’espace de 15 mètres carrés, mon attention a été attirée par un piano et des peintures à l’huile. Chacune avec un sujet différent. L’une décrit un champ au temps de la récolte. Une autre une vieille rue avec d’anciennes maisons. La majorité des clients qui achètent ses peintures sont des amis ou des personnes qui l’ont rencontré par hasard lorsqu’il dessinait dans les rues de Hanoï.

Dès qu’il a choisi de devenir peintre, il a dû faire beaucoup de travaux non artistiques pour gagner de l’argent : dessiner des peintures murales, des panneaux publicitaires. Ces emplois l’ont aidé à assurer sa vie quotidienne, à acheter des toiles et d’autres matériaux pour la peinture à l’huile. Il a souvent hésiter entre suivre sa passion ou chercher un travail pour assurer la vie quotidienne.  Jusqu’à maintenant, il se pose toujours cette question : "Comment   dessiner chaque jour alors que je dois gagner de l’argent pour vivre ?"

En avril 2020, pour ralentir la dynamique de propagation de l’épidémie, le confinement a été appliqué pendant 14 jours au Vietnam. À ce moment-là, sa vie a été fortement impactée. Personne ne l’a embauché pour un travail publicitaire ou une peinture murale. Ses ventes de peintures ont chuté. En juin et   juillet 2020, il n’a rien vendu alors qu’il devait payer le loyer de sa maison et dépenser de l’argent pour la vie quotidienne. Il m’a dit : "L’argent est important pour n’importe qui, mais nous devons respecter le confinement".

Alors, il a décidé de vendre ses œuvres directement sur le pont de Long Biên. Il pensait que sur le pont, les véhicules roulant lentement, les gens pourraient voir plus longtemps ses peintures. Il n’a vendu que deux, trois peintures le premier jour. Mais au fil des jours, les choses se sont améliorées. Le 4e jour, la plupart de ses tableaux avaient trouvé un client.

Des personnes l’ont vu par hasard quand ils passaient sur ce pont. Après avoir écouté son histoire, ils ont partagé ses peintures sur les réseaux sociaux. Grâce à quoi ses œuvres ont été plus connues. De nombreuses personnes l’ont contacté pour passer commande. "Quand les gens m’aiment et s’intéressent à moi, je fais tous mes efforts pour les satisfaire".

Le pont de Long Biên est un sujet d’inspiration inépuisable.

Le sujet de ses peintures a changé. Avant, il dessinait seulement le pont Long Biên et la porte Quan Chuong parce qu’il y avait des souvenirs inoubliables. Maintenant, il va partout à Hanoï, cherche de vieilles rues, des monuments célèbres et de beaux paysages. Beaucoup de personnes ont été surprises de voir sur ses toiles des lieux de Hanoï qu’ils n’avaient jamais visités.

Le prix de ses peintures va de plusieurs centaines à un million de dongs. D’après lui, pour exister, une œuvre d’art a besoin d’être partagée avec le plus grand nombre. Il dessine pour satisfaire sa passion et pour aussi assurer ses  besoins quotidiens.

"Des gens m’ont rencontré pour m’aider. Ils ont acheté un tableau comme souvenir. Je les remercie pour leur gentillesse. Je souhaite qu’ils soient plus heureux, plus positifs quand ils admirent mes œuvres. Ils m’aident, je les aide, nous partageons des sentiments, et c’est appréciable dans ces circonstances difficiles de la crise sanitaire".

L’épidémie de coronavirus a poussé beaucoup de gens dans une situation difficile. Lui-même a dû chercher de nouvelles façons pour vivre et suivre sa passion. Il m’a appris une leçon précieuse : restons optimistes en toutes circonstances.

Il a dû évoluer pour adapter à la nouvelle situation. Ce fut une décision difficile de vendre "ses enfants spirituels" dans la rue. "La vie nous réserve toujours des difficultés. Nous devons trouver des solutions pour nous adapter. Si nous avons un rêve, faisons des efforts pour l’atteindre. Peut-être que nous échouerons, mais nous ne regretterons pas de l’avoir fait", a-t-il dit

L’histoire du vieux peintre a été partagée sur les réseaux sociaux et dans les médias ces dernières semaines. Plusieurs de ses œuvres ornent désormais des maisons d’amoureux de l’art, véhiculant comme message l’importance du partage et de la solidarité pour traverser les épreuves de la vie.

Texte et photos : Ứng Hoàng Anh/CVN
 
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