22/03/2021 09:08
"La frontière est fermée" : sur la défensive et accusé d'avoir provoqué l'afflux de milliers de migrants, le gouvernement de Joe Biden était sur tous les fronts dimanche 21 mars pour tenter de rassurer sur sa capacité à gérer la première grande crise de sa présidence.
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Le ministre américain de la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas, s'exprime tại Wilmington, Delaware, le 24 novembre 2020.
Photo : AFP/VNA/CVN

Le président des États-Unis, Joe Biden, a été élu notamment sur la promesse de tourner la page de la pandémie et du marasme économique qui en a découlé.

Mais seulement deux mois après son arrivée à la Maison Blanche, il est accusé par les républicains, mais aussi par certains démocrates, d'avoir créé un appel d'air à la frontière avec le Mexique et d'être désormais empêtré dans une crise migratoire qu'il refuse d'appeler par son nom.

"Nous expulsons les familles, nous expulsons les adultes seuls", a martelé dimanche 21 mars le ministre de la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas, qui s'est démultiplié pour répéter ce message sur quatre chaînes américaines. "La frontière est fermée", a-t-il insisté.

Premier Hispanique en charge de la politique migratoire américaine, il a reconnu mi-mars qu'un afflux de migrants historique, le plus important depuis 20 ans, était attendu à la frontière américano-mexicaine.

Mais il est sous le feu des critiques pour son appel initial aux migrants d'Amérique centrale à ne pas venir aux États-Unis "pour l'instant", afin de laisser le temps à l'administration Biden de "rebâtir" le système migratoire "démantelé" par l'ex-président Donald Trump.

"Tout ce qu'ils avaient à faire, c'était de maintenir en mode pilote automatique un système qui fonctionne bien", a réagi Donald Trump, défendant sa propre politique migratoire. "Au lieu de cela, en l'espace de seulement quelques semaines, l'administration Biden a transformé un triomphe national en désastre national", a-t-il critiqué dans un communiqué.

Environ 5.200 enfants isolés

Des élus démocrates du Texas, État frontalier du Mexique, ont aussi déploré le message du gouvernement.

Amanda Garcian, migrante issue du Guatemala, avec ses fils dans un hangar à autobus entre Brownsville, au Texas, et Matamoros, à Tamaulipas, au Mexique, le 16 mars.
Photo : AFP/VNA/CVN

Et plusieurs migrants interrogés par l'AFP après leur arrivée ont confirmé avoir été motivés en partie par la promesse de Joe Biden d'une politique plus "humaine".

Joe Biden a lui aussi manifesté dimanche 21 mars son intention de se rendre à la frontière mexicaine, et a indiqué que son gouvernement allait insister sur son message demandant aux migrants de ne pas tenter de se rendre aux États-Unis.

"Nous allons le faire, et nous assurer que nous allons rétablir ce qui existait auparavant, à savoir qu'ils peuvent rester chez eux et faire leur demande depuis leur pays d'origine", a déclaré le président à des journalistes.

L'administration démocrate tente donc de rectifier son message, tout en évitant de parler d'une "crise" pour évoquer seulement des "problèmes à la frontière".

"Je peux dire clairement : ne venez-pas", avait déjà lancé le président aux candidats à l'immigration.

Au-delà de l'afflux de migrants, c'est le sort des enfants isolés qui est au coeur des polémiques.

Joe Biden s'est engagé à effacer "une honte morale et nationale" héritée de son prédécesseur, à savoir la séparation de milliers de familles de migrants dont certaines n'ont toujours pas été réunies.

Mais si les enfants ne sont plus séparés de leurs parents, les États-Unis sont confrontés à l'arrivée d'un nombre important de mineurs isolés, et peinent à expliquer comment ils comptent s'en occuper.

"Nous avons pris la décision de ne pas expulser de jeunes enfants vulnérables", a réaffirmé dimanche 21 mars Alejandro Mayorkas sur la chaîne CNN.

Le ministre n'a pas démenti le nombre de 5.200 enfants actuellement retenus dans des centres destinés aux adultes à la frontière, bien au-delà du pic enregistré sous la présidence Trump. Plus de 600 d'entre eux s'y trouvent en outre depuis plus de dix jours, alors que la loi n'y autorise leur transit que pendant trois jours maximum.

Des migrants d'Amérique centrale ont été arrêtés par la Force américaine de patrouille frontalière à Rio Grande, une zone limitrophe de Ciudad Juarez, dans l'État de Chihuahua (Mexique), le 3 décembre 2018.
Photo : AFP/VNA/CVN

"C'est difficile"

Le sénateur démocrate Chris Murphy a raconté vendredi 19 mars, après avoir visité un des centres controversés, que "des centaines d'enfants" étaient "entassés dans de grandes pièces ouvertes".

"J'ai dû refouler mes larmes quand une fille de 13 ans s'est mise à sangloter de manière inconsolable" en "expliquant à quel point elle était terrifiée, ayant été séparée de sa grand-mère et sans ses parents", qui se trouvent aux États-Unis, a-t-il tweeté.

"Nous travaillons nuit et jour pour déplacer ces enfants de ces centres à la frontière vers des refuges gérés par le ministère de la Santé", a assuré Alejandro Mayorkas, soulignant à nouveau avoir hérité d'une système "ravagé" par l'administration Trump. "Nous avons mis en place trois nouveaux centres la semaine dernière", "nous déroulons notre plan, cela prend du temps, c'est difficile", a-t-il reconnu, sans donner plus de précisions sur ce "plan" ni s'engager sur un calendrier.

AFP/VNA/CVN
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