Le rythme sacré du Chhay-dam,trésor du patrimoine khmer à An Giang
{Phuong Nga}•12/03/2026 15:22
Guidés par la pulsation des tambours Chhay-dam, nous gagnons la pagode Snaydonkum, dans la commune d’Ô Lâm, province d’An Giang (Sud), où les habitants répètent en vue des grandes fêtes : le Têt Chol Chnam Thmay (Nouvel An khmer), le Dolta (hommage aux ancêtres), l’Ok Om Bok (culte de la Lune), mais aussi les processions bouddhiques et les inaugurations de Sala.
La troupe, en transe maîtrisée, fait résonner des frappes tantôt graves, tantôt claires. Au fil des rythmes, les jeunes endossent les figures de l’épopée Riêm Kê : le prince Prêt Riêm, emblème de douceur et de bonté ; la fidèle et talentueuse Xây Đa ; le roi-démon Riêp, antagoniste redouté ; et le singe divin Hanuman, courageux guerrier. Chacun prend vie par le corps, le costume et une signature rythmique propre.
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Musique et Bokator, un duo fondateur
Aussi appelé Sa dăm, le Chhay-dam est l’une des expressions les plus singulières du folklore khmer. Il puise dans l’épopée Riêm Kê (version khmère de l’épopée indienne du Ramayana), grand récit où le Bien affronte le Mal et triomphe, et marie avec finesse musique et techniques du Bokator, un art martial ancestral. Crochetages, pivots et appuis fermes donnent à voir la puissance, rejouent la bataille héroïque, célèbrent les figures valeureuses et l’appui des divinités.
L’instrument central, le tambour Chhay-dam, évoque une jambe d’éléphant. Sculpté dans un tronc évidé, il se choisit selon l’âge et la carrure de l’interprète. La peau, le plus souvent de buffle ou de python séchée, offre un timbre ample, profond, sans stridence. Le fût se rétrécit vers l’arrière, fixé à un pied métallique qui assure l’assise scénique. Danser le Chhay-dam réclame force, souplesse et vivacité. Le batteur-danseur doit dompter la pulsation et faire parler le corps pour que le geste et le son ne fassent qu’un. Les frappes s’exécutent avec les mains, les coudes ou les genoux. On peut même se coucher au sol tout en maintenant le motif, jusqu’à la montée en cadence, apogée faite de tours, d’acrobaties et de clameurs.
L’instrument central, le tambour Chhay-dam, évoque une jambe d’éléphant. Sculpté dans un tronc évidé, il se choisit selon l’âge et la carrure de l’interprète. La peau, le plus souvent de buffle ou de python séchée, offre un timbre ample, profond, sans stridence.
Danser le Chhay-dam réclame force, souplesse et vivacité.
Les débuts sont rudes. Les mains de Chau Nê Som Nath, membre de la troupe, ont souvent enflé à force de battre juste tout en enchaînant des déplacements complexes. Il n’a pas renoncé. Il confie s’entraîner le soir à la pagode, deux à trois heures par séance. Les débuts furent ardus, les mouvements exigeant précision, puissance et netteté. Attiré depuis l’enfance par le personnage du monstre Yeak pour sa bravoure, il dit s’être laissé happer par l’apprentissage. L’art d’exécution des tambours Chhay-dam des Khmers d’An Giang a été reconnu patrimoine culturel immatériel national le 14 mai 2025. Au-delà de cette reconnaissance, cette inscription impulse des mesures concrètes de sauvegarde face aux risques d’érosion liés à l’urbanisation et aux mutations des modes de vie.
Le jeune Chau Nê Som Nath dans la peau du monstre Yeak.
On recense aujourd’hui un peu plus de 120 praticiens à An Giang pour moins de 20 maîtres transmetteurs, majoritairement âgés. Pour préserver et raviver cet art au cœur de la communauté khmère, la pagode Snaydonkum entretient une troupe jeune d’une cinquantaine de membres, qui s’exercent du rythme fondamental aux incarnations scéniques, telle celle du monstre Yeak. À la pagode Tà Ngáo, dans le quartier d’An Phú, la troupe menée par Chau Thanh redouble d’assiduité pour parvenir à une exécution sûre.
Les autorités locales ont, ces dernières années, multiplié les appuis concrets. Dans le cadre du Projet 6 du Programme national cible 2021-2025 pour le développement socio-économique des régions peuplées de minorités ethniques et de montagne (Programme 1719), le Service de la culture, des sports et du tourisme d’An Giang s’est associé aux pagodes khmères pour ouvrir des classes de transmission destinées aux jeunes. Ces sessions portent sur les bases techniques et bénéficient d’aides pour l’achat d’instruments, d’accessoires et de costumes.
Selon Neańg Sâm Bô, vice-présidente du Comité populaire de la commune d’Ô Lâm, cette localité maintient les grandes fêtes communautaires tout en orchestrant des activités culturelles, sportives et touristiques qui honorent l’identité des minorités. Elle veille aussi à créer les conditions et les ressources pour enseigner aux jeunes les chants, les danses et les musiques traditionnels. Une attention qui, espère-t-on, soutiendra durablement la vitalité de la culture khmère.
Héritage vivant face à la modernité
Le Service de la culture, des sports et du tourisme d’An Giang encourage par ailleurs la transmission et aménage des espaces de représentation pour les tambours dansés, lors d’événements au sein et hors de la province, ainsi que sur des sites touristiques, afin de diffuser plus largement cette esthétique singulière. Fêtes culturelles dédiées aux Khmers, concours de traditions populaires annuels : autant d’occasions pour le Chhay-dam de rayonner et de conquérir de nouveaux publics. Grâce à la constance des politiques locales et à l’engagement des maîtres et des communautés, le battement des Chhay-dam continue de porter, en phase avec la modernité, un héritage transmis avec fierté aux générations à venir.
L’art d’exécution des tambours Chhay-dam des Khmers d’An Giang a été reconnu patrimoine culturel immatériel national le 14 mai 2025.
Des défis demeurent toutefois. L’urbanisation, l’attrait des loisirs contemporains, l’érosion des vocations chez les jeunes et le vieillissement des maîtres menacent la transmission. Plus que jamais, il faut resserrer les liens entre communauté, pagodes et pouvoirs publics, faire du Chhay-dam une ressource touristique identitaire, mobiliser la jeunesse, attirer les visiteurs et créer, pas à pas, un moteur économique au bénéfice des habitants.
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