07/11/2016 10:10
Le ciel est lourd au-dessus de Hanoï. La tempête qui a ravagé les montagnes du Bac Bô et les pluies diluviennes qui ont englouti le Trung Bô ont épargné la capitale. Sept jours dans une pesante moiteur !
>>Privé de vie privée ?
>>On ne va pas couper les cheveux en quatre
>>Solide comme un buffle

J’ai déjà conté ici les difficultés de la prononciation vietnamienne pour l’étranger que je suis, et les contresens, parfois fâcheux, qu’un mauvais accent au mauvais endroit peut entraîner. J’en ai encore fait l’expérience aujourd’hui.

Lundi : Langue maladroite

Attablé derrière les vitres d’un café qui donne sur le lac du Bambou blanc (Trúc Bach), je partage mon repas avec deux amis vietnamiens. Les pédalos-cygnes du lac somnolent sous les rayons du soleil. Et moi, je ne sais pas pourquoi, je décide de me lancer dans une grande explication sur la différence qui existe entre le mot «compatriote» et le mot «concitoyen».

Sur le plan sémantique, c’est facile : le compatriote est celui qui est né dans le même pays que moi, qui partage la même patrie; le concitoyen est celui qui vit dans le même pays que moi, qui partage le même pays. On est, le plus souvent, compatriote et concitoyen de ses voisins. Quant à moi, immigré au Vietnam, je suis compatriote de tous les Français du monde, mais concitoyen des Vietnamiens avec qui je vis ici.

Traduire une telle explication en vietnamien nécessite de prendre des exemples, par économie de moyens linguistiques. Je désigne donc, à une table proche, des clients qui s’expriment en français depuis plusieurs minutes, en disant à mes amis que ce sont pour moi des đồng bào («compatriotes» en vietnamien). Ce dont ils conviennent aisément.

Puis, je leur explique qu’eux, mes amis vietnamiens, sont pour moi des đồng hương («concitoyens» en vietnamien). Aussitôt ils partent d’un grand éclat de rire, en me disant que si c’est vrai, ils ne s’en souviennent pas ! Éberlué, j’attends qu’ils aient repris contenance, pour avoir le fin mot de l’histoire.

Dans mon enthousiasme à vouloir parler avec le bon accent, j’ai utilisé le ton hỏi, tombant-montant, au lieu du ton ngang, neutre. Sans le savoir, j’ai donc dit đồng hưởng. Ce qui signifie «Jouir ensemble». Quand je pense que j’aurais pu dire cela devant ma femme. J’en tremble encore !

En moto ! Vu de dos, où est l'Occidental ?

Mardi : Dos large

Puisque je parle de mes compatriotes, et puisque je suis lu par plusieurs compatriotes, j’en profite pour vous livrer un secret. Comment différencier un Occidental (Tây) d’un Vietnamien quand on est derrière quelqu’un en moto ?

D’abord, par la morphologie générale des Occidentaux, dont je fais partie, qui déborde largement du siège étroit de la moto. Et je ne parle pas seulement de ce qui repose sur la selle, je pense aussi à la carrure. Sur ce point, je voudrais signaler aux fournisseurs d’accessoires de cycles et motocyclettes que les barres des rétroviseurs sont trop courtes pour nous, pauvres Tâys trop larges. J’ai beau régler l’angle de réflexion des miroirs au maximum, je continue à avoir une vision parfaite de mes épaules et à ne disposer que d’une infime partie pour apercevoir les véhicules qui arrivent derrière moi. L’angle mort est suffisamment grand pour que les bus qui me doublent arrivent à passer inaperçus. Ceci étant, il est vrai que dans le mode de conduite ici, c’est exclusivement devant que ça se passe.

Autre élément qui différencie l’Occidental à moto du Vietnamien dans la même situation : le second se tient toujours très droit, alors que le premier a tendance à s’arc-bouter comme un buffle prêt à charger. Je suis toujours admiratif du port de reine de toutes ces Vietnamiennes qui sillonnent les rues avec élégance. Moi, quand j’essaie de me redresser, c’est le ventre qui ressort. Et si je redresse le dos et rentre le ventre, c’est l’asphyxie qui me guette !

Mercredi : Têtes brûlées

Il y a longtemps, j’avais, dans ces lignes, émis l’hypothèse que le casque de moto devenait plus intelligent au contact de l’homme, de par sa proximité avec le cerveau. Je persiste et signe en vérifiant par le contraire.

En effet, je constate que le casque déserte de plus en plus les têtes vides. Il n’est pas un jour où je ne vois un individu se jeter dans la circulation, en zigzaguant à toute vitesse, cheveux aux vents, dents en avant.

Il y a l’écervelé qui juge inutile de se procurer un casque, mais il y a aussi le décervelé qui a le casque suspendu comme une outre vide à son guidon. Dans les deux cas, de toute façon, l’absence de matière grise n’incite pas le casque à couvrir le chef.

La difficulté, c’est que la tête nue est tellement dure qu’elle ne peut entendre le discours de la raison, croyant dur comme fer qu’elle l’est suffisamment pour résister à n’importe quel choc fût-il pariétal, frontal ou occipital. À croire que les neurones sont restés collés au pot d’échappement !

Autre constat, peu réjouissant : la courbe d’augmentation des réticents au casque frise la fonction mathématique d’argument tangente hyperbolique. Dit autrement, il y en a de plus en plus.

Jeudi : D’une rive à l’autre

Le pont Long Biên de jour, avant une soirée bien animée.

Le plus vieux pont de Hanoï, encore en service, est le pont Long Biên. Construit entre 1898 et 1903, il a subi bien des vicissitudes, y compris quelques amputations dues aux colères des hommes. Aujourd’hui, il a retrouvé sa vocation première : être réservé au train, aux piétons et aux deux-roues. Bien évidemment, tout ce beau monde ne circule pas sur la même voie. Laissons la ferrée pour le train, et traversons le fleuve Rouge en utilisant les chaussées de chaque côté !

J’aime passer sur ce pont la nuit, quand il s’anime d’une seconde vie. Là où se trouvent les piliers, l’étroite chaussée s’élargit en une sorte de rotonde suspendue au-dessus du fleuve. C’est l’occasion pour d’astucieux commerçants de dérouler des nattes au sol et d’y servir de la bière et de l’alcool, transformant le vénérable pont d’acier en une guinguette des bords de Marne, la guinche en moins. Plus loin, profitant de l’ombre que ne peut percer la lumière chichement dispensée par quelques réverbères épars, des amoureux se tiennent par la main, épaule contre épaule, les yeux perdus dans les flots du fleuve qui roulent sous les étoiles.

Quand le train passe, tonitruante chenille de métal, le pont vibre jusqu’au tréfonds de ses poutrelles centenaires. J’ai l’impression d’être dans un roman de Zola ! Mais c’est déjà Gia Lâm, de l’autre côté du fleuve. Il est temps de revenir à la maison.

Un pont qui s'anime en soirée !
Photo : CTV/CVN

Vendredi : Prix réduit

Pour marchander, mon épouse et moi avons mis au point une technique redoutable !

J’arrive en premier et demande le prix de l’article qui m’intéresse. En général, le prix qui m’est proposé est celui que l’avisé commerçant estime adapté à mon statut d’étranger : élevé. Inévitablement, je pars d’un retentissant «Ðăt quá !» («Trop cher !»), et fais mine de partir. À ce moment, le toujours avisé commerçant se rend compte que peut-être il y est allé un peu fort ! La négociation commence.

Quand l’encore avisé commerçant est arrivé à son prix plancher et refuse de descendre plus bas, ma femme, restée jusqu’alors en retrait et semblant m’ignorer, intervient en me demandant ce que je veux et combien ça coûte. Je lui indique alors le prix sur lequel l’étonné commerçant paraît s’arcbouter, et m’adressant à ce dernier, je lui explique que ce n’est pas moi qui ait l’argent, mais ma femme.

L’éberlué commerçant commence alors à sentir le vent tourner, car c’est maintenant sur la base du prix plancher qui avait été convenu avec moi que commence la négociation avec mon épouse qui, je vous le rappelle, est Vietnamienne, et pour ceux qui connaissent la femme vietnamienne, sachez qu’il n’y a pas plus âpre négociatrice ! Ceci étant, je commence à être connu par ici. Il va peut-être falloir que je change de ville !

Samedi : Rien

Rien de spécial ! Ou plutôt si : une nouvelle tranche de vie.
 
Texte et photos : Gérard BONNAFONT/CVN
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