11/06/2017 10:05
Durant la guerre d’Indochine, des Vietnamiennes ont épousé des Marocains du corps expéditionnaire colonial français qui avaient rejoint les Viêt Minh et fondé des familles mixtes. Au Maroc depuis 1972, ces familles coulent des jours heureux. Rencontre avec l’une d’elles.
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La famille de Chung et Hoa (2e et 3e à droite), leur fils et leur belle-fille (1re et 2e à gauche) et le petit Amir sont bien installés à Casablanca.

«Je m’entends bien avec mes beaux-parents et j’apprécie vraiment l’hospitalité des Vietnamiens», exprime la jeune Marocaine Meryem Iouis en débutant la conversation.

En attendant que son mari achève sa journée de travail au restaurant Au nid d’hirondelle dans la ville de Casablanca, Meryem Ioui, le visage rayonnant, raconte que par amour, elle s’est mariée avec Triên (alias Hicham Naoui), un jeune homme vietnamo-marocain. Le fruit de leur union, c’est ce petit garçon, Amir.

Une vie en harmonie

Chaque jour, ses grands-parents paternels, Nguyên Thi Chung (Raji Jamaa) et Nguyên Van Hoa (Naoui Messoud) l’emmènent à l’école maternelle. Ils veulent aider leur belle-fille et leur fils car la première possède une boutique de cuir pour fauteuils et l’autre travaille comme serveur au Nid d’hirondelle, l’un des premiers restaurants vietnamiens à Casablanca.

«Nous vivons séparément, mais mes beaux-parents nous aident toujours à nous occuper de notre petit Amir», raconte Meryem Inouis. Très souvent, après le travail, ce jeune couple retourne chez ces derniers pour composer, bien sûr, des plats vietnamiens qu’ils préparent ensemble. Comme son mari, Meryem Inouis adore la cuisine vietnamienne avec les mets à base de viande de bœuf, les bánh cuôn (raviolis en rouleau), le pho (soupe de nouilles traditionnelle vietnamienne au bœuf ou au poulet), les nems (rouleaux de printemps frits) qu’elle trouve tous délicieux. «En quelque sorte, elle est vietnamisée», remarque Triên avec un sourire malicieux.

Triên (alias Hicham Naoui) travaille au restaurant Au nid d’hirondelle à Casablanca.

Outre l’hospitalité et les traditions des Vietnamiens, Meryem Inouis est ravie de la vie qu’elle mène au sein de la grande famille mixte de son mari. Ses membres se voient durant les réunions familiales ou lors du Têt (Nouvel An lunaire) pour raconter des souvenirs, des choses sur le Vietnam. «En plus, tous les membres de la famille m’ont beaucoup aidée», confie-t-elle. Elle s’entend bien avec eux, surtout son beau-père : «C’est quelqu’un de très compréhensible, il m’a donné des conseils. C’est une personne mûre qui appartient à la 2e génération des Vietnamiens au Maroc».

En effet, Nguyên Thi Chung (Raji Jamaa) et Nguyên Van Hoa (Naoui Messoud) sont tous les deux nés au Vietnam, respectivement en 1959 et 1954. Ils sont le fruit des amours entre les femmes vietnamiennes et les soldats marocains durant la guerre d’Indochine. Ces soldats, venus de différentes régions du Maroc, honoraient les valeurs de la liberté et de la paix des peuples. Imprégnés des principes universels humanistes de tolérance, ils ont rejoint les
Viêt Minh (Front de l’indépendance du Vietnam) entre 1947 et 1954, où ils ont bénéficié des politiques humanitaires du Vietnam. Puis, ils ont participé aux travaux d’agriculture et d’élevage dans le kolkhoz étatique vietnamo-africain mis en place à Ba Vi, en banlieue de Hanoï, après la bataille de Diên Biên Phu (Nord) en 1954.

En 1972, les survivants ont quitté le Vietnam pour revenir dans leur pays natal avec femmes et enfants. Parmi eux, la famille de la jeune fille Nguyên Thi Chung, 13 ans à l’époque, et celle du jeune Nguyên Van Hoa, 18 ans. «Comme les deux pères se connaissent bien, ils ont servi d’intermédiaire pour notre mariage», raconte Mme Chung. «Notre histoire d’amour est simple et naturelle car nous nous sommes trouvés des points communs : le grand amour de nos parents et, bien sûr, les liens entre les deux pays, Vietnam et Maroc. Mais aussi les difficultés de la nouvelle vie de nos familles au début de l’installation au Maroc, le mal du pays de nos mères…», poursuit-elle.

Les jours heureux

À 84 ans, Nguyên Thi Kim Lan (centre), mère de Nguyên Thi Chung, n’a rien perdu de sa répartie.

Aujourd’hui à la retraite, le couple est bien installé à Casablanca, une ville qu’il adore pour son climat, avec ses voisins très sympathiques. Pour apaiser leur nostalgie du pays de leurs mères, Chung et Hoa échangent toujours en vietnamien à la maison, puis en arabe avec les voisins. Leurs fils parlent couramment vietnamien et leurs petits-enfants arrivent à le comprendre.

Dans leur maison qui respire là aussi la double culture, avec à la fois des tableaux en nacre et en laque poncée pour le style vietnamien et de longs canapés pour le style marocain, ils relatent souvent des souvenirs de leur enfance au Vietnam autour de bons plats, sur cette période difficile durant la guerre. Ils racontent les jeux populaires auxquels ils s’adonnaient avec leurs petits camarades vietnamiens, mais aussi les plantes, les légumes cultivés et les animaux élevés dans le kolkhoz à Ba Vi.

Les souvenirs qui concernent le Vietnam restent vivaces. Ainsi, lorsqu’ils ont du temps libre, Chung, Hoa, leurs enfants et leurs petits-enfants vont souvent rendre visite à Nguyên Thi Kim Lan, la mère de Nguyên Thi Chung, qui habite à Sidi Yahya, à 70 km de Rabat, où elle a passé le début de sa vie au Maroc, pour se remémorer des souvenirs inoubliables sur le Vietnam. Pour l’heure, ses 84 ans n’ont en rien entamé sa sagacité. «Les difficultés au début étaient innombrables. Mais je ne regrette rien, car mon mari Raji Ahmed est quelqu’un de bon et mes enfants sont sages», note Kim Lan.

En plus, sa famille a beaucoup grandi avec de nombreux petits-enfants et leur vie se passe on ne peut mieux au Maroc. «Le fait de ne pas parler la même langue au début n’était pas une difficulté majeure car nous nous aimions. De plus, tant au Vietnam que maintenant au Maroc, nous avons tout partagé», conclut Mme Lan, les yeux brillants.
 
Texte et photos :
Thu Trang - Truong Giang/CVN
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