25/12/2016 12:39
À cause de la guerre, de la modernisation et de l’occidentalisation, de nombreux villages traditionnels sont devenus méconnaissables. La pollution culturelle ne les a pas épargnés. Le village de Duong Lâm, à Hanoï, est une exception.
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À l'entrée du village ancien de Duong Lâm, en banlieu de Hanoï.
Photo : Archives/CVN

Depuis trois générations, ma famille a quitté le village Tu Thê dans l’ancien Kinh Bac, haut lieu culturel, pour s’installer à Hanoï. Grâce à la politique de Renouveau lancée en 1986, Tu Thê s’est enrichi et a fait peau neuve. Plus de paillotes en torchis, mais des maisons en dur, beaucoup de béton copiant avec mauvais goût l’architecture occidentale avec ses frontons triangulaires, ses toits plats et ses ornements rococo. Au cours de la guerre de résistance contre les Français (1946-1954), tous les temples y ont été brûlés. Il ne reste plus de traits du village traditionnel lié à mes souvenirs d’enfance : la maison commune avec sa mare, la pagode avec son puits et son portique à trois entrées, le kapokier et le banian près du marché, la haie de bambous, tout a disparu.

Duong Lâm où le temps s’est figé

Au fil du temps, de nombreux villages traditionnels sont devenus méconnaissables. La pollution culturelle ne les a pas épargnés. Mais le village de Duong Lâm est une exception. Duong Lâm est l’un des rares villages à conserver pleinement les traits typiques du village traditionnel. Ce qu’a remarqué également un chercheur thaïlandais, M. Knid Thainalis : «Je pense que Duong Lâm est un beau site, plus riche de signification que la baie de Ha Long. Il est la culture et la civilisation du pays. Le Vietnam est doté d’une longue histoire. Ha Long est plutôt l’œuvre de la nature, alors que Duong Lâm est créé par l’homme, c’est ce qui le rend si attrayant».

Duong Lâm n’a rien perdu de son visage séculaire. L’horizon n’est pas tourmenté par le chevauchement de toits, symbole de l’urbanisation saugrenue. Je m’étonne de ne pas voir des marchands et des fonctionnaires nouveaux riches de la cité voisine venir ici faire construire des habitations hétéroclites comme c’est le cas d’autres centres urbains.

Mon ami le peintre Phan Kê An, natif de Duong Lâm, a son idée sur le sujet : «Dans le temps, il était interdit de construire des maisons plus hautes que la maison commune. Le règlement ne tient plus, mais jusqu’à ce jour, nous ne comptons que quelques maisons à étages. La principale raison en est peut-être la pauvreté des villageois qui vivent essentiellement de la culture du riz. Le commerce est insignifiant, et il n’y a pas de métier d’appoint sauf la fabrication des pâtés, du sucre de canne, de la pâtisserie rurale, de la sauce de soja, et un peu de tissage familial».

Heureusement que la pauvreté a sauvé un patrimoine culturel. Disons tout de suite que c’est une pauvreté relative, concernant la pénurie d’articles de luxe importés. Par rapport aux anciens temps, le niveau de vie s’est nettement amélioré. Les humbles maisons de torchis ont fait place aux bâtiments en dur. Environ 62% des ménages ont une vie aisée, 37% sont assez riches, 4% pauvres, 600 personnes ont un niveau universitaire, tous les villageois ont suivi l’école primaire du second degré.

Des allées pavées et bordées de murs en blocs de latérite qui entourent des maisons anciennes. Photo : Thanh Hà/VNA/CVN

Des mûrs en blocs de latérite

Le visiteur de Duong Lâm se perd agréablement dans un labyrinthe d’allées et de sentiers pavés et bordés de murs en blocs de latérite qui entourent des maisons souvent de latérite aussi, caractéristiques de la Moyenne Région. Certains porches constituent de petits chefs-d’œuvre. Un ensemble architectural composé de la maison commune, de pagodes, de temples confucéens  ou taoïstes, de maisons de culte familial, de sites néolithiques vous accueille. La maison commune de Mông Phu est une merveille avec son imposante charpente en bois de fer. Signalons encore l’autel de Giang Van Minh, le temple de la Dame Mia, les tombeaux et temples de Phùng Hung et de Ngô Quyên. Dommage que le Temple de Confucius, havre de paix où l’École supérieure des beaux-arts de l’Indochine était évacuée sous l’occupation japonaise (avant 1945) n’existe plus.

La région de Duong Lâm baigne dans une atmosphère de spiritualité tant chaque pas remue le souvenir d’hommes illustres. Phùng Hung (VIIIe siècle), encore surnommé Bô Cai Dai Vuong (Grand roi père et mère du peuple), est vénéré comme libérateur du pays dominé par les Chinois Tang. Ngô Quyên (897-944), autre héros national, défit la flotte des Nam Han sur le fleuve Bach Dang, mettant fin à une domination chinoise de plus de mille ans. Giang Van Minh, lauréat du premier degré (2e rang) au Concours de doctorat ès humanités (XVIIe siècle), a sauvé l’honneur du pays au cours de son ambassade en Chine ; il fut tué par l’empereur de Chine pour lui avoir répondu du tac au tac. Le lettré patriote Kiêu Oanh Mâu (XIXe siècle) a laissé une remarquable version nôm du monument littéraire national Truyên Kiêu avec commentaires.

Dans l’histoire contemporaine, la bravoure et l’abnégation des gens de Duong Lâm au cours des trente années de guerre patriotique lui ont valu le titre de «Village héroïque des forces armées populaires». Avec ce palmarès impressionnant de réalisations matérielles et spirituelles, Duong Lâm mérite d’être un joyau du patrimoine national. Comme village traditionnel, il peut faire pendant à l’ancienne cité de Hôi An.

Huu Ngoc/CVN
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