Syrie : Assad prêt à de longs combats, incertitudes autour d'une trêve

Le président syrien Bachar al-Assad a affirmé vouloir reconquérir toute la Syrie, quitte à mener de "longs" combats, à quelques jours de l'entrée en vigueur espérée d'une trêve négociée entre les grandes puissances.

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Le président syrien Bachar al-Assad, lors d'une interview exclusive avec l'AFP
Le président syrien Bachar al-Assad, lors d'une interview exclusive avec l'AFP, le 11 février à Damas.

La reconquête de tout le territoire syrien, aujourd'hui divisé entre des portions contrôlées par le régime, des rebelles et des jihadistes, "est un but que nous chercherons à atteindre sans hésitation", a déclaré M. Assad dans une interview exclusive à l'AFP depuis Damas.

Une position qui pourrait fragiliser la mise en œuvre d'une cessation des hostilités censée entrer en vigueur d'ici une semaine en vertu d'un accord âprement négocié à Munich (Sud de l'Allemagne) entre les États-Unis, la Russie et leurs principaux alliés sur ce dossier - en dehors des parties syriennes.

Si elle se confirmait sur le terrain, cette trêve constituerait un premier pas concret pour faire taire les armes dans cette guerre qui a fait 260.000 morts depuis 2011 et poussé des millions de personnes à l'exil.

À Munich, les parties ont aussi convenu d'intensifier les livraisons d'aide humanitaire pour les villes assiégées par le régime de Damas ou le groupe jihadiste État islamique (EI).

Après une réunion vendredi 12 février des 17 pays membres du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG), l'ONU veut livrer de l'aide aux populations de ces villes "sans tarder".

"Des dizaines de milliers de personnes ont désespérément besoin d'aide humanitaire et le pays tout entier a urgemment besoin de paix", a insisté le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, lors d'une visite au Canada.

La trêve négociée à Munich exclut les groupes jihadistes tels que l'EI et al-Nosra - branche locale d'Al-Qaïda - et donc l'arrêt des bombardements occidentaux et russes visant ces groupes.

Un porte-parole du Pentagone a confirmé vendredi 12 février que les opérations de la coalition anti-EI menées par les États-Unis "vont continuer" inchangées.

Le chef de la diplomatie américaine John Kerry a souligné ne pas se faire d'"illusions" sur la difficulté à faire mettre en œuvre cette trêve par les rebelles et les forces gouvernementales syriennes.

"Longs combats"

"Depuis le début de la crise, nous croyons totalement aux négociations et à l'action politique. Cependant, négocier ne signifie pas qu'on arrête de combattre le terrorisme", a ainsi souligné M. Assad pour qui le combat contre les rebelles risque d'être "long".

Le régime syrien désigne par "terroriste" tous ses opposants armés, qu'ils appartiennent à une tendance modérée ou jihadiste.

Il s'agit de la première interview de M. Assad à un média depuis l’échec le mois dernier des pourparlers de Genève et le lancement par son armée au début du mois d’une vaste offensive militaire dans la région d’Alep (Nord) appuyée par les bombardements de l’aviation russe.

Cette offensive, qui vise selon M. Assad à "couper la route" d'approvisionnement des rebelles depuis la Turquie, a poussé des dizaines de milliers de Syriens à fuir les combats, suscitant l'inquiétude des Occidentaux face à un nouveau drame humanitaire.

Les Occidentaux reprochent depuis des mois aux Russes, principaux soutiens de Bachar al-Assad avec l'Iran, de frapper sans discrimination groupes extrémistes et rebelles modérés, susceptibles d'être des partenaires de négociations. Ils craignent que cela ne continue malgré l'accord de Munich.

"Al-Nosra est actif à Alep et plusieurs groupes ont des liens avec cette organisation. C'est un feu vert donné aux Russes pour poursuivre leurs actions militaires tout en faisant semblant de respecter l'accord", commente Julien Barnes-Dacey, expert à l'European Council on Foreign Relations à Londres.

"Nous continuerons, de même que la coalition conduite par les États-Unis, à combattre" les groupes "terroristes", a martelé le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

Du côté de l'opposition syrienne, on s'est montré circonspect, sur une trêve dans ce contexte.

"Le projet de cessation provisoire des hostilités sera examiné par les factions rebelles sur le terrain", a déclaré George Sabra, un membre du Haut comité des négociations (HCN), organe constitué de représentants des principaux partis d'opposition et mouvements rebelles.

De son côté, l'Iran, un des principaux soutiens du régime syrien, a estimé pouvoir "travailler" avec son rival l'Arabie saoudite qui aide les rebelles, notamment dans la lutte contre l'EI en Syrie.

Négociations de Genève

En annonçant ce projet de cessation des hostilités, John Kerry a espéré que les pourparlers de paix entre régime et opposition reprennent "dès que possible". Des discussions indirectes intersyriennes, sous l'égide de l'ONU, avaient avorté en février alors que le régime lançait l'offensive sur Alep.

L'opposition syrienne réclame toujours des signes concrets au plan humanitaire et l'arrêt des bombardements avant de s'asseoir à la table des négociations, officiellement reportées au 25 février.

Moscou, de son côté, refuse de faire du départ de Bachar al-Assad un préalable alors que les Occidentaux estiment qu'avec lui aucune solution durable n'est possible.

L'ONU a accusé dans plusieurs rapports le régime Assad de crimes de guerre et contre l'humanité. Des experts de l'ONU se sont dits vendredi 12 février "très préoccupés" par la pratique des disparitions forcées en Syrie.

"Les institutions onusiennes (...) sont essentiellement dominées par les puissances occidentales et la plupart de leurs rapports sont politisés", a rétorqué M. Assad.

La guerre en Syrie a débuté après la répression dans le sang par le régime de manifestations pacifiques demandant davantage de démocratie. Elle s'est transformée en conflit complexe impliquant une multitude d'acteurs syriens et internationaux.

AFP/VNA/CVN

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