18/12/2016 16:56
Le Vietnam offre mille occasions de s’émerveiller ou de s’étonner. Il suffit de musarder en regardant autour de soi, ou en accomplissant ces petits gestes de la vie quotidienne qui, d’un continent à l’autre, peuvent prendre des sens tellement différents ou communs.
Le cours de cette dernière semaine a été semblable à celui du fleuve Rouge ces derniers temps : placide et sans vraies surprises. Il n’empêche… Chaque jour m’a encore donné matière à penser sur le comportement de la nature humaine et sur celui de la nature tout court. Que ce soit en me promenant à moto ou à pieds, le bonheur des rencontres était au rendez-vous.

Rencontre gourmande à Hanoï.

Tête à tête de mule
 
La première rencontre de la semaine a été le spectacle d’un échange de points de vue entre deux automobilistes. La petite rue qui mène de ma ruelle à la grande avenue Âu Co, à Hanoï, est bien trop étroite pour que deux automobiles puissent se croiser sans être obligés de manœuvrer de façon savante. Il s’agit en l’occurrence de glisser véhicule contre véhicule, en une sorte de tango mécanique, au milieu du flot quasiment ininterrompu de motocyclistes qui se moquent comme de leur première brassière de la complexité des figures imposées à leurs confrères enchâssés dans leur coque métallique.
 
Généralement, les conducteurs effectuent cet exercice avec un calme étonnant et une maestria remarquable. Mais parfois, il arrive, notamment lorsque la taille de la voiture est inversement proportionnelle à la capacité du chauffeur à la maîtriser, qu’un des protagonistes refuse d’entrer dans la danse, en restant au milieu de la route et en tentant de faire reculer l’obstacle à quatre roues qui l’empêche d’avancer librement. Si ce dernier accepte de s’effacer en remontant la rue en marche arrière jusqu’au prochain décrochement, tout se passe bien, hormis un regard appuyé pour manifester une désapprobation de bon aloi. Par contre, en cas de refus de coopération, les choses peuvent se gâter aussi vite que le ciel au printemps.
 
Ce matin, justement, une grosse berline noire à l’insigne de capot arrogante se fait un chemin à grands coups de klaxon pour rejoindre la grande avenue. Un taxi a le mauvais goût d’apparaître à l’entrée de la rue, bien décidé à rejoindre les rives du fleuve en contrebas. D’où je suis, je vois foncer (si tant est que ce terme soit adapté à la lenteur des véhicules), l’une vers l’autre, les deux voitures qui ne semblent pas vouloir céder le passage. Inévitablement, les deux capots se retrouvent calandre à calandre, et la communication commence à s’établir par cornage interposé. Malgré la volubilité sonore, aucun des deux conducteurs n’arrivent à convaincre son interlocuteur du bien-fondé de sa décision à vouloir avancer.

Rencontre beauté à Huê (province centrale de Thua Thiên-Huê).

Deuxième étape de la conversation : les vitres se baissent et les bras se mettent en mouvement pour indiquer de façon véhémente que l’autre doit reculer sans attendre. Comme le stade du geste ne suffit pas, le verbe prend le relais. Je vous ferais grâce de la verbatim utilisée, mais il suffit de savoir que les mères bouchent les oreilles de leurs enfants, que j’enrichis en peu de temps mon lexique de grossièreté en vietnamien, et que si chacun des deux acteurs de cette scène tragi-comique devait vivre le quart de ce que lui promet son partenaire, en comparaison, l’enfer serait une partie de rigolade.
 
Finalement, sans doute influencé par son client, le taxi accepte de refaire en marche arrière les 50 m qui le séparent d’une petite ruelle confluente. Juste le temps de se garer, la berline lui passe sous le nez, non sans que par la vitre ouverte, les deux chauffeurs ne se souhaitent quelques joyeusetés, dont le pal en est la moindre.
 
Ce qui m’attriste en la matière, c’est de voir apparaître ce type de comportement que j’ai connu ailleurs, mais que les déplacements en moto, ici, m’avaient fait oublier. Combien j’aime les embouteillages de deux-roues, où chacun s’enchevêtre, se bouscule épaule contre épaule, où les sourires signent une rencontre un peu forte entre deux garde-boue, où un petit signe de la tête permet d’avoir le passage, où tout simplement on peut se parler entre être humains partageant la même galère. Si je devais faire un vœu aujourd’hui, ce serait que les chauffeurs de voiture gardent la même convivialité que celles qu’ils ont à moto, pour que l’on continue à partager les ngo (ruelle) et les ngách (petite ruelle) plutôt que de défendre 10 m² de territoire de tôle et de chromes.

Rencontre fluviale à Hôi An (province centrale de Quang Nam).

Tête en l’air ou à l’air
 
L’autre rencontre, c’est celle de mon crâne et du lót mu. Depuis la promulgation du port obligatoire du casque, j’avais pensé au côté hygiénique de la situation. Un casque qui fréquente trop assidûment les cheveux risque fort, soit d’en conserver quelques traces, soit d’y laisser quelques traces. Entre le confort du revêtement intérieur et la chaleur du cuir chevelu, les petites bêtes ont de quoi s’en donner à cœur joie.
 
J’avais alors imaginé une sorte de revêtement amovible, à usage individuel. La meilleure idée étant celle que l’on réalise, la mienne était restée dans ma tête à défaut de passer dessus.

Mais l’ingéniosité des Vietnamiens a donné naissance au lót mu, petite couverture de tête, qui se place sous le casque et qui permet à ce dernier de remplir sa fonction de sécurité, sans compromettre l’hygiène des cheveux. Et comme toujours, au Vietnam, on met de la couleur en tout, on peut associer chaque jour son lót mu à sa tenue, même si personne ne le voit !!!

 
Une troisième rencontre est celle de la Sensitive. Celle-ci, je l’ai faite en me promenant dans la campagne, regard au sol, attiré par un drôle de petite fleur, boule de coton mauve. La surprise, c’est ses petites feuilles en forme de plumes qui se replient instantanément dès qu’on les touche. En vietnamien, on l’appelle xâu hô, la honteuse.
 
Si vous vous flânez le long des routes ou au bord des chemins, vous ne pourrez pas la manquer. En plus, outre cette particularité que les enfants, grands ou petits adorent, cette drôle de petite fleur qui a une réputation de plante médicinale bien connue pour son action calmante, elle est recommandée aux insomniaques et aux nerveux, habituellement sous forme d’infusion de la plante entière, des racines ou des feuilles, mais passe pour être efficace simplement introduite dans votre oreiller. À vous de voir !
 
On devrait peut-être en rendre obligatoire la consommation pour les chauffeurs irascibles !!!
 
Texte et photos : Gérard BONNAFONT/CVN
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