12/01/2017 17:27
L’arrivée ces derniers temps d’importants investissements dans le secteur alimentaire témoigne l’attrait de celui-ci pour les investisseurs étrangers. Si cette tendance dégage de nouvelles perspectives de développement à ce secteur économique de pointe du Vietnam, elle est aussi une grande problématique pour l’industrie alimentaire.
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Le marché agroalimentaire du Vietnam suscite un grand intérêt auprès des investisseurs étrangers. Photo : Dô Phuong Anh/VNA/CVN

La présence d’entreprises étrangères a considérablement bouleversé le secteur alimentaire au Vietnam. Les investisseurs étrangers s’implantent de plus en plus par l’intermédiaire de fusions-acquisitions, à un point tel que les prévisions sont de 600 opérations d’une valeur de 6 milliards de dollars, dont plusieurs milliards dans le secteur alimentaire. À titre d’illustration, les deux groupes du milliardaire thaïlandais Charoen Sirivadhanabhakdi détiennent désormais 16,4% du premier groupe du lait Vinamilk, tandis que plusieurs groupes coréens et japonais poursuivent leurs ambitions dans le segment de l’agroalimentaire et de la grande distribution.

Expliquant cette évolution positive, l’économiste Bùi Quang Tin constate que l’entrée en vigueur récente des plusieurs accords de libre-échange avec des pays comme le Japon, la République de Corée, la Russie entraînera une augmentation des exportations d’au moins 14 produits alimentaires du Vietnam. Les investisseurs de ces pays vont aussi rechercher des opportunités de s’implanter sur un marché vietnamien aux grands potentiels. Une autre raison tient à l’abandon progressif de la Chine au profit de pays voisins possédant de plus grands avantages comparatifs.

Par ailleurs, les récents problèmes sanitaires survenus au Vietnam ont mis à mal la confiance des consommateurs envers les produits vietnamiens. Alors que les entreprises domestiques peinent dans la mise en œuvre de leurs stratégies pour augmenter leurs parts du marché domestique, les investisseurs étrangers saisissent l’occasion : ainsi, des Canadiens ont l’intention d’exporter du porc répondant aux normes d’hygiène sanitaire canadiennes. De même, d’autres pays développés sont prêts à s’investir dans le segment de la transformation alimentaire.

L’IDE, ou des enjeux pour l’industrie agroalimentaire vietnamienne

En dépit d’un grand flux d’investissement direct étranger (IDE) au Vietnam, il ne s’agit d’une partie modeste dédiée au secteur agroalimentaire. Cependant, ce dernier a un rôle crucial compte tenu du poids de l’agriculture dans l’économie du Vietnam. Le fait que les investisseurs préfèrent délocaliser leur production dans les grandes villes et s’intéresser à d’autres secteurs pourrait expliquer ces circonstances désavantageuses dans l’attirance des financements pour l’agriculture.

Par ailleurs, cette répartition impartiale de l’IDE affectera négativement l’industrie agroalimentaire du Vietnam qui repose essentiellement sur des produits bruts ou semi-bruts, de moindre valeur ajoutée que ceux transformés. En effet, le manque de financements nécessaires ralentit l’application de nouvelles technologies dans la transformation de ces produits comme dans la mécanisation de l’agriculture. En outre, la qualité des matières premières agricoles ne répond pas encore aux exigences de la production et de l’export, ce qui détourne les investisseurs étrangers de la transformation alimentaire.

Sur le plan juridique, il n’existe pas encore de politiques préférentielles pour les entreprises étrangères en vue de susciter les investissements dans l’industrie agroalimentaire. L’environnement d’affaires connaît encore des problèmes liés aux procédures administratives, obstacles pour les entreprises, et qui, donc, empêche les investissements dans ce segment.

Les investissements étrangers dans l’agroalimentaire offrent de nouvelles perspectives de développement. Photo : Danh Lam/VNA/CVN

Vers une croissance plus durable

Afin d’optimiser les intérêts de l’IDE, l’État doit prendre des solutions à long terme. Selon Monsieur Tin, les réformes nécessaires devraient être effectuées afin d’exploiter les potentiels de ce secteur de pointe de l’économie vietnamienne. En premier lieu, il faudrait créer un environnement d’affaire plus souple et avantageux aux entreprises étrangères, un facteur clé pour attirer les investisseurs étrangers.

De même, la qualité des matières premières est une question préoccupante pour les investisseurs étrangers de cette filière. Ainsi, les autorités locales devraient planifier la création de zones centralisées de production de matières premières, puis, veiller à instaurer des relations plus étroites entre les producteurs agricoles afin de mieux contrôler la qualité des produits.

La mécanisation de l’agriculture, parallèlement à la création d’un système de transformation alimentaire, s’inscrit directement dans la professionnalisation du secteur pour réduire les risques dans les investissements. À terme, cela suscitera davantage les entreprises étrangères à s’intéresser à ce secteur qui recèle d’énormes opportunités.

En conclusion, il est indéniable que la présence des investisseurs étrangers a donné de nouvelles opportunités au secteur agroalimentaire du Vietnam. Les investissements, bien qu’encore modestes, ont une incidence tangible sur le développement de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire. Toutefois, c’est la force motrice des entreprises domestiques qui joue le rôle le plus important dans le processus de développement. Changer pour se perfectionner constitue une base fiable pour ce secteur économique.


Au regard des nombreux investissements réalisés au Vietnam, des entreprises étrangères et domestiques se rendent compte des potentiels du marché alimentaire dans les temps à venir, tout en soulignant les lacunes de la chaîne de production actuelle.

Le professeur Vo Tong Xuân, agronome, a précisé les limites de l’agriculture vietnamienne qui font hésiter les investisseurs étrangers : sources des produits agricoles et aquacoles ne sont pas strictement contrôlées sur le plan de la qualité sanitaire, procédures de récolte et de transformation.

Cependant, le directeur des affaires de la région sud-est asiatique du groupe CJ, Roh Woong Ho, apprécie les opportunités du secteur alimentaire du Vietnam qui connaît une forte croissance de la demande de produits de qualité en raison de l’augmentation des revenus. «Avec une croissance annuelle de 10 à 15% du segment de la transformation alimentaire, notre groupe n’a eu aucune hésitation à consacrer 500 millions de dollars dans l’entreprise de transformation et d’import-export de produits Câu Tre. Un investissement rentable à long terme», a-t-il insisté.

Van Duc Muoi, le représentant du plus grand groupe agroalimentaire VISSAN, affirme que la présence d’entreprises étrangères sur le marché vietnamien conduira à un changement de cap des entreprises domestiques, en matière de management et de renouvellement des technologies. Changer, c’est pour s’adapter et regagner une bonne position à domicile.
 

Hông Anh/CVN

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