30/10/2016 08:31
Il y a encore moins d’un siècle, la femme du Nord était associée au non ba tâm, ce chapeau à fond plat et bord relevé couplé à l’áo tu thân - tunique à quatre pans. Aujourd’hui tombé dans l’oubli, il est temps de lui rendre ses lettres de noblesses.
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Une photo prise à la fin du XIXe siècle. 
Photo : TTVH/CVN
Le non ba tâm est une des multiples variantes du non la (chapeau conique) vietnamien. Il apparaît dans des milliers de photos et des centaines de peintures d’époque réalisées par les Français sur la vie quotidienne dans le delta du fleuve Rouge à la fin du XIXe-début du XXe siècle.

À cette époque-là, les couvre-chefs se déclinaient à l’infini. Mais le plus populaire était sans conteste le non ba tâm, arborant une forme plate, circulaire et très large pour parer les rayons du soleil, avec des bords courbés vers le bas d’une quinzaine de centimètres. Les femmes ne s’en séparaient jamais : dans les champs, au marché, en ville, pour les festivités mais aussi à la maison. Ce chapeau de couleur crème était très distingué. Mieux, c’était un trait culturel de la région.

Splendeur et décadence

Dans le livre Les techniques du peuple annamite d’Henri Oger, publié en 1909, la légende de la photo montrant ledit chapeau, écrite en han (écriture chinoise), indique que le mot «tâm» fait référence à la taille de l’objet.

Dans un autre manuscrit intitulé Connaissances du Vietnam en 1954, l’écrivain explique que «+le non ba tâm+ signifie chapeau de trois tâm (trois fois 8 pouces : 1m20)».

Et les artisans du district de Thanh Oai, en banlieue de Hanoï, les seuls à encore fabriquer cette coiffe, confirment : ba tâm indique la mesure du chapeau plutôt que le nombre de couches de feuilles dont il est composé.

Aujourd’hui, seuls les historiens savent distinguer le non ba tâm des autres sortes de couvre-chefs à bord large. En effet, depuis 1940, le chapeau conique s’est imposé partout dans le pays, reléguant son grand-frère au rang de relique.

Halte aux confusions

Les générations suivantes n’ont entendu les noms de non ba tâm et de non thung (chapeau panier) que dans les versets folkloriques ou les contes racontés par les personnes âgées.

Un +non ba tâm+ du modiste Nghiêm Phu Luân, du village spécialisé de Tri Lê, dans le district de Thanh Oai, Hanoï. Photo : TTVH/CVN
Le non thung a toujours été confondu avec le non ba tâm, tous deux ayant joui d’une grande popularité dans le Nord. Si leur taille est similaire, le centre du non thung est plus profond que son cousin, de même que son bord, à l’angle plus arrondi que le non ba tâm. Et son nom vient du fait qu’il ressemble vraiment à un thung (panier) tels qu’il est fabriqué au Vietnam.

La confusion vaut aussi pour le non quai thao, qui est en réalité un nom commun et ne désigne en aucun cas un chapeau particulier.

D’autres types de coiffes similaires - seule la taille les différencie - ont été nommées d’après les personnes qui les portent. Comme par exemple le non thây tu (chapeau de moine), le non thuy thu (chapeau de marin), le non ma ki (chapeau de cavalier) ou encore le non chop (chapeau conique pour homme à sommet métallique).

Pour en revenir à la taille, les non ba tâm les plus imposants étaient appelés non muoi. Le non ba tâm à fond plat et à bord relevé avec mentonnière à torsades pendantes était porté lors des événements importants, tandis que les variantes à bord plongeant l’étaient dans la vie de tous les jours, pour aller au marché ou les travaux champêtres.

Autre information : les anciens ne distinguent pas les sortes de couvre-chefs suivant leur mentonnière, puisqu’il s’agit-là de deux objets distincts, la mentonnière (en tissu ou en soie) étant amovible. La quai thao est une sorte de mentonnière spéciale faite de soie. Elle est tissée par des artisans des villages de Do Thao et de Triêu Khuc, en proche banlieue de Hanoï. L’objet est compatible avec toutes sortes de coiffes comme le non cô dâu (coiffe de mariée), le non nhà su (chapeau de moine) et bien sûr ce cher non ba tâm.

En résumé, le non la et le non ba tâm font partie intégrante de la panoplie vietnamienne d’aujourd’hui et d’hier, au point d’avoir été érigés en symboles du peuple que l’on retrouve dans les arts.     

Thuy Hà/CVN



 
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