31/10/2016 23:30
L’opinion publique et les artistes de musique traditionnelle ​s'indignent de la déclaration de la Chine considérant que le đàn bầu (monocorde) lui appartient. Pour éclaircir cette question, le journal Thể thao & Văn hóa (Sports et Culture) de l’Agence Vietnamienne d’Information présente aux lecteurs l’extrait de l’article du Professeur et Docteur en musicologie Trân Quang Hai.
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Le "đàn bầu" est un monocorde vietnamien.
Photo : CTV/CVN

Des ouvrages historiques importants ​traitent du đàn bầu. Selon les manuscrits An Nam chi luoc, Dai Viêt su ky toàn thu, Chi Nam Ngoc âm giai nghia, Dai Nam thuc luc tiên biên, Tân Duong thu ou encore Cuu Duong Thu, le monocorde a fait sa première apparition dans le delta du fleuve Rouge (Nord). Puis, cet instrument a été apporté au Guangxi (Chine) par des habitants de l’ethnie Kinh, l'ethnie majoritaire du Vietnam.

Selon Hoàng Yên, auteur de l’article La musique à Huê : Dàn Nguyêt et Dàn Tranh publié dans le Bulletin des Amis du Vieux Huê en 1919, le monocorde a été apporté à Huê (Centre) par des chanteurs aveugles du Nord de Hát xẩm (chant xâm) - un art populaire créé au XIIIe siècle - pour ​satisfaire certains mandarins progressistes et passionnés ​par les sons limpides et roucoulés de cet instrument singulier.

Vers la fin du ​XIXe - début du XXe siècle, le roi Thành Thái, l'un des trois rois patriotes sous la colonisation française, adorait le son du monocorde de l’An Nam (nom du protectorat chinois sur une partie du territoire formant aujourd'hui le Vietnam de 618 à 939, avant l'indépendance du Dai Viêt. Par la suite, le mot a continué d'être employé par les Chinois pour désigner le Vietnam ; l'usage a ensuite été repris par les Occidentaux pour désigner le Vietnam dans son ensemble). À l’époque, le monocorde a remplacé le đàn tam (instrument à trois cordes) dans les ensembles de cinq instruments de musique : cithare à seize cordes, luth à quatre cordes, viole à deux cordes, luth à caisse ronde et à deux cordes, et donc monocorde.

Le monocorde est un instrument ​utilisé ​lors des représentations de đờn ca tài tử (chants des amateurs du Sud) depuis les années 1930. ​​À l’époque, il faut savoir qu​'une partie de la population du Centre a migré vers ​le Sud pour y exploiter la terre vers la fin du XIXe siècle.

Le musicologue Trân Van Khê, aujourd'hui décédé, a décrit l'instrument dans sa thèse présentée à Paris en 1958 et dans le livre Vietnam - Traditions musicales publié à Paris en 1967 par la Maison d’éditions Buchet/Chastel.

Le Pr-Dr Trân Quang Hai a écrit un article présentant le monocorde dans le livre Music of the world, publié en France en 1994 par l’éditeur J. M. Fuseau, Courlay.

Il y a sept ans, la musicienne Quynh Hanh (du groupe Hoa Sim, créé à Saïgon dans les années 1960) a soutenu avec brio sa thèse de doctorat sur le "Đàn Bầu" à l'Université Paris Sorbonne 4. Outre la présentation de cet instrument et de l’ethnomusicologie, l’auteur a consacré une partie de sa thèse à présenter l’utilisation du monocorde dans le traitement des maladies psychiatriques ou la musicothérapie.

Alors, Vietnam ou Chine ?

Ces derniers temps, la Chine a organisé des festivals de musique ethnique avec des interprétations de đàn bầu. ​Le site web du China Daily USA a publié un article accompagné d'une photo de l'agence Xinhua avec pour légende "Des centaines de personnes de l'ethnie minoritaire Kinh jouent du monocorde" lors d'une fête traditionnelle en Chine. Selon cet article, l'ethnie Kinh avait émigrée du Vietnam en Chine il y a 500 ans, et comptait actuellement 22.000 représentants.

La Chine a envoyé des musiciens au Vietnam pour apprendre à jouer du đàn bầu et a invité certains chercheurs à écrire des articles sur cet instrument de musique. Sun Jin, de nationalité chinoise, a fait une thèse de doctorat sur le đàn bầu à l'Académie nationale de musique du Vietnam.

Selon le musicien Dô Lôc, en 1967, une troupe de danse et de chant de l'Armée de libération du Sud-Vietnam a donné une représentation artistique à Pékin. Le musicien Duc Nhuân a interprété un morceau de đàn bầu impressionnant. Puisque le đàn bầu appartient au Vietnam, la Chine souhaite apprendre à jouer de cet instrument de musique. Le Vietnam l'a accepté et l'artiste chinois Tian Chang est allé avec la troupe artistique du Vietnam pendant sa tournée pour étudier le đàn bầu.

Selon le monocordiste Nguyên Tiên, il avait présenté fin 2013 l'histoire du développement du đàn bầu du Vietnam à l'Académie de Guangxi, en Chine.

Certains artistes et chercheurs ont estimé que le đàn bầu n'attirait l'attention en Chine que​ depuis près de 20 ans. Auparavant, il n'y avait aucun enseignement du đàn bầu dans les académies de musique ​chinoises, alors que cet instrument était présent du Nord au Sud du Vietnam et enseigné dans les trois académies nationales de musique de Hanoï, de Huê et de Hô Chi Minh-Ville, avec des centaines d'élèves.

La Chine s'est déjà appropriée
de patrimoines d’autres pays


La cithare monocorde de la Chine est appelée độc huyền cầm, du Japon Ichigenkin, de l’Inde Gopi yantra, du Cambodge Sadiou. Parmi lesquelles, aucune ne peut produire les partiels harmoniques comme le đàn bầu vietnamien.

L'appropriation de patrimoines immatériels d’autre pays par la Chine n'est pas un fait isolé. En 2009, la Chine a soumis à l’UNESCO des dossiers sur l'art mongol du chant Khoomei (ou chant de gorge) pour inscription au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

La Mongolie s’est opposée véhémentement à la revendication chinoise sur cette forme de chant parce que le Khoomei, selon les experts mongols, provient de la région du Nord-Ouest de la Mongolie et non la Mongolie intérieure, comme ce qui était affirmé dans le dossier transmis par la Chine.

En 2010, la Mongolie a soumis ses dossiers sur le chant Khoomei qui a été reconnu en 2012 par l’UNESCO en tant que patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Outre le chant Khoomei, la Chine avait eu l’intention de soumettre à l’UNESCO les dossiers sur l’Arirang, chant lyrique traditionnel ​de République de Corée. Mais cette dernière a organisé opportunément à Séoul un séminaire sur cette forme de chant. En 2014, l’Arirang a été reconnu par l’UNESCO en tant que patrimoine immatériel de la République de Corée.

VNA/CVN
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