04/05/2017 16:15
Il porte le nom d'un Dieu nordique et ses racines percent le coeur d'un volcan : "Thor" symbolise l'excellence de l'Islande dans la géothermie. Ce puits expérimental parmi les plus profonds et les plus chauds de la planète masque pourtant les performances mitigées de l'île en matière d'environnement.
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Vue sur la centrale géothermique de Reykjanes, détenue et opérée par l'électricien islandais HS Orka située sur la Reykjanesskagi, au Sud-Ouest de l'Islande, le 23 mars. Photo : AFP/VNA/CVN

Non loin du "Lagon bleu" dont les eaux bleues fumantes ont attiré 1,1 million de touristes l'an dernier, la tête du puits domine les cratères formés par la dernière éruption qui a recouvert cette partie de la péninsule de Reykjanes d'une mer de lave il y a 700 ans. Le paysage est lunaire. Les astronautes de la NASA sont déjà venus s'y entraîner.

Lancé le 11 août 2016, le forage s'est achevé le 25 janvier dernier. Les ingénieurs ont éteint les machines lorsque le fond du puits a atteint la profondeur verticale de 4.500 mètres, là où la roche atteint des températures si extrêmes que les fluides se rencontrent dans un état dit "supercritique": à 427°C et 340 bars de pression, ni eau ni gaz, leur énergie est énorme.

Les scientifiques et les entreprises associés se sont donné deux ans pour évaluer la faisabilité technique et économique de ce puits.

"Nous pourrions obtenir cinq à dix fois plus d'énergie qu'avec un puits conventionnel", explique, casque de sécurité vissé sur le chef, Albert Albertsson pour l'électricien islandais HS Orka et le consortium Iceland Deep Drilling Project, qui regroupe trois producteurs d'énergie et l'Autorité nationale de l'énergie.

Plusieurs dizaines d'Islandais se baignent le 24 septembre 1999, dans le Lagon Bleu, dans l'eau à 28°C qui sort naturellement du sol volcanique de l'île.
Photo : AFP/VNA/CVN

Pour fournir en électricité et eau chaude une ville comme Reykjavik (212.000 habitants), "nous aurions besoin de 30 à 35 puits (conventionnels) contre seulement de trois à cinq puits supercritiques", assure-t-il. Le coût serait évidemment bien moindre.

Émissions de CO2 en hausse

Terre boréale riche en geysers, sources chaudes et fumerolles, l'Islande est l'un des pays les plus actifs de la planète du point de vue géologique et jusqu'à présent le seul au monde doté d'une électricité 100% renouvelable: 25% provient de la géothermie, et le reste, des barrages hydroélectriques.

La décision de recourir massivement à la géothermie remonte aux années 70 et aux chocs pétroliers. Auparavant, la moitié de la population de l'île se chauffait grâce au pétrole.

Alors, avec 100% d'électricité renouvelable, l'Islande est-elle un modèle en matière d'énergie propre?

Pas si simple, avance Martin Norman, spécialiste de financement durable chez Greenpeace. La géothermie est toujours "préférable au gaz, au charbon et au pétrole", reconnaît le Norvégien. "Mais ce n'est pas une énergie complètement verte. Dès que vous forez, vous avez de la pollution au souffre et des émissions de CO2".

C'est vrai, admet Albert Albertsson, mais "si vous comparez les émissions par mégawatt de la géothermie, elles ne représentent qu'une petite part de celles générées par le pétrole et le gaz", fait-il remarquer. Et les méthodes de recyclage progressent à grand pas, selon lui.

Albert Albertsson, responsable pour l'électricien islandais HS Orka et le consortium Iceland Deep Drilling Project, sur le site de la centrale géothermique de Reykjanes, le 23 mars. Photo : AFP/VNA/CVN

Martin Norman relève que l'Islande se targue d'être à la pointe des énergies renouvelables alors "qu'elle est loin de remplir les objectifs" internationaux en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Un rapport publié en février par l'Institut des études économiques de l'Université d'Islande indique que le pays ne sera pas en mesure de respecter les accords de la COP21 signés à Paris.

Selon ce rapport, les émissions de gaz à effet de serre augmentent dans tous les secteurs de l'économie, sauf la pêche et l'agriculture. Si rien n'est fait, elles devraient grimper de 53% à 99% en 2030 par rapport à 1990, au lieu de diminuer de 40%.

AFP/VNA/CVN

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