19/03/2017 22:37
Richesse du terroir, savoir-faire et proximité : à l'ombre des mastodontes du négoce du champagne, tels Moët&Chandon ou Pommery, de plus en plus de vignerons misent sur l'humain, plutôt que la marque, pour se faire un nom.
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Les cavistes Cédric Pilot (gauche) et Fabrice Parisot dans la "Cave du forum", à Reims le 10 mars. Photo : AFP/VNA/CVN

Et cette approche leur a ouvert les portes de l'export et de la restauration : "Pour moi il est important de pouvoir mettre un visage sur chaque champagne, car il est à l'image du vigneron qui le produit", assure ainsi le chef Kazuyuki Tanaka dans les cuisines de son restaurant nouvellement étoilé Le Racine, à Reims (Marne).

Affairé à la préparation d'une langoustine aux betteraves blanches, il réfléchit à l'association d'un champagne avec cette assiette aux notes fraîches et aigres-douces.

Particularité de cette table gastronomique : la carte des champagnes, qui référence une cinquantaine de cuvées, est exclusivement composée de champagnes de vignerons, c'est-à-dire hors grandes maisons.

L'appellation compte 4.461 vignerons qui élaborent leurs vins eux-mêmes ou via une coopérative, selon le Comité Champagne, qui représente l'interprofession.

Kazuyuki Tanaka dans son restaurant "Le Racine", à Reims le 10 mars.
Photo : AFP/VNA/CVN
"Les grandes maisons ont défriché le terrain avec leur puissance marketing et financière, elles nous ont ouvert des portes", reconnaît Eric Taillet, vigneron qui produit, élabore et commercialise le champagne tiré de ses 5,75 ha à Baslieux-sous-Châtillon, dans la vallée de la Marne, au nord-ouest d'Epernay.

Les vignerons ont progressivement trouvé leur propre clientèle et sont partis à la conquête de nouveaux marchés à l'étranger. Principal atout ces champagnes de caractère : "Une quantité extraordinaire de cuvées différentes", analyse-t-il.

«Tout mon amour !»

"Il y a beaucoup de passion dans le discours des vignerons et j'ai senti que nous avions énormément à partager de ce côté-là", confie M. Tanaka, un Japonais qui ne connaissait "que les grandes marques" avant de s'installer en Champagne.

C'est justement au pays du Soleil Levant qu'Eric Taillet a exporté ses premières bouteilles il y a une vingtaine d'années. "Maintenant l'export concerne la Suisse, les États-Unis, l'Italie, le Danemark, l'Angleterre... soit 30% de la production", calcule-t-il. Tout en espérant atteindre le double dans le futur.

"Les clients viennent goûter des choses différentes, tout en passant un moment convivial", estime M. Taillet, intarissable sur le champagne en général et le pinot meunier en particulier. Et pour cause : "Du travail de la vigne au vin, j'y mets tout mon amour !"

De son côté, Cédric Pilot, caviste aux Caves du Forum à Reims, juge que le succès grandissant de ces "vins identitaires" est dû à "ces artisans qui mettent en avant la notion de terroir, l'importance du travail du sol et, bien sûr, la qualité des vins".

Cachée au fond d'une cour du centre-ville rémois, cette cave réputée fait la part belle aux vignerons, dont les champagnes représentent 95% des ventes contre 5% pour ceux du négoce. "De nombreux touristes viennent découvrir du champagne de producteurs parce qu'ils recherchent une identité, ils veulent un morceau d'histoire", remarque Fabrice Parisot, le propriétaire.

Le vigneron Eric Taillet devant ses barriques de champagne à Baslieux-sous-Châtillon, le 10 mars. Photo : AFP/VNA/CVN

Des histoires, Eric Taillet en a toujours quelques-unes à raconter aux visiteurs : "Certaines parcelles font partie de l'histoire familiale, on a appris sur le terrain, on a écouté les anciens et on en a tiré les conclusions pour faire un produit atypique", dit-il.

Malgré la richesse et la pluralité de leurs champagnes, les vignerons ont pourtant encore peu de notoriété auprès du grand public. "Les grandes marques sont le rayonnement international de l'appellation", rappelle Cédric Pilot. Mais il insiste sur la complémentarité de tous les acteurs de ce terroir prestigieux, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

L'an dernier, 306 millions de bouteilles de ce vin symbole de fête et de luxe ont été vendues en France et dans le monde, dont 87 millions produites par des vignerons ou issues de coopératives champenoises. Encore peu face aux grandes marques, qui se taillent la part du lion avec 219 millions de cols vendus, selon le Comité Champagne.

AFP/VNA/CVN


 

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