07/01/2017 14:10
La tradition culturelle du Vietnam est marquée profondément par les fleurs. Dans le roman en vers Truyên Kiêu, le poète Nguyên Du (XVIIIe siècle) emploie le mot hoa (fleur) dans 130 vers, sans compter d’autres où figurent les noms de fleur sans l’article hoa.
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Une jeune fille en tenue traditionnelle pose dans un jardin de pêchers en fleurs.
Photo : Teddy/CVN  

La langue vietnamienne abonde en termes et expressions ayant des connotations florales : co hoa tay (littéralement avoir la pulpe des doigts au dessin fleuri = être adroit de ses mains), sô dào hoa (être né sous l’étoile de la fleur de pêcher, de l’amour = être le chouchou des femmes), hoa da (fleur de pierre = corail), hoa dèn (fleur de la lampe = charbon de la mèche d’une lampe à huile), hoa tai (fleur de l’oreille = boucle d’oreille ), mat hoa (visage fleuri = beau visage de femme), etc.

Les chansons populaires font souvent allusion aux fleurs, surtout en amour. Les fleurs interviennent dans plus d’un roman populaire : Nhi dô mai (Les pruniers ont fleuri deux fois), Hoa tiên (Les feuillets fleüris), un conte de Truyên ky man luc (Vaste recueil de merveilleuses légendes) qui raconte l’histoire d’une âme de fleur réincarnée.

Les fleurs de culte

Je me rappelle que quand j’avais 6 ou 7 ans, vers les années 1920, j’étais très impressionné par le caractère sacré des fleurs. J’habitais alors rue du Chanvre, au cœur de la vieille cité de Hanoï. Deux fois par mois, ma mère rendait hommage au Seigneur Tigre protecteur de la famille. Sur son autel, elle posait un bol d’eau de pluie et une assiette de fleurs enveloppées dans des feuilles de bananier que lui apportait régulièrement une marchande.

Les hoa thiên ly (Pargularia odoratissima). Photo : Linh Thao/CVN

La gamme des fleurs pour le culte comprend les hoa soi (eugenia), hoa ngâu (aglaia), les tubéreuses, les roses, les orchidées, les hoa don, les hoa môc (aplotasis), les hoa thiên ly (Pargularia odoratissima), etc. Les jasmins sont tabous parce qu’ils s’épanouissent la nuit et sont considérés comme fleur de la luxure. L’eugénia sert à parfumer le thé en boutons et le tabac pour pipes à eau (thuôc lào). L’aglaia qui donne aussi son parfum à ces matières, a de petites fleurs jaunes qu’évoque une chanson populaire :
«Miêng cuoi nhu thê hoa ngâu
Cai khan dôi dâu nhu thê hoa sen
»
(Ton sourire, ma mie, évoque l’aglaia,
Et ton fichu, sur la tête, une fleur de lotus).

Les tubéreuses au parfum pénétrant s’emploient lors des funérailles et ne se peuvent servir comme offrande...Les mong rông (mong = griffe, rông = dragon) ont un parfum qui rappelle celui des bananes mûres. Les aplotasis, plantés de préférence dans les cours des pagodes servent à parfumer le tabac pour pipe à eau. Le thiên ly, employé comme légume donne une soupe délicieuse.

Les fleurs d’ornement

Le lotus, très populaire au Vietnam, se rattache à une tradition culturelle commune à plusieurs peuples d’Asie et d’Afrique. À l’origine, il est le symbole de la vie émergeant du chaos primitif des eaux marécageuses, il représente le sexe de la femme, la matrice des matières de l’univers biologique, de l’élan vital et de la volupté. Selon les conceptions brahmaniques et bouddhiques, sa beauté et sa pureté tranchant sur la boue immonde du monde de l’éphémère sont l’image de la vertu. Un proverbe vietnamien dit également : «Gân bùn mà chang hôi tanh mùi bùn» (Poussant dans la boue, le lotus n’en a pas l’odeur nauséabonde).

Les fleurs d’ornement jouent un rôle non moins important que les fleurs de culte. Les anciennes archives mentionnent que les jardins de fleurs entouraient les palais royaux sous le règne de Lê Dai Hành (Xe siècle) et que sous les Ly (XIe-Xlle siècles) existaient déjà des villages spécialisés dans la plantation des fleurs... Cependant, ce «métier peu vulgaire» ne prospérait pas. D’après Nhât Thanh, «il semble qu’il n’y avait pas de planteurs professionnels de fleurs, sauf dans la capitale royale ou dans quelques bourgades où se vendaient des fleurs pour les besoins du culte. Les vieux lettrés voulaient planter des fleurs de leurs propres mains».

La fleur de lotus symbolise la vertu. Photo : Linh Thao/CVN

Les fleurs d’ornement comprennent les orchidées, les camélias, les chrysanthèmes, les soi, les môc, les dahlias, les pivoines, les jasmins, les roses, les fleurs de pêcher, d’abricotier, les narcisses, les quynh, les phù dung. Chaque fleur a sa signification éthique et traduit le caractère du planteur. En tête de la liste figure l’orchidée, fleur de «l’homme supérieur» et de la beauté féminine. Le chrysanthème, apanage de l’automne, évoque la retraite d’une âme indifférente aux honneurs. Le quynh (sorte d’hortensia), d’une blancheur candide, ne fleurit la nuit que pour les poètes. Certains prétendent que la rose est importée de l’Occident parce qu’elle est absente dans notre littérature classique.

Nous ne connaissons que les roses sauvages tâm xuân (sorte d’églantine) qui poussent en buisson dans les haies et les champs. Le phù dung (sorte d’hibiscus) symbolise une beauté vite fanée. Les fleurs d’abricotiers blancs représentent l’endurance parce qu’elles s’épanouissent seules à la fin de l’hiver, les jaunes accueillent le Têt au Sud et les fleurs roses de pêcher au Nord, ainsi que les narcisses.

La culture des fleurs pour une commercialisation de quelque importance est le résultat de l’impact des mœurs et de la culture occidentales.

Huu Ngoc/CVN
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