12/10/2016 22:24
La secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, s’est rendue le 12 octobre au siège du Courrier du Vietnam à Hanoi et a accordé au journal une interview exclusive.

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La secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean (gauche), et la rédactrice en chef du Courrier du Vietnam, Nguyên Thu Hà, lors d'une interview exclusive accordée au journal, le 12 octobre à Hanoï.  

Photo : Viêt Cuong/CVN


Quel est le message de votre visite au Vietnam ?

Mon message est d’abord dire aux Vietnamiennes et Vietnamiens combien ce pays me tient à cœur. Combien cette région aussi est bien placée dans mon cœur. Pourquoi ? Parce que vous êtes des pays qui avaient eu à surmonter de très dures épreuves. Vous avez été malmenés, vous avez connu des chapitres douloureux dans votre histoire.

Et il est absolument remarquable de voir comment vous vous relevez aussi, avec beaucoup d’assurance dans ces épreuves. Je vois de l’assurance  dans la façon dont le Vietnam par exemple est en train de prendre position à la face du monde et sur toute la planète avec une approche de coopération extrêmement solidaire. J’insiste sur ce mot. Partout où le Vietnam investit, il cherche à s’associer au développement des pays, des collectivités et des populations. Le Vietnam s’engage dans de la co-construction avec des pays sur certains objectifs précis, et cherche à partager ses propres expériences, ses propres capacités, et permet dans bien des cas de créer énormément de possibilités et d’espoir pour les populations des pays où le Vietnam s’engage. La Francophonie aime ça, aime cette approche, et veux reconnaître ce que le Vietnam accomplit en coopération.

D’autre part, alors qu’au cœur des objectifs que je veux atteindre et de la feuille de route qui m’a été confiée depuis mon élection et que je dois réaliser, il y a une stratégie économique que nous voulons vigoureuse, robuste et extrêmement diversifiée. J’aime voir le Vietnam revenir avec beaucoup plus d’engagements au sein de l’espace francophone et au sein de la Francophonie. J’ai senti tout de suite quand je suis venue en 2014 que dès lors que l’on parlait de stratégie économique pour la Francophonie, le Vietnam répondait présent. Et j’aime cette impulsion que le Vietnam est en train de donner à l’orientation que nous donnons à notre tour à la stratégie économique. Cette région de l’Asie-Pacifique est pour nous très stratégique, comme l’Afrique, comme bien sûr l’Europe, bien sûr les Amériques, il y a d’ailleurs de plus en plus de pays l’Amérique latine qui se joignent à la Francophonie.

 

La secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, au siège du Courrier du Vietnam, à Hanoï.
Photo : Viêt Cuong/CVN


Le Vietnam est en train de saisir avec beaucoup d’acuité que l’espace francophone,  c’est un espace riche de possibilités : nous sommes sur les cinq continents, nous sommes en ce moment 80 états et gouvernements. Nous avons quadruplé. Nous sommes appelés à nous élargir. Il y a de plus en plus de pays qui manifestent un intérêt à rejoindre l’espace francophone. Cela ne va pas sans défis. Le Vietnam a aussi une part de devoirs : se réapproprier la langue française, faire en sorte que la langue française résonne et rayonne dans le pays et la région. Et nous avons aujourd’hui signé un protocole et une feuille de route avec les autorités vietnamiennes pour former les diplomates au français, les fonctionnaires de l’administration publique. Et on veut voir des résultats. Je voudrais revenir au Vietnam et voir qu’il y a plus de ministres capables de m’adresser la parole et discuter avec moi en français. Je veux voir plus de professionnels au Vietnam revenir avec vigueur et détermination au français.

Alors que le Vietnam veut se positionner sur le marché et les marchés dans l’espace francophone, il faut savoir que le français c’est une façon de mieux négocier, de convaincre, de faire la promotion de ce que l’on a offert face à la demande dans l’espace francophone. J’ai le sentiment vraiment dans toutes les discussions que j’ai eues avec le président vietnamien, Trân Dai Quang, la présidente de l’Assemblée nationale vietnamienne, Nguyên Thi Kim Ngân, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Pham Minh Binh, et plusieurs  autres ministres qui étaient présents (culture, sports et tourisme, industrie et commerce, éducation et formation), que le déclic est en train de se produire. L’anglais c’est très bien, mais le français c’est tout aussi bien. Et cela il faut le réaliser.

 

Michaëlle Jean apprécie vivement le rôle du Courrier du Vietnam dans le monde de la presse francophone.
Photo : Viêt Cuong/CVN


Que pensez-vous du rôle du Vietnam au sein de la communauté de la Francophonie ?

Je pense que le Vietnam joue une carte extrêmement positive et constructive. Le Vietnam comprend aussi que la Francophonie est un espace de partenariats, de solidarité, de partages et de dialogues dans la diversité ; que c’est un espace aussi de possibilités immenses, notamment sur le plan de l’entrepreneuriat.

En ce moment, nous mettons beaucoup l’accent sur le soutien à l’entreprenariat des jeunes et des femmes, mais un soutien structurant. Nous sommes en train de développer les incubateurs pour soutenir des très petites, petites et moyennes entreprises et industries, mais en ayant le souci d’avancer sur le plan de la normalisation : produire sur les standards de qualités ; de créer les labels et les certifications aussi, permettant à ces entreprises d’entrer avec un regain de compétitivité, une capacité de percer davantage sur les marchés. C’est très important. C’était d’ailleurs notre première activité en arrivant au Vietnam : cela a été de rassembler les entrepreneurs, des acteurs économiques du Vietnam, et de leurs partenaires aussi de l’espace francophone.


Et tout de suite, la demande était «comment l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) peut nous accompagner pour développer et engager des partenariats dans des filières que nous sommes en train vraiment de renforcer : les nouvelles technologies, la téléphonie mobile, le système des médias, Internet ?». C’est très intéressant pour nous de pouvoir dire qu’il y a des possibilités d’agir en catalyseur et en facilitateur. Dans d’autres domaines aussi, qui sont des filières plus traditionnelles au Vietnam, par exemple dans la filière de l’agriculture, du riz, du thé, et de l’industrie textile. Il y a ces filières plus convenues, plus traditionnelles, mais il y a aussi celles de l’innovation.

Nous trouvons que Vietnam avance avec beaucoup de convictions et d’assurance. C’est très intéressant de voir ce pays s’affirmer avec autant de capacité de convaincre, capacité de prise de conscience de ses possibilités, de prise de conscience de ses forces, mais en même temps dans son esprit de réciprocité et de partenariat.

 

Michaëlle Jean discute avec un jeune journaliste du Courrier du Vietnam, le 12 octobre à Hanoï.
Photo : Viêt Cuong/CVN


Actuellement, de nombreux étudiants vietnamiens choisissent les pays francophones comme France, Belgique, Suisse, Canada pour faire leurs études universitaires. Quelles sont les politiques accordées par la Francophonie institutionnelle ?

Plusieurs pays ont des politiques de programmes de bourses. Le pays que je connais le mieux, c’est le Canada. Il offre beaucoup d’ententes universitaires, de programmes de bourses spécialement dédiées à la Francophonie. C’est important, je pense qu’à travers le bureau d’en prendre conscience et de saisir ces opportunités. La France en offre également, comme d’autres pays, à l’image de l’Université de Senghor d’Alexandrie, et qui délocalise aussi ses campus dans plusieurs pays francophones entres autres d’Afrique.

La Francophonie permet aux étudiants, à des jeunes professionnels d’effectuer des stages à l’étranger. Nous voulons élargir notre programme des volontaires internationaux francophones. Vous en accueillez d’ailleurs une ici ; c’est disponible également pour les jeunes vietnamiens qui voudraient aller ailleurs pour se perfectionner, connaître un épanouissement ou une expérience professionnelle très épanouissante et très riche qui permet aussi d’affiner ses compétences. Nous sommes très soucieux de cela et nous venons de créer  également un institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation. Et là pour nous la question des stages et de la mobilité étudiante seront au cœur de notre action et de notre réflexion.

Nous menons un plaidoyer aussi très important pour permettre ces échanges entre les jeunes, ces échanges entre les étudiants et pour engager à travers par exemple l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) des possibilités de stages, des possibilités de perfectionnement, l’accès à des contenus académiques francophones, à des programmes aussi dans tous les domaines d’études. Nous venons de créer un portail, «méta portail» qui rassemble plusieurs pays, plusieurs universités de ces pays et déjà plus de 40.000 programmes dans tous les domaines d’études sont disponibles. À la fois les étudiants, les professeurs, les chefs d’établissement scolaire peuvent aller puiser  des programmes qui peuvent être répliqués ailleurs. L’AUF c’est quand même un réseau de 828 universités à travers le monde. Imaginez pour les étudiants ce que cela représente de pouvoir avec les campus numériques accéder à tous ces contenus, toutes ces études qui sont produites, les recherches qui sont réalisées, tous ces contenus extrêmement utiles lors que l’on veut développer un certain domaine de recherche et de réalisation.
 

La secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, s'engage aux côtés du Courrier du Vietnam.
Photo : Viêt Cuong/CVN


Le 16e Sommet de la Francophonie se tiendra au mois de novembre prochain à Madagascar. En qualité de secrétaire générale de l’OIF, pourriez-vous nous parler un peu des préparatifs de cet événement ?

C’est une préparation qui se vit sur des mois et des mois avant la tenue même du sommet. Je dirais même dès la fin du sommet de Dakar. Et même avant la fin du sommet de Dakar, on commençait déjà à s’engager vers ce sommet.

Pour Madagascar, c’est extrêmement important, parce que ce pays avait été suspendu en raison des crises politiques profondes, en raison d’un coup d’état. Et Madagascar fait sa réintégration au sein de la famille francophone avec beaucoup de force en accueillant ce 16e sommet.

Le 7e s’était vécu ici, à Hanoï, et les autorités vietnamiennes nous disaient combien de retombées avaient suivi ce sommet. Le fait même de tenir un sommet, c’est comme un gage de retombées même avant sa tenue. Parce que c’est un coup de projecteur sur le pays qui est très important. C’est pourquoi j’espère que l’on pourra aussi et nous sommes à y réfléchir, avec les autorités vietnamiennes et les autres pays de la région, tenir des rencontres de la Francophonie ici dans la région, que ce soit des forums économiques, nos Journées de la Francophonie économique.

Ce sera très intéressant de faire en sorte que beaucoup de pays de la Francophonie convergent vers cette région, que ce soit au Vietnam, au Cambodge, au Laos, pour faire en sorte que l’on comprenne le dynamisme de cette région, sa capacité de recevoir, d’accueillir, dégager un espace pour la réflexion et les discussions. Donc, maintenant, le sommet va se tenir à la fin de novembre, à Madagascar.

Le 16e  sommet est très important par son thème aussi. Un thème que le Vietnam comprend parfaitement et avec lequel il est en phase. C’est sur la croissance partagée, développement responsable, les conditions de stabilité du monde et de l’espace francophone. C’est le moment d’engager ce type de discussions parce que nous sommes dans un monde de plus en plus complexe, nous savons qu’aucun pays ne peut s’en sortir seul, que nous travaillons et nous rassemblons nos efforts dans une éthique du partage. Nous avons conscience aussi que la croissance  doit aussi inclure une dimension de partage, de coopération, de partenariat.

 

Photo de famille de l'équipe du Courrier du Vietnam et de la délégation de l'OIF,  le 12 octobre à Hanoï.

Photo : Viêt Cuong/CVN


Le développement se doit d’être responsable. Je vous parlais des valeurs que le Vietnam favorise dans sa façon d’engager la coopération internationale, c'est-à-dire en tant qu’associé, de partenaire  du pays où le Vietnam investit. Je crois que le Vietnam comprend totalement ce que l’on veut dire par le développement responsable. J’ai vu que les entrepreneurs vietnamiens avaient le sens de la responsabilité sociale des entreprises. Et vous comprenez bien que tout cela produit de la stabilité. Je pense que face à toutes les menaces que nous devons affronter, il faut utiliser aussi nos armes de construction massive : l’éducation, la formation, le soutien à l’entrepreneuriat, l’investissement dans les initiatives économiques des jeunes et des femmes, créer de la richesse, créer des chaînes de valeurs, créer de la croissance partagée.

C’est comme cela que l’on peut désamorcer les situations, souvent de destructions, qui cherchent à destabiliser des pays et des régions entières dans le monde. Ce sera un sommet où tout cela sera débattu et on trouvera ces thèmes à l’ordre du jour : sécurité, stabilité, croissance, développement, plus de coopérations, plus d’investissements aussi dans les capacités, l’inventivité, l’esprit d’entrepreneuriat des jeunes et des femmes et les responsabilités. Avec les droits viennent aussi des responsabilités et des devoirs.

 

Propos recueillis par Thu Hà-Phuong Mai/CVN

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