20/11/2016 16:48
Du ski de randonnée, synonyme de liberté et d'évasion, en station ? C'est a priori paradoxal mais les rares stations alpines qui ont déjà fait ce pari se félicitent d'avoir humé l'air du temps.
>>La «free rando», pour skieurs en quête d’espaces vierges

Un skieur de randonnée près d'Oberhof, dans l'Est de l'Allemagne, le 30 décembre 2010.
Photo : AFP/VNA/CVN

Au moment où démarre la saison hivernale, le ski de randonnée représente "7 à 8% du marché du ski en France et compte entre 150.000 et 200.000 pratiquants, avec une évolution régulière de l'ordre de 5% par an ces 15 dernières années", affirme Pierre-Jean Touchard, directeur général de Salewa-Dynafit France, fabricant de matériel.

"C'est un sport de niche mais c'est une jolie niche car elle s'inscrit dans les tendances sociétales d'entretien du corps et de respect de l'environnement", souligne l'équipementier, lors du Festival international des métiers de montagne (FIMM) de Chambéry.

Cette pratique du ski, qui consiste à monter une pente grâce à des peaux antidérapantes pour skier sur une neige non damée dans des espaces sauvages, "est en expansion, on remarque une explosion des compétitions", renchérit Patrick Giraudon, PDG de Arva-NicImpex (détecteurs de victime d'avalanche et matériel).

"Avant, les pratiquants étaient des montagnards, maintenant ce sont des skieurs sans culture de la montagne et de ses dangers. C'est une nouvelle clientèle à éduquer", insiste Giraudon.

Surtout qu'avec des hivers capricieux, les premiers flocons comme ceux qui ont blanchi les sommets alpins la semaine passée attirent des skieurs affamés, alors même que le manteau neigeux n'est pas stabilisé.

La station d'Arêches-Beaufort (Savoie), qui organise depuis 32 ans une des plus grandes courses de ski alpinisme, "la Pierra Menta", a aussi développé des parcours sécurisés et balisés, baptisés "la Trace", accessibles par une remontée mécanique.

Ces forfaits "randonneurs" ne représentent "que 1% du chiffre d'affaires des remontées de la station mais sont en croissance de 60%", explique Frédéric Blanc-Mappaz, directeur de l'office de tourisme.

"Réserve de débutants"

"La pratique est gratuite, mais on essaie d'amener du marchand", ajoute-t-il. Par exemple, une offre "VIP" de la Pierra Menta a été développée, avec accès aux passages clés de la course, initiation au ski de randonnée, essai de matériel, participation au briefing et visite des coulisses à l'arrivée pour un prix d'appel de 215 euros.

À Courchevel, "on a vu la vague du ski de rando arriver, on a misé sur l'événementiel au départ" avec des montées nocturnes depuis cinq ans où sont venus des champions comme Kilian Jornet et Laetitia Roux, raconte Hervé Franchino, responsable événement de la station.

"Puis on a créé en 2012 un parcours permanent à proximité des pistes, allongé en 2014 pour proposer un +Kilomètre vertical+".

"Il y a 10 ans, un seul magasin proposait du matériel, maintenant tous en ont. Les ESF (écoles de ski français) et les bureaux des guides proposent d'encadrer cette discipline", ajoute Franchino, qui prédit "un gros boom" à la vague actuelle.

Pour Jérôme Décisier (Community Touring Club), "il y a 20 ans, la question était +où est le snowpark ?+. Plus personne ne pose la question, tout le monde en a". "Là, c'est le début. Des pionniers ont fait la trace, il y a du business à faire avec une réserve de débutants, il faut que les professionnels de la montagne s'y intéressent", estime le co-fondateur de cette plateforme dédiée au ski de randonnée.

Certains "pros" ont déjà l’œil sur cette niche, comme Serge Riveill, des Domaines skiables de France (opérateurs remontées mécaniques et services des pistes). Il plaide pour le "développement d'itinéraires dédiés, sécurisant pour ceux qui n'ont pas la fibre montagne" et restent souvent en bordure des pistes avec des risques de collision avec ceux qui descendent toutes spatules devant.

Une chose est certaine, cette pratique en station déstabilise : "environ 70% des stations ont pris des arrêtés d'interdiction du ski de randonnée", souligne Riveill. Mais ils "n'ont aucune portée", relève le commandant Patrick Poirot, du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) d'Isère.

"Chacun cherche du développement économique avec des nouvelles pratiques, alors il faut se mettre autour d'une table et travailler intelligemment", résume Patrick Giraudon.

AFP/VNA/CVN

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