17/06/2017 11:05
Dans la neige, une danseuse en costume traditionnel reste figée en pleine arabesque. Derrière cette statue, se dresse le nouveau Théâtre de ballet d'Astana, deuxième lieu consacré à la danse ouvert dans la capitale kazakhe ces dernières années.
>>Montpellier Danse : l'édition 2017 reste tournée vers la création
>>L'Opéra de Paris espère attirer 100.000 jeunes la prochaine saison

Un spectacle au Théâtre de ballet d’Astana, au Kazakhstan.
Photo : AFP/VNA/CVN

Pour placer son pays sur l'échiquier culturel mondial, l'État kazakh injecte depuis plusieurs années des centaines de millions de dollars dans la danse et l'opéra.

En 2016, une académie chorégraphique professionnelle proposant un cycle éducatif complet à plusieurs niveaux, présentée comme la première d'un standard si élevé en Asie centrale, avait déjà ouvert ses portes à Astana.

Trois ans plus tôt, en 2013, était inauguré l'Opéra d'Astana, pour un coût de 320 millions de dollars et doté de son propre corps de ballet. Le bâtiment, qui peut accueillir 1.250 spectateurs, s'est imposé comme l'une des signatures architecturales d'Astana, devenue capitale en 1997 et surgie des steppes en quelques années.

«Un pays qui construit des usines pense aux années à venir. Celui qui construit des théâtres pense aux siècles à venir», avait déclaré le président Noursoultan Nazarbaïev à l'occasion de l'inauguration de l'opéra.

Une exception en Asie centrale

Le ballet a reçu le soutien financier de l'État mais aussi de sponsors privés et de partenaires internationaux, notamment chinois. En investissant dans la danse et l'opéra, le Kazakhstan, dont l'économie est, malgré la crise, l'une des mieux portantes d'Asie centrale, fait toutefois figure d'exception dans la région.

Le premier président du Turkménistan, Saparmurat Niyazov, a, lui, interdit ces arts, estimant qu'ils n'étaient pas en accord avec «la mentalité nationale» du pays, qui compte parmi les plus isolés au monde.

Au Tadjikistan et au Kirghizstan, voisins du Kazakhstan, le ballet a droit de cité, mais le faible salaire des danseurs - à peine 130 euros par mois - les pousse à quitter le pays.

Le ballet reçoit le soutien financier de l’État kazakh. Photo : AFP/VNA/CVN

Après 1991, les subventions publiques à la culture et à l'art s'étaient effondrées dans la région, en proie à une crise économique de longue durée.

Professeur dans une école de ballet du Kirghizstan, Aïgoul Mouratalieva regrette auprès de l'AFP que les danseurs «acquièrent une certaine expérience ici puis partent à l'étranger». «Notre répertoire s'est fortement réduit. Nous n'avons plus de solistes pour interpréter les rôles principaux».

Mais au Kazakhstan, «le soutien du gouvernement est là», se félicite Ricardo Amarante, chorégraphe brésilien qui a mis en scène le premier spectacle du Théâtre de ballet.

Selon lui, les danseurs kazakhs ont la particularité d'avoir «un niveau artistique très élevé : ils peuvent faire des danses nationales kazakhes, de la danse classique ou contemporaine».

C'est la danseuse russe Galina Oulanova, considérée comme l'une des meilleures de son temps, qui a permis à la danse classique de s'enraciner dans la culture kazakhe. Elle a enseigné et dansé durant la Seconde Guerre mondiale à Almaty, l'ancienne capitale du Kazakhstan, où elle avait été évacuée.

Danse nationale avant tout

Depuis, le ballet est «aussi populaire chez les russophones que les kazakhophones» dans ce pays où 20% de la population est d'origine russe, explique Svetlana Djalmagambetova, ancienne sénatrice et membre de la Commission sociale et culturelle du parlement kazakh. «L'Union soviétique a fait deux choses bien : l'exploration spatiale et le ballet», résume Janat Jounousbekova, une passionnée de ballet.

Janat considère la construction du Théâtre de ballet, avec son auditorium de 800 places, telle une bénédiction: elle peut enfin voir des spectacles de danse de grande qualité dans son propre pays, explique-t-elle, alors qu'auparavant elle devait se rendre en Russie.

Après 1991, de nombreux danseurs kazakhs avaient quitté leur pays, mais ils sont désormais de plus en plus nombreux à rester au Kazakhstan. Ainsi, la prima ballerina Aïguerim Beketaïeva, qui a dansé pour le célèbre chorégraphe Boris Eifman à Londres en 2014, a opté pour une carrière à Astana. Le gouvernement lui a offert un appartement pour la convaincre de rester.

Pour se faire une place sur la scène internationale du ballet, le Kazakhstan doit avant tout miser sur ses atouts nationaux, assure Goulnara Joumaseïtova, spécialiste de danse classique à l'Institut de la littérature et des arts d'Almaty.

Il faut développer «la danse nationale, qui représente notre culture et nos traditions» et trouver une niche pour s'affirmer à l'échelle mondiale, explique-t-elle. Car les amateurs de ballet «pourront toujours voir une meilleure version du +Lac des cygnes+ à Londres ou Paris».

AFP/VNA/CVN
Réagir à cet article
Commentaire:*
E-mail:*
Nom:*
Espace francophone
Le premier musée privé sur la photographie au Vietnam

Hai Phong, la ville des flamboyants Hai Phong est une ville portuaire du Nord et la troisième agglomération du pays après Hô Chi Minh-Ville et Hanoï. Depuis longtemps, elle est surnommée la «Ville des flamboyants».