07/10/2016 11:25
La vie de millions de paysans dans le delta du Mékong est corrélée à la saison de la «montée des eaux». Mais il se peut qu’elle soit un mirage cette année encore, plongeant la région un peu plus dans la crise. Des solutions existent pourtant, à condition d’agir vite.
>>Mékong : un delta sans crues

Cette année, les captures de poissons sauvages dans la province de Hâu Giang sont moindres que ce qu’elles étaient il y a quelques années.
Photo : Duy Khuong/VNA/CVN

«Veni, vidi, vici». Cette maxime de Jules César sied à merveille à El nino (ce phénomène cyclique du Pacifique qui affecte fortement le climat de vastes zones environnantes, ndlr). Ce dernier, conjugué au dérèglement climatique et aux barrages en amont, a entraîné en 2015 la plus forte sécheresse depuis 60 ans dans le delta du Mékong. Plus de 200.000 ha de riz, 9.000 ha de vergers et 2.000 ha d’étendues aquacoles ont été détruits ou endommagés. Si l’épisode El nino est terminé, les habitants du delta attendent, tel le Messie, les crues annuelles, autrefois réglées comme du papier à musique. Mais il se pourrait qu’une nouvelle fois l’attente soit longue, voire vaine, menaçant le mode de vie de milliers de personnes dépendant de la production agricole et de la pêche.

Une menace réelle pour les locaux

En temps normal, les crues commencent en septembre et se terminent en novembre ou décembre. Elles permettent d’apporter des alluvions ainsi que des poissons dans les rizières, de débarrasser les sols des produits chimiques et autres polluants, mais également de détruire les parasites. Sans les crues, les agriculteurs devront dépenser davantage en engrais et pesticides, avec les conséquences que l’on connaît sur l’environnement.

Nguyên Van Tùng, un paysan du district d’An Phú (province d’An Giang) qui vit de la pêche lors de la saison des crues sur la rivière Binh Di fait savoir que cette activité ne fait plus recette. Cette année, les captures de poissons sauvages ont été trois fois moindres que ce qu’elles étaient il y a quelques années encore, la faute aux faibles niveaux d’eau.

Lê Anh Tuân, directeur adjoint de l’Institut de recherche sur les changements climatiques de l’Université de Cân Tho, informe que le lit du fleuve s’est rapidement creusé par rapport aux années précédentes. Selon lui, la faute est imputable à la surexploitation de sable dans le delta et, surtout, à la construction de barrages en amont du fleuve, qui retiennent les limons.

À cela viennent se greffer les impacts des changements climatiques, ce qui, combiné a pour conséquence d’aggraver les remontées d’eau salée (et donc la salinité des sols), et ce de plus en plus profondément dans les terres. Sur le plan économique, cela se traduit par des coûts de production plus élevés.

Autre menace si l’absence de crues se prolonge : le risque d’érosion des sols, estime le Docteur Duong Van Ni, de l’Université de Cân Tho. «Si la situation ne revient pas rapidement à la normale, avertit-il, les pêcheurs n’auront d’autre alternative que de se reconvertir», puisque les ressources en eau s’amenuisent.

Un modèle économique à réinventer

La crevetticulture en alternance avec le riz dans la province de Bac Liêu.
Photo : Huynh Su/VNA/CVN

Un constat partagé par les experts, qui estiment que la solution réside dans la restructuration agricole et la reconversion professionnelle pour certains corps de métiers.

«Les agriculteurs d’An Giang ainsi que des autres provinces du delta du Mékong ne peuvent compter que sur les ressources naturelles disponibles. Pour les exploiter durablement, ils devront se focaliser sur les produits stratégiques de la province comme le riz, le poisson, les plantes médicinales et d’autres cultures faisant l’objet d’une forte demande», estime Trân Anh Thu, directeur du Service de l’agriculture et du développement rural de la province d’An Giang.

De son côté, Nguyên Thi Kiêu, directrice adjointe du Service de l’agriculture et du développement rural de la ville de Cân Tho, fait savoir que le secteur agricole de la ville encourage les paysans vivant de l’exploitation des ressources naturelles à pratiquer l’aquaculture pour assurer un complément de revenu. Et de préciser : «Depuis quelques temps, notre service, en coopération avec celui des invalides et des affaires sociales, organise régulièrement des cours de formation professionnelle pour les pêcheurs afin qu’ils puissent changer d’emploi plus facilement».

Concernant maintenant les caprices du temps, Ky Quang Vinh, président du Bureau de surveillance sur les changements climatiques de la ville de Cân Tho, estime que la construction des lacs-réservoirs, canaux d’évacuation du trop plein d’eau est importante afin de renforcer la capacité de résilience aux changements climatiques. «Il faudrait aussi construire des usines de désalinisation de l’eau de mer pour assurer dans l’avenir un approvisionnement suffisant en eau douce», insiste M.Vinh.

Une idée partagée par d’autres scientifiques, qui ont souligné qu’il était vital pour le delta de mettre en place un plan d’adaptation aux changements climatiques. La région devrait ainsi construire des lacs-réservoirs le long des grands cours d’eau et des canaux. Ces «zones de contrôle des inondations» pourraient également servir de cibles pour le développement du tourisme et de l’aquaculture. Pour rappel, le delta du Mékong représente 50% de la production rizicole du pays, 65% de sa production aquacole et 70% de sa production fruitière. De plus, 95% du riz et 65% du poisson exportés proviennent de cette région. Il est donc un acteur essentiel de l’économie vietnamienne.

Huong Linh/CVN

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