29/10/2016 09:33
Pallier la disparition des terres arables, fournir des produits frais en ville ou en climat hostile : les fermes verticales et leurs cultures étagées, dans un conteneur ou dans un bâtiment désaffecté, veulent incarner l’avenir de l’agriculture.
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Des salades poussent dans une ferme verticale d’Urban Crops à Waregem, en Belgique.  Photo : AFP/VNA/CVN

«On essaie seulement d’imiter la nature, ce n’est pas aussi futuriste que vous le pensez», sourit Maarten Vandecruys, le jeune fondateur d’Urban Crops, une société belge lancée en 2014 spécialisée dans les systèmes de culture en intérieur à l’aide de LED (ou DEL, diodes électro-luminescentes).

Derrière lui, dans un halo violet fantasmagorique, se dressent des étagères dédiées à l’horticulture, en milieu clos, sous la seule lumière de centaines de diodes. Car l’ampoule LED n’est pas seulement en train de remplacer inexorablement les vieux bulbes à incandescence de nos salons, elle s’implante également dans d’autres secteurs, comme l’agronomie.

À Waregem, près de Courtrai (Est de la Belgique), Maarten Vandecruys s’enorgueillit de son système entièrement automatisé.

Dans le laboratoire de démonstration d’Urban Crops, un tapis roulant permet de faire circuler des cageots où sont placées des plantes germinées dans un substrat neutre (pas de terre, trop exposée aux maladies liées aux animaux et autres apports extérieurs).

Par un conduit, les cageots sont introduits dans une pièce close, barrée de huit étagères.

Une pousse optimale pour consommer moins

Sous les LED, les plantes vont se développer dans un climat entièrement contrôlé, alimentées par un système hydroponique, de l’eau mélangée à la recette idéale de sels minéraux et de nutriments essentiels à leur croissance. Aucun pesticide n’est nécessaire.

La lumière violette vient de l’alliance de LED rouges et bleues, les deux longueurs d’ondes qui permettent à la plante de croître de façon optimale, explique M. Vendecruys, en soulignant le principal avantage de la LED : elle ne produit pas de chaleur, ce qui permet de placer les diodes à quelques centimètres du sommet de la plante et ainsi d’empiler des étages de cultures.

Des salades poussent sous la lumière de diodes à Waregem, en Belgique. Photo : AFP/VNA/CVN
L’agriculture verticale a un avenir à l’échelle industrielle, soutient M. Vendecruys. C’est «juste une évolution» des champs aux serres et des serres aux fermes verticales, dit-il, et non une révolution.

Avec le système développé par Urban Crops, 50 m² de surface peuvent être rapidement transformés en 500m² exploitables, et la plante pousse deux à trois fois plus vite qu’à l’extérieur, affirme le fondateur de la société. On peut, sur 30m² dans le laboratoire, faire pousser à maturité jusqu’à 220 salades par jour, en utilisant 5% de la consommation d’eau de l’agriculture traditionnelle.

Des camps
de réfugiés
aux cuisines étoilées


Samuel Colasse, enseignant et chercheur au Carah, un centre de recherche pour l’agronomie et l’agro-industrie situé dans le Hainaut (Est de la Belgique), relativise : le concept d’agronomie urbaine n’est «pour l’instant pas hyper convaincant» dans des pays comme la France ou la Belgique «car la distance entre les champs et la ville n’est pas énorme», estime-t-il. «Mais si vous êtes à New York, il y a des projets qui fonctionnent assez bien», observe le chercheur.
Les lampes au sodium traditionnellement utilisées en serre ont selon lui encore de beaux jours devant elles malgré un rendement moitié moindre, grâce à leur prix deux à trois fois moins élevé que les LED.

Mais que ce soit dans des milieux hostiles au niveau climatique, lorsqu’une armée part en guerre ou dans des camps de réfugiés, des voies annexes de développement «quelquefois un peu futuriste», sont envisageables, selon M. Collasse.

Lui a déjà fait pousser «pas mal de choses» dans son laboratoire, du bananier au peuplier, en passant par les rhododendrons.

Urban Crops fourmille d’idées pour la vente d’infrastructures : à des laboratoires pharmaceutiques pour les plantes médicinales, à des supermarchés qui voudraient une production fraîche sans frais de transports ou dans des zones isolées comme en Scandinavie.

Pour l’instant, les clients sont plutôt intéressés par des structures de taille modeste, où l’homme intervient encore. Par exemple, un restaurant étoilé qui cherche à maîtriser le goût de ses ingrédients, pourrait tester en laboratoire une roquette dont la saveur «explose» on bouche.

Car en ajustant les différentes variables (couleur et intensité de la lumière, nutriments, température), il est possible de jouer sur la taille ou l’intensité des saveurs.

Et face à un public attiré par les circuits courts et les productions locales, il existe aussi des systèmes individuels d’étagères à LED vendues pour faire pousser dans sa cuisine tomates, cerises ou herbes aromatiques. Une aventure dans laquelle s’est lancé notamment Ikea, le géant suédois de l’ameublement.

AFP/VNA/CVN

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