09/06/2017 18:15
La Banque centrale européenne (BCE) a envoyé jeudi 8 juin quelques signaux suggérant une sortie de sa politique d'argent très bon marché, mais ne devrait pas agir en ce sens avant longtemps, malgré l'embellie économique.
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Le président de la BCE Mario Draghi lors de la conférence de presse du Conseil des gouverneurs, le 8 juin à Tallinn, en Estonie.
Photo : AFP/VNA/CVN

Lors de sa réunion de politique monétaire, qui s'est cette fois déroulée à Tallinn en Estonie, le Conseil des gouverneurs de l'institution a décidé de maintenir les taux directeurs en zone euro à leur plus bas historique — avec le principal taux à zéro et celui sur les dépôts à -0,40% — et de poursuivre le programme d'achats de dette publique et privée au rythme de 60 milliards par mois jusqu'à fin 2017 au moins.

Si la BCE a réitéré comme attendu son engagement à maintenir les taux à ce niveau aussi longtemps que nécessaire, elle a en revanche franchi un petit pas en n'envisageant plus de les "baisser davantage", un passage encore présent dans ses précédents communiqués.

Cette légère inflexion était attendue par la majeure partie des observateurs, qui pensent que la prochaine étape consistera à annoncer la fin graduelle des achats de dette sur le marché à compter de 2018. Interrogé sur une éventuelle décision sur ce point dès le mois de septembre, Mario Draghi a répondu que le conseil des gouverneurs n'en avait pas discuté.

Les rachats massifs de dette - baptisés "QE" - ont été mis en place en 2015, pendant que les taux étaient progressivement conduits à leur niveau le plus bas, afin de lutter contre le risque de déflation.

Emplois de faible qualité

L'inflation est revenue depuis en territoire positif mais demeure encore insuffisante, ce que le président de la BCE attribue à des "effets structurels". Il a estimé que nombre d'emplois récemment créés étaient "de faible qualité", avec des salaires modestes, empêchant la reprise du marché du travail de stimuler la hausse des prix.

"Nous devons rester confiants dans le fait que l'inflation va converger vers notre objectif de manière durable", a-t-il cependant insisté, appelant à la "patience" avant de voir s'améliorer emplois et salaires.

C'est pourquoi, selon lui, la BCE doit se montrer "persévérante" en conservant les outils destinés à ramener l'inflation au niveau synonyme de bonne santé économique pour la BCE, soit proche de 2%.

La BCE conserve ainsi l'intention de relever les taux d'intérêt "bien après" la fin de son programme de rachats de dette. De même, la possibilité de modifier le rythme ou la durée de ces rachats existe toujours, si la situation était amenée à se détériorer.

Un porte-parole du Fonds monetaire international a salué la décision de la BCE de renoncer pour le moment à de nouvelles baisses de ses principaux taux directeurs, preuve selon lui, à la fois d'une "diminution du risque de déflation et d'un engagement de la BCE pour une politique monétaire fortement accomodante".

Selon Carsten Brzeski, économiste chez ING Bank, cette réunion a été "un premier pas en vue d'un possible retrait progressif des achats de dettes".

Risques "équilibrés"

Très prudente sur l'évolution de sa politique, la BCE s'est pourtant montrée plus positive qu'avant sur la conjoncture, M. Draghi estimant que les "risques sur les perspectives de croissance sont désormais globalement équilibrés".

Cette formule très codifiée marque un infléchissement par rapport aux "risques de dégradation" évoqués ces derniers mois, sur fond de reprise en zone euro et de diminution du risque politique après l'élection présidentielle française.

En même temps, la BCE a ajusté jeudi 8 juin ses prévisions macroéconomiques en étant plus optimiste sur la croissance, mais moins sur l'inflation.

Pour 2017, une augmentation de 1,9% du produit intérieur brut de la zone euro est désormais attendue, contre 1,8% jusqu'à maintenant. Les prévisions de croissance ont également été relevées, à chaque fois de 0,1 point, à 1,8% en 2018 et à 1,7% pour 2019.

En parallèle, la BCE a revu à la baisse ses prévisions concernant l'inflation dans la région, freinée entre autres par le bas prix du pétrole et la modestie des salaires.

Désormais, le taux d'inflation est attendu à 1,5% en 2017 (contre 1,7% jusqu'alors), 1,3% en 2018 et 1,6% en 2019.

AFP/VNA/CVN
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