20/11/2016 15:50
Les mariages précoces maintiennent les jeunes filles dans des conditions de pauvreté et d’impuissance, de génération en génération. Il s’agit d’une situation injuste et d’un potentiel gâché pour le développement des communautés et du pays.
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Afin de limiter les mariages précoces, les activités d’information et de sensibilisation sont indispensables.
Photo : Duong Ngoc/VNA/CVN

Les jeunes filles qui se marient avant l’âge de 18 ans sont plus susceptibles d’abandonner l’école ou de subir des violences conjugales que celles qui se marient plus tard. Sans préparation, ni physique, ni émotionnelle à donner naissance, les filles épouses courent un risque de décès plus élevé lors de l’accouchement et sont vulnérables aux blessures liées à la grossesse, telle que la fistule obstétricale. Elles sont également susceptibles d’avoir des bébés prématurés. Le taux de mortalité de leurs nouveau-nés est aussi élevé.

Cet avertissement a été donné lors d’un récent colloque national sur les mariages précoces au sein des ethnies minoritaires, tenu récemment à Hanoï.

Des traditions très ancrées

Ly Thi Dau, 17 ans, et Vàng A Minh, 16 ans, domiciliés dans la commune de Ban Giang, district de Tam Duong, province de Lai Châu (Nord), se sont mariés il y a trois ans et ont un enfant de deux ans.

Thi Dau travaille toute la journée aux champs et assume toutes les tâches ménagères. Son mari enfantin, A Minh, préfère passer son temps avec ses copains. Les difficultés quotidiennes sont sources de conflits permanents au sein du couple. «Si j’avais su les difficultés qui m’attendaient, j’aurais refusé le mariage pour continuer mes études», partage Dau.

Ce ne sont malheureusement pas des cas isolés au sein des communautés d’ethnies minoritaires. Dans le hameau de Huoi Uc 2, district de Ky Son, province de Nghê An (Centre), vivent 36 familles H’Mông. La plupart des enfants se marient et deviennent parents à l’âge de 13 ou 14 ans. Beaucoup de parents ne veulent pas vraiment laisser leurs enfants se marier tôt, mais le poids des traditions est trop fort.

Va Xin Mùa, domicilié dans le hameau de Huoi Uc 2, a confié que sa fille, 12 ans, s’est mariée l’année dernière. «Je l’ai envoyée dans une école-internat du bourg de Muong Xen où elle a rencontré son mari, raconte-t-il. Un jour, elle est revenue à la maison en disant qu’elle voulait se marier. Puis elle a quitté l’école».

En tant que chef du hameau, M. Xin Mùa sait pertinemment que marier sa fille si jeune enfreint la loi. Mais les traditions H’Mông sont telles qu’il ne peut faire autrement sous peine de s’attirer l’ire d’une partie des villageois. Il se résigne à cette tradition, même s’il sait qu’elle condamne sa fille à une vie de labeur, sans épanouissement personnel possible.

Selon une étude menée auprès des 53 ethnies minoritaires en 2015, le taux de mariages précoces dans les régions montagneuses du Nord et sur les hauts plateaux du Centre est plus élevé que dans d’autres provinces. Les provinces de Lai Châu, Hà Giang, Diên Biên, Son La, Lào Cai, Yên Bai, Cao Bang, Bac Kan, Kon Tum et Gia Lai sont les plus touchées.

Dans certaines communes, le taux de mariage des enfants dépasse même 50%. Les H’Mông ont le plus fort taux de mariages précoce (33%), suivis par les Thaï (23%).

Des conséquences préjudiciables

Le mariage précoce perdure essentiellement dans les régions où vivent les minorités ethniques.
Photo : CTV/CVN

Selon le vice-ministre de la Santé, Nguyên Viêt Tiên, «de nombreux enfants sont obligés de devenir parents alors que physiquement et  psychologiquement ils ne sont pas prêts. Le mariage des enfants porte atteinte aux indicateurs démographiques de la population.  Ainsi, la taille et l’espérance de vie de nos concitoyens d’ethnies minoritaires  sont-elles plus faibles. Dans les régions où le mariage des enfants est très répandu. L’espérance de vie moyenne est d’environ 45 ans».

En outre, toujours selon lui, la mortalité maternelle chez les 15-19 ans est plus élevée que celui chez les mères adultes.Par ailleurs, le mariage précoce rime presque toujours avec analphabétisme et pauvreté. «Le mariage des enfants est l’une des causes principales de la pauvreté et de l’arriération», souligne Dô Van Chiên, ministre et chef du Comité des affaires ethniques du gouvernement. Et d’ajouter que «ces dernières années, le gouvernement a mis en place de nombreuses politiques afin de combattre ce fléau, mais avec des effets modestes tant les traditions sont ancrées dans les mentalités».

Selon lui, la participation des ministères, des localités et des leaders communautaires est indispensable. Il est important aussi d’impliquer les organisations internationales.

L’objectif principal est d’améliorer le statut des filles dans la société. Concrètement, il faut s’employer à garantir à toutes les filles une formation scolaire et à leur permettre de poursuivre leur scolarité même si elles sont déjà mariées. Il faut aussi convaincre les parents de l’importance d’une instruction scolaire pour que leurs filles puissent décider elles-mêmes de leur vie et la gérer.

Enfin, il faut faire tomber les normes sociales qui conditionnent les mariages précoces grâce à un travail d’information et de sensibilisation.
 
Huong Linh/CVN
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