01/01/2017 14:10
Si Hanoï était un tableau, ce serait sans doute une de ces œuvres en clair-obscur, où ombre et lumière dansent sous nos yeux.
>>Un îlot de tranquillité
>>Délice et des pas

Qui se promène dans la ville peut, tour à tour, passer de la clarté la plus aveuglante à l’obscurité la plus mystérieuse. Il suffit simplement de vouloir sortir des sentiers battus et d’oser l’aventure urbaine. Suivez-moi !
 
En plein soleil
 
Commençons par pénétrer dans le ventre de la ville, le marché Dông Xuân. L’expression ne fait pas seulement allusion aux allées emplies de victuailles qui, chaque jour, quittent le marché de bonne heure pour trouver leur place sur les étals des magasins.
 
Entrer dans la grande halle, c’est avoir le sentiment d’être avalé par un ogre gigantesque. Nous sommes happés en des boyaux étroits et menacés d’être engloutis par des monceaux de marchandises. La foule qui s’y presse nous empêche de voir le bout du tunnel, et quand soudain un dos s’écarte de notre chemin, nous sommes soulagés de voir, là-bas, au bout d’une travée, une lueur de jour, véritable étoile qui nous guide jusqu’à la sortie. Et sortir nous semble une renaissance !

Un pont en pleine lumière.

Avide de respirer un air qui nous paraît pur, malgré la pollution ambiante, nous rejoignons un vénérable ancêtre qui s’est installé non loin de là : le pont Long Biên. Encore vaillant sur ses piles vacillantes, il nous appelle pour une promenade entre ciel et terre. Tandis que les motos nous frôlent, nous longeons son parapet. Les vénérables dalles de béton tremblent un peu sous nos pas, mais pas de quoi inquiéter le curieux qui laisse son regard flotter sur le fleuve dont le scintillement nous oblige à fermer à demi les paupières pour distinguer, au loin, le nouveau pont Nhât Tân, dont les haubans partent à la conquête du ciel.
 
Si nous laissons notre vue sauter le parapet, ce sont les bananeraies qui s’offrent à nous. Véritable éclair de verdure au milieu de la capitale qui semble nous inciter à de longues promenades sous les larges feuilles qui frémissent au vent. Se laisser séduire, descendre les escaliers qui se présentent à nous, c’est plonger dans une pénombre humide, où l’odeur envoûtante de l’humus semble nous absorber.
 
Vite, réagir, remonter à la lumière, regagner la gare Long Biên, comme le train qui nous salue par un tonitruant coup de sirène, en cavalant sur le pont. Les passagers nous font des signes, heureux sans  doute d’arriver à destination.
 
Encore quelques mètres sous un soleil éblouissant, et nous surplombons le marché Long Biên. Ici, c’est le royaume des fruits et légumes, comme nous le rappellent les effluves sucrées qui s’effilochent sous notre nez. Voici la fin du pont !
 
Nous revenons sur terre pour nous perdre dans les petites ruelles du Vieux quartier. Mais après la lumière, nous choisissons l’obscurité. Comment résister à l’envie d’entrer dans une de ces nombreuses maisons-tunnels qui nous ouvrent leurs portes sur un monde mystérieux. Chaque tunnel est comme une rue, qui aligne de parts et d’autres des habitations, et des boutiques.
 
Dans la pénombre

Les maisons-tunnels se cachent bien !

Tenez, voyez, celle-là est ouverte, et dans la pièce carrée qu’elle dévoile, c’est un tailleur, qui accroupit, coupe et taille des morceaux de tissus, sans doute destinés à quelque commerçant du dehors, dans la rue Hàng Gai ou Hàng Bông.
 
Plus loin, c’est une autre demeure, chichement éclairée, où une mère berce son enfant, en préparant le repas. Allez, venez, passons comme des ombres pour respecter l’intimité de ces gens. Ah, ça y est, nous sommes dans l’arrière-cour, lueur qui nous a guidée dans la traversée du tunnel. Un arbre aux feuilles épaisses se dresse fièrement dans la courette. À son pied, une marmite gargouille doucement sur un réchaud de braises. Des fils sont tendus, sorte de pergola d’où goutte l’humidité du linge suspendu. Contre un mur, un vieux vélo voisine avec une moto flambant neuve. Dans un coin, une cage avec deux poules qui nous regardent d’un œil rond de gallinacé étonné !
 
Une vieille dame édentée est accroupie devant une porte. Son sourire aux gencives rougies par le bétel nous accueille avec simplicité. «Xin lôi bà, chúng tôi làm phiên bà !» (Excusez-nous grand-mère, nous vous dérangeons !). «Không sao đâu !» (Pas grave du tout !). C’est ça de très ennuyeux avec les Vietnamiens, c’est toujours «pas grave du tout», même quand ça l’est.
 
Comment se sentir coupable dans ces conditions ? Vous voulez retourner sur vos pas ? Mais non, venez ! Regardez là, à gauche, il y a une petite ouverture : le tunnel continue. Spéléologues d’un nouveau genre, nous quittons la salle à ciel ouvert pour nous engouffrer dans une autre caverne. Oui, je sais, il fait vraiment très sombre. Heureusement, j’ai la lampe de poche. Attention, suivez-moi bien, car vous risqueriez de vous cogner le nez dans le mur ! Ce couloir-ci n’est pas rectiligne. Les coudes se succèdent, il faut même parfois baisser la tête, car le plafond est moins haut. Mais non, on ne va pas être obligé de plonger dans un siphon !
 
D’ailleurs, tenez, voilà une autre cour. Sortis des entrailles de pierre, vous êtes ébloui par le soleil. Ici, une cascade de bougainvilliers mauve dégringole le long des façades. Des escaliers de bois montent à l’assaut de balcons qui laissent deviner des logis obscurs. Une dizaine d’enfants courent se réfugier dans les pantalons de leurs mères, apeurés par ces étrangers qui sont venus perturber leurs jeux. Encore une fois, des regards étonnés, des sourires, des salutations, et nous voilà devant un porche qui s’ouvre sur la rue.
 
Non, pas celle par laquelle nous somme entrés, mais une rue parallèle, à 150 m de l’autre. Nous sommes de retour dans Hanoï en plein soleil, celui de toutes les cartes postales. Mais nous avons le sentiment d’avoir traversé plus qu’un tunnel. Après la pleine lumière, nous sommes allés dans le cœur du cœur de Hanoï.
 
Hanoï en noir et blanc, Hanoï en couleur… Hanoï reste une œuvre d’art !
 
Texte et photos : Gérard BONNAFONT/CVN
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