16/03/2017 08:36
À contre-courant d'autres grands acteurs du secteur, le groupe tchèque EPH rachète des centrales à charbon à travers l'Europe, au grand dam des écologistes, à l'heure où l'Union européenne cherche à réduire ses émissions de CO2.
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Pelleteuse de la mine de charbon de Most, en République Tchèque, le 5 août 2015. Photo : AFP/VNA/CVN

"Du point de vue pratique et moral, nous considérons comme incorrect le rejet des sources (d'énergie, NDLR) nécessaires pour répondre aux besoins fondamentaux des habitants d’États européens", déclare Daniel Castvaj, porte-parole du holding créé en 2009.

EPH (Energeticky a Prumyslovy Holding) est aujourd'hui 15 mars contrôlé à 94% par le milliardaire Daniel Kretinsky, 6e fortune du pays selon Forbes.

Le groupe "ne s'est jamais porté candidat à la reprise d'une centrale à charbon ailleurs que sur un marché où son exploitation était indispensable pour couvrir les besoins de la population et de l'industrie", fait valoir M. Castvaj.

Contrôlant une cinquantaine de sociétés avec 25.000 salariés dans six pays (Allemagne, Grande-Bretagne, Hongrie, Italie, République tchèque et Slovaquie), le holding a réalisé en 2015 un chiffre d'affaires consolidé de 4,57 milliards d'euros et un excédent brut d'exploitation (Ebitda) de 1,64 milliard.

La production annuelle de plus de 100 millions de MWh, soit la consommation de plus de 30 millions de ménages, fait d'EPH le 7e électricien européen.

Quelque 30,5% de sa capacité de 22 GW reviennent au lignite et 21,7% au charbon, combustibles condamnés à terme par la lutte contre le réchauffement climatique.

"Stratégie alternative" 

La politique d'EPH constitue une "stratégie alternative qui n'est pas tout à fait en phase avec l'Accord de Paris sur le climat", estime Petr Kalas, chef de la commission gouvernementale en charge des énergies renouvelables.

"C'est une occasion d'investissement pour deux ou trois décennies. Le charbon perdra de son importance mais il peut encore être d'une certaine utilité à l'heure actuelle", analyse M. Kalas, ex-ministre tchèque de l'Environnement, tout en reconnaissant qu'il est, "bien sûr, un polluant important".

EPH cherche à profiter de la situation où les géants comme les allemands EON ou RWE, confrontés à une baisse de la consommation d'électricité et à l'essor des énergies renouvelables généreusement subventionnées, se séparent de leurs capacités de production provenant de combustibles fossiles.

L'analyste de la société financière Cyrrus, Marek Hatlapatka, explique ces cessions par une "grande incertitude quant à l'avenir du charbon, du gaz et du nucléaire".

"C'est en fait la seule voie pour y arriver, car il est pratiquement impossible aujourd'hui de mettre sur pied une grande société dans ce secteur à partir de zéro. Mais EPH assume bien sûr aussi des risques", estime M. Hatlapatka.

La dernière acquisition importante du holding de M. Kretinsky (qui contrôle aussi la filiale tchèque du groupe médiatique germano-suisse Ringier Axel Springer Media AG et le club de football Sparta Prague) a été celle des activités du groupe suédois Vattenfall dans le charbon en Allemagne, en 2016.

EPH a ainsi racheté trois centrales au lignite et cinq mines dans la région de Lausitz ainsi qu'une participation de 50% dans la centrale de Lippendorf, le tout pour une capacité cumulée de l'ordre de 8.000 mégawatts.

AFP/VNA/CVN

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