14/01/2017 09:18
Les coraux de Nouvelle-Calédonie, dans l'océan Pacifique, victimes en début d'année d'un épisode inédit et massif de blanchissement, se sont partiellement régénérés. Mais ils restent sous la vigilance des scientifiques qui craignent le retour des canicules de l'été austral.
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Une vue aérienne montre les récifs coralliens, une partie de la zone du patrimoine mondial classé par l’UNESCO, en Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique Sud.  Photo : AFP/VNA/CVN

«On aurait pu s'attendre à pire compte tenu des surfaces qui avaient été blanchies. Les coraux ont mieux repris qu'on ne l'aurait imaginé», indique Fanny Houlbrecque, chercheuse en biologie marine à l'Institut de recherche pour le développement (IRD).

Les récifs calédoniens forment le deuxième ensemble corallien de la planète derrière la grande barrière de corail qui s'étend au large des côtes australiennes. Depuis 2008, ils sont pour partie inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Mais entre mi-février et mai, ils ont été endommagés par un phénomène de blanchissement d'une ampleur jamais observée jusqu'alors.

Le blanchissement est un symptôme de dépérissement du corail provoqué par la hausse de la température de l'eau, qui entraîne l'expulsion des algues symbiotiques, à la base de la couleur et des nutriments des coraux. Il a des effets immédiats sur la croissance, la reproduction et peut entraîner la mort des coraux.

Les scientifiques l'avaient attribué à «une anomalie météorologique», qui avait donné lieu durant l'été à plusieurs semaines consécutives sans vent, avec des températures très élevées et un fort rayonnement des UV, faute de nuages.

L’île aux Canards est située à cinq minutes en bateau-taxi de l’Anse Vata, au Sud de Nouméa dans le Pacifique Sud. Photo : AFP/VNA/CVN

Concerné par un épisode El Niño, l'archipel aurait plutôt dû enregistrer une érosion des températures. Mais «en février, le mercure est monté jusqu’à 32° à deux ou trois mètres du bord sur une longue période. Or, il suffit que l'eau soit plus chaude que d'habitude d'un degré seulement pour que le corail blanchisse», précise Fanny Houlbrecque.

Afin de mesurer l’évolution de l’événement, l’équipe de l’IRD effectue un suivi régulier sur quatre sites au large de Nouméa, équipés de capteurs de températures et de salinité.

«La situation n'est pas homogène. À la baie des Citrons et à l'îlot Canard (proche de la ville), entre 10 et 20% des coraux sont morts mais bien plus avaient blanchi», souligne la scientifique, ajoutant que sur les autres sites, «peu de pertes ont été observées».

Pas d'hiver !

Sandrine Job dirige une association fédérant une quarantaine de plongeurs, qui est partenaire du Réseau d'observation des récifs coralliens (RORC). Elle collecte les données du blanchissement sur les zones hors Nouméa.

Le RORC dispose de 57 stations de suivi disséminées tout autour de l'archipel et positionnées par groupe de trois: une à proximité de la côte, une à distance intermédiaire et une en lisière de barrière interne au lagon.

«Sous l'influence océanique, les coraux des stations de la barrière n’ont pas blanchi, sauf à Poindimié (Est) et à Ouégoa (Nord), où tous les récifs jusqu'au littoral ont été sévèrement atteints», note Sandrine Job, ingénieure en biologie marine.

Sans vouloir «minimiser» cet épisode, elle relève cependant qu'il est demeuré assez «limité, avec en moyenne 2% à 5% de coraux blanchis» par site.

La scientifique se montre en revanche inquiète de l’arrivée des mois chauds, après une saison fraîche sensiblement plus douce que d’ordinaire.

«On n'a pas eu d'hiver! S'il devait y avoir un nouvel épisode de blanchissement, ça pourrait être critique car les coraux s'affaiblissent», estime Sandrine Job.

Météo-France NC souligne que «depuis le début de l'année 2016, le mercure reste à un niveau plus élevé qu'à l'accoutumée». «En termes de température maximale, c'est la période la plus chaude de ces 47 dernières années», peut-on également lire.

AFP/VNA/CVN

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