19/03/2017 07:10
En Europe, les parents sont de plus en plus réticents à laisser leurs enfants s’aventurer seuls sur le chemin de l’école. À contre-courant, Pontevedra fait partie des quelques villes d’Espagne qui prônent résolument l’autonomie de l’enfant.
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Une fillette marche toute seule sur le chemin du retour à la maison après une journée à l’école, dans le centre de Pontevedra, au Nord-Ouest de l’Espagne. 
Photo : AFP/VNA/CVN

Caracolant sur un passage piéton avec leurs cartables à roulettes, Pablo et Jorge Pazos saluent familièrement tous les copains qu’ils croisent à la sortie de leur école publique du centre de Pontevedra (83.000 habitants), dans le Nord-Ouest de la péninsule ibérique.

Rencontrés au hasard des rues, ces deux frères de 8 et 10 ans semblent être des publicités vivantes pour le programme «chemin des écoliers» lancé en 2010 et aujourd’hui appliqué dans sept écoles de la ville de Galice.

En 2015, 25% des élèves de 6 à 12 ans de ces établissements ont marché tous seuls vers l’école, selon les statistiques municipales.

«On parle de nos trucs, nos jeux, rien d’important mais que les adultes ne comprennent pas trop», résume Pablo. «Ce n’est pas nécessaire que des adultes soient toujours avec nous», dit courtoisement ce garçon. «Ils nous gênent un peu, parlent sans arrêt, demandent +ça va l’école ?+...»

Lui préfère baguenauder dans son quartier, acheter le pain avant de rentrer et «quelquefois, faire des âneries»: «comme l’autre jour quand on s’était cachés derrière un arbre pour faire peur à un copain».

Jouer dehors, loin des écrans

Ses propos feraient sourire d’aise le chercheur italien Francesco Tonucci, 76 ans, rencontré en septembre par l’AFP à Pontevedra.

«Dans mon enfance, on jouait dans la rue, on y découvrait le monde. Aujourd’hui il faut reconstruire cette normalité», plaide depuis 40 ans ce psychopédagogue du Conseil national de la recherche à Rome, devenu un grand-père à la barbe blanche.

En Espagne, ses idées ont fait leur chemin jusqu’à inspirer une vingtaine de villes. Et son réseau «la cité de l’enfant» est présent dans certaines écoles d’Italie - notamment dans sa ville natale, Fano -, d’Amérique latine, de Turquie ou du Liban, énumère-t-il. Farouchement contre «les jeux technologiques faits pour bloquer très longtemps les enfants à la maison», M. Tonucci dit aux parents : «laissez-les sortir et inventer leurs jeux.» 

«Ça semble être une forme d’abandon mais c’est une façon d’aimer : je te laisse parce que j’ai confiance en toi».

Le programme «chemin des écoliers» permet aux enfants de gagner en autonomie et en confiance. Photo : AFP/VNA/CVN

Inlassablement, il répète que «la présence d’un adulte prive l’enfant de la surprise, la découverte par ses propres moyens, la prise de risque, composante essentielle du jeu».

Dans le quartier populaire de Rio Lerez, quelques adultes volontaires se postent aux carrefours les plus dangereux. Mais c’est simplement pour faire traverser les écoliers qui cheminent seuls.

«Le piéton roi»

Directrice d’école, Pilar Lores n’y voit que des vertus : «cela renforce la confiance en soi des enfants parce qu’ils doivent se préoccuper les uns des autres, ils arrivent aussi plus réveillés, mieux disposés, et les enfants hyperactifs ou agités plus tranquilles parce qu’ils ont libéré leur adrénaline».

Quant à M. Tonucci, il réserve aux parents timorés cet argument : «chez les enfants qui ne peuvent pas faire de petites bêtises au moment où ils en ont besoin, le désir de transgression augmente et explose à l’adolescence de façon beaucoup plus dangereuse».

En Italie, «la proportion d’enfants de 6 à 11 ans qui vont seuls à l’école ne dépasse pas les 7%», déplore le pédagogue, en reprochant aux médias de générer «une panique générale», notamment par «des émissions télévisées qui analysent les crimes les plus horribles commis sur des enfants».

Mais les abus sexuels surviennent le plus souvent dans l’entourage immédiat de l’enfant et non pas en pleine rue, dit-il, et les accidents ont surtout lieu, paradoxalement, quand un adulte est à côté.

Maire de Pontevedra depuis 17 ans, Miguel Anxo Fernandez a adopté les idées de M. Tonucci, jusqu’à faire traduire un de ses livres en galicien.

Mais si Pontevedra a reçu en 2015 un prix du programme ONU habitat, c’est parce qu’elle a su se débarrasser de son trop-plein de voitures et que «le piéton y est roi», dit l’édile.

«Depuis février 2011, il n’y a aucun mort dans la ville par accident de la circulation», relève le chef de la police locale, Daniel Macenlle.

Le programme «chemin des écoliers» y contribue, selon le policier, en réduisant le risque d’accidents aux abords des écoles, souvent dus à l’affluence massive de parents déposant leurs enfants.

AFP/VNA/CVN

 
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