07/01/2017 16:48
Des militaires mutins qui réclament des augmentations de salaires contrôlaient vendredi soir 6 janvier la deuxième ville de Côte d'Ivoire, Bouaké, capitale de l'ex-rébellion armée, tirant à l'arme lourde et semant la peur parmi une population terrée chez elle, malgré l'appel au calme du gouvernement.
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Des habitants regardent passer un convoi de Casques bleus, le 6 janvier à Bouaké. Photo : AFP/VNA/CVN

Lancé à Bouaké vendredi matin 6 janvier, ce mouvement de protestation de militaires s'était étendu dans la journée aux villes de Daloa et Daoukro (centre), et Korhogo (nord). Selon des témoins interrogés par l'AFP, les militaires s'étaient retirés vendredi soir des rues de ces trois villes et aucun tir n'y était entendu. Ces militaires réclament le paiement de primes, des augmentations de salaires, une promotion plus rapide entre les grades et des logements.

"Les militaires contrôlent toujours Bouaké. La ville est déserte. Seuls les militaires circulent à bord de leurs véhicules et des voitures de l'administration qu'ils ont pris en tirant en l'air", a rapporté vendredi soir 6 janvier un correspondant de l'AFP. Ces militaires tiraient toujours sporadiquement vendredi soir 6 janvier au lance-roquettes et avec des kalachnikov.

Plusieurs dizaines de camions de marchandises et de cars de voyageurs en provenance d'Abidjan étaient bloqués à quelques kilomètres de l'entrée de Bouaké sans pouvoir progresser. "C'est une mutinerie des ex-combattants intégrés dans l'armée qui réclament des primes de 5 millions de francs CFA (7.600 euros), plus une maison chacun", avait expliqué à l'AFP plus tôt vendredi  6 janvier un officier sous couvert d'anonymat.

"Nous réclamons non pas 5 millions de FCFA mais plutôt 10 millions chacun, plus une villa (...) Le cas échéant, nous ne regagnerons pas les casernes", a affirmé un soldat à l'AFP. "Dans la nuit du 5 au 6 janvier 2017, aux environs de 0h30, un groupe de militaires a fait irruption à l’état-major de la 3e région militaire (de Bouaké, ndlr) en faisant usage d’armes à feu", avait déclaré le ministre de la Défense, Alain-Richard Donwahi, dans un communiqué lu à la télévision nationale vendredi 6 janvier à la mi-journée. Le ministre a appelé "tous les soldats (à) garder leur calme et (à) rentrer dans les casernes, en vue de permettre la recherche de solutions durables pour l’ensemble des composantes des Forces Armées de Côte d’Ivoire".

Vendredi dans la matinée 6 janvier , le gouvernement avait réuni un Comité national de crise, selon une source proche du ministère de la Défense.

Barricades 

Des gendarmes ivoiriens à bord d'un véhicule à l'entrée d'un camps miliataire à Bouaké, le 6 janvier 2017. Photo : AFP/VNA/CVN

À Bouaké, les soldats ont "cassé la poudrière du camp du 3e bataillon", le plus important de la ville, "c'est de là qu'ils ont sorti les lances-roquettes et d'autres armes montées sur des pickups", avait expliqué un officier à l'AFP.

"C'est vers 03h00 du matin (03h00 GMT) que des militaires sont arrivés au commissariat du 1er arrondissement situé au quartier Sokoura où ils ont désarmé les policiers présents et emporté des kalachnikov", avait indiqué à l'AFP un responsable de la police locale sous couvert d'anonymat.

Vendredi matin 6 janvier, les militaires avaient attaqué la préfecture de police et les sept commissariats de Bouaké et dressé des barricades au centre-ville, coupant toute circulation, avait constaté le correspondant de l'AFP.

Des soldats ont pris position à divers carrefours stratégiques de la ville et d'autres sillonnaient la ville à moto ou dans des colonnes de véhicules qu'ils ont pris à la police.

Écoles et commerces étaient tous fermés à Bouaké, ancienne capitale de la rébellion qui contrôlait le nord du pays lorsqu'il était coupé en deux entre 2002 et 2011. Cette rébellion était favorable à l'actuel président Alassane Ouattara, alors que le sud du pays était tenu par les forces loyales à l'ex-président Laurent Gbagbo. Vendredi soir 6 janvier, à Daloa, grande ville du centre-ouest, "les militaires ont regagné les casernes", a affirmé une source militaire, mettant fin aux tirs qui avaient semé la peur parmi la population.

À Korhogo, un militaire joint au téléphone a indiqué que "tout (était désormais) calme". À Daoukro (centre-est), fief de l'ex-président Henri Konan Bédié, grand allié du président Ouattara, les soldats qui avaient sillonné la ville "armés de kalachnikov (...) n'étaient plus visibles" en début de soirée, a rapporté un journaliste.

En novembre 2014, une vague de protestation de soldats était partie de Bouaké pour s'étendre à Abidjan, la capitale économique, et d'autres villes du pays. Le non-paiement des "arriérés de soldes de 2009-2011 et de 2011-2014 des ex-combattants intégrés dans l'armée" avait été présenté comme le principal motif de leur mécontentement. Le président Ouattara s'était engagé fin novembre 2014 à verser ces arriérés de soldes.

Selon plusieurs sources sécuritaires, d'anciens éléments rebelles, intégrés en 2009 dans les forces de sécurité nationales à la suite de l'accord de paix de Ouagadougou signé en 2007, étaient à l'origine du mouvement.

AFP/VNA/CVN

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