08/10/2016 15:56
Le Nobel décerné au président Juan Manuel Santos exprime un fort soutien de la communauté internationale à cet homme déterminé à clore le conflit armé, mais envoie aussi un message à tous les Colombiens afin qu'ils parviennent enfin à faire la paix.
>>Le Nobel de la paix au président colombien Santos

Le président colombien Juan Manuel Santos, le 29 juillet 2016 lors d'un discours. Photo : AFP/VNA/CVN

"C'est un énorme et impressionnant soutien au président", estime l'expert en conflits armés Ariel Avila. Mais "c'est une pression aussi sur les partisans du "Non" et différents secteurs afin qu'ils ne retardent pas la feuille de route" du processus de paix jusqu'à l'élection présidentielle de 2018, a déclaré cet analyste de la fondation Paix et Réconciliation.

Santos a pris des risques en soumettant à référendum l'accord de paix signé le 26 septembre avec la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Rien ne l'obligeait légalement à convoquer cette consultation à laquelle il tenait cependant afin de donner "la plus large légitimité" possible à la paix.

Mais, en dépit des sondages donnant le "Oui" largement gagnant, c'est le "Non" qui l'a emporté le 2 octobre, d'une courte tête avec 50,2% des voix, lors d'un scrutin marqué par un taux d'abstention record de plus de 62%.

Bien plus qu'un prix de consolation

Pour l'analyste français Frédéric Massé, ce Nobel "est beaucoup plus qu'un prix de consolation. C'est vraiment un message aux Colombiens pour continuer à négocier et essayer de prendre une position" pour terminer la confrontation avec les Farc, principale guérilla du pays, issue en 1964 d'une insurrection paysanne et qui compte encore 5.765 combattants armés.

"Cela va dépendre de la capacité des dirigeants politiques à vraiment mettre leur ego un peu de côté et à trouver la solution", a déclaré cet autre expert en conflits et groupés armés, de l'Université Externado de Bogota.

Ariel Avila abonde dans le même sens : ce prix "ne résout pas le problème. Il faut encore construire la feuille de route, trouver une voie, faire pression sur le Centre démocratique", parti de l'ex-président de droite et actuel sénateur, Alvaro Uribe, leader de la campagne pour le "Non" à l'accord, dont il a dénoncé le "laxisme" envers les guérilleros.

Focaliser la lumière sur le processus

Marc Chernick semble plus optimiste. Le Nobel "va beaucoup aider Santos", a-t-il dit car "c'est une bouée de sauvetage, symbolique, mais qui va mobiliser tous les acteurs au sein de la société et de la communauté internationale, et jusqu'à l'intérieur des partis politiques pour soutenir" le président. Pour cet expert, quelle que soit la voie choisie, elle va requérir "beaucoup de vaillance politique, beaucoup de soutien populaire". "C'est un bol d'air frais donné au président et à lui de savoir capitaliser là-dessus".

Il y a déjà "eu une grande mobilisation dans le pays", estime toutefois Marc Chernick, en référence aux marches blanches pour la paix, qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes à travers toute la Colombie depuis dimanche 2 octobre.

"Il ne manquait, selon ce politologue, que ce qui est arrivé avec ce prix, c'est-à-dire un grand soutien de la communauté internationale pour diriger, focaliser la lumière sur le processus de paix en Colombie".

AFP/VNA/CVN

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