24/12/2016 15:36
"Si je voyais le patron d'Uber, je lui dirais merci : c'est grâce à lui que j'ai un boulot, et grâce à lui que je sors de ma banlieue". Pourtant, pendant six mois, Yanis, 25 ans, a travaillé jusqu'à 20 heures par jour pour un salaire de misère.
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Lors d'une manifestation de chauffeurs VTC suite à la hausse des tarifs d'Uber, le 15 décembre 2016 à Paris.
Photo : AFP/VNA/CVN

À lui seul, le cas de ce chauffeur habitant Pantin résume le "paradoxe Uber" en Seine-Saint-Denis, territoire sinistré - 23% de chômage chez les moins de 25 ans - devenu premier pourvoyeur de main d'œuvre pour les plateformes VTC.

L'été dernier, Yanis était "en galère" : "Pas de boulot" et deux enfants placés dont il veut "à tout prix récupérer la garde". "Je connaissais beaucoup de gens de banlieue qui travaillaient pour Uber, des gens qui veulent s'en sortir autrement que dans l'illégalité", dit-il.

Il répond à l'annonce d'un "patron" qui cherche des chauffeurs. S'ensuivront six mois d'enfer : connecté de 3h à 23h à la plateforme Uber, il trime pour 1.500 euros par mois. Jusqu'à craquer.

Il travaille désormais pour un nouvel employeur VTC, "réglo cette fois". Vendredi, il prendra le volant malgré l'appel à la mobilisation : "OK, Uber a augmenté ses tarifs, et alors ? J'ai des enfants à nourrir, un loyer à payer."

En 2015, 2.003 entreprises ont été créées dans le secteur VTC et taxis pour la seule Seine-Saint-Denis, soit près de 20% des créations d'entreprise du secteur en France.

Un chauffeur de VTC lors d'un rassemblement le 9 février 2016 à Paris pour défendre leur activité.
Photo : AFP/VNA/CVN

Pour se "rapprocher" de ses "partenaires-chauffeurs", l'entreprise californienne a déménagé son "centre d'accueil" de Paris à Aubervilliers, où elle reçoit selon ses dires 3.500 personnes chaque semaine. Depuis lundi 19 décembre, les portes restent fermées, par craintes de violences.

"Dignité" mais "précarité"

Lors de l'inauguration en septembre, aucun élu de Seine-Saint-Denis, historiquement ancrée à gauche, n'est venu couper le ruban.

"Je n'ai pas été invité", balaie Stéphane Troussel, le président PS du département. L'élu concède que "des jeunes des quartiers populaires sont nombreux à trouver là une possibilité d'emploi et une forme de dignité par le travail". Mais il se "refuse à baisser les bras et à avoir un discours qui consiste à dire +la précarité, c'est mieux que rien+".

De fait, le métier de chauffeur fait figure d'échappatoire quand on n'a "pas le bon nom ou le bon code postal", souligne un professionnel du secteur. Avec, en prime, les attributs de la réussite : costume et berline noire.

Selon un sondage réalisé cet été auprès de 1.500 "partenaires" d'Uber pour son compte, 39% étaient au chômage avant et 41% ont un diplôme inférieur au bac. L'entreprise communique elle-même sur sa contribution "à l'intégration des banlieues en favorisant l'insertion via l'activité de chauffeur".

"L'accès à ces métiers est une politique des banlieues qui fonctionne", plaide de la même manière Voitures noires, florissant loueur de véhicules pour chauffeurs VTC.

Selon une étude du Boston Consulting Group réalisée en novembre en collaboration avec Uber, deux tiers des chauffeurs seraient des employés, contre un tiers d'indépendants. Le revenu moyen se situerait entre 1.400 et 1.600 euros net pour 52 heures par semaine.

Des chauffeurs VTC rassemblés le 9 février 2016 à Paris pour défendre leur activité.
Photo : AFP/VNA/CVN

Miracle ou mirage ? Vecteur d'intégration ou de précarisation ? Pour ceux qui mènent la fronde contre Uber, la réponse est simple : "Cela ressemble à du Macron qui dit +Ce sont des jeunes sans avenir alors autant leur donner un boulot à 4 euros de l'heure+. C'est inacceptable, depuis quand un prédateur américain fait du social ?" s'énerve Sayah Baaroun (Unsa-VTC).

Des associations d'aide à la création d'entreprises ont accepté de s'associer avec Uber. Sans rétribution ni angélisme.

"Au démarrage, il était assez simple de gagner de l'argent. Mais la situation s'est extrêmement tendue, les chauffeurs doivent travailler plus longtemps pour réaliser un chiffre d'affaires inférieur", relève Sabrina Lauro, de Planet Adam.

"On conseille aux chauffeurs de développer parallèlement leur propre clientèle et de ne pas dépendre d'une seule plateforme", souligne de son côté Marie Degrand-Guillaud, de l'Adie.

Reste que, ces jours-ci, nombre de chauffeurs de banlieue craignent avant tout "un arrêt de l'application en France". Tony, 23 ans, en fait partie : "J'ai même pas le brevet et je gagne 3.300 euros net par mois : avec le bagage que j'ai, qui d'autre me paierait ça ?"

AFP/VNA/CVN

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