05/02/2017 11:43
Voyager, c’est souvent s’offrir le plaisir de belles découvertes et rencontres, mais c’est parfois subir quelques déconvenues. Au Vietnam comme ailleurs…

Un petit périple après avoir fait la fête pour le Têt Tây (Nouvel An solaire), avant de recommencer pour le Têt Ta (Nouvel An lunaire). Telle avait été la décision prise avec un groupe d’amis venus de France. L’occasion pour eux de découvrir un pays et une culture qu’ils ne connaissaient pas encore. Tout était prêt pour que, dit familièrement, tout baigne dans l’huile. Que n’aurions-nous dû penser à la loi de Murphy ! Règle dite de la vexation universelle, qui peut s’énoncer ainsi «Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal», ou dit autrement, si une tartine beurrée doit tomber, elle tombera toujours du côté beurré. Voire par extension, si elle tombe du côté non beurré, elle rebondira autant de fois qu’il faut pour tomber du côté beurré ! Démonstration…
 
Perdue de vue

La Cité impériale de Huê, beau but de voyage.

Après quelques jours passés à Hanoï, nous sommes en route pour Huê (province centrale de Thua Thiên-Huê). Ou plutôt, en ciel ! Notre avion se faufile sous la couche nuageuse, qui a l’amabilité de s’effilocher au-dessus de la ville impériale, pour que le soleil nous accueille à l’atterrissage. Nous sommes devant le tapis roulant, attendant de retrouver nos valises dont on nous a séparées à l’enregistrement. Avec impatience, nous scrutons le défilé de bagages, espérant repérer les nôtres pour qu’ils rejoignent notre giron. Tiens, justement cette grosse grise nous appartient, et cette petite rouge aussi, et la noire qui suit, encore. Ne reste plus qu’une autre noire. Des noires, nous en voyons passer: des joufflues, des sanglées, des cadenassées, des ventrues, mais celle que nous attendons reste invisible. Et invisible, elle l’est encore à l’heure où j’écris cette chronique…
 
Disparue, évaporée entre ciel et terre. Au XXIe siècle, à l’ère du traçage informatique de la viande de bœuf, du yaourt sucré, du colis postal, notre valise a fait une fugue. Nul ne sait ce qu’elle est advenue. On nous l’avait pourtant étiquetée, on nous avait bien donné la contre marque, véritable laisse électronique qui permet à notre valise d’être reliée à nous, n’importe où dans le monde. Rien !
 
La valise est sortie des écrans radars. Aurait-elle pris le maquis, décidée à vivre indépendamment des humains, préfigurant ainsi un exode des bagages sous d’autres cieux ? Était-elle fatiguée d’être tirée, roulée, bousculée, passant d’un coffre à une soute, d’une soute à une armoire ? Toujours est-il qu’elle est partie avec armes et bagages, ou plutôt avec l’ensemble de la garde-robe touristique d’une personne qui doit encore passer quinze jours au Vietnam ?
 
L’employé que nous harcelons chaque jour doit maudire la loi de Murphy ! Et justement cette fameuse loi fait que lors de la visite de la Cité impériale de Huê, la seule personne qui se devait de conserver en bon état le seul pantalon qui lui restait trébuche sur des pavés disjoints, et tombe sur une terre généreuse et compatissante, qui s’empresse de se coller à ses genoux !
 
Heureusement, Hôi An (province centrale de Quang Nam) est sur notre route : il paraît que le sur-mesure en est une spécialité !
 
Mauvais plan

Hôi An, sur mesure pour le romantisme et le charme !

Trouver le tailleur n’avait été qu’une formalité, mais la tentation avait été grande de faire du lèche-vitrine dans les rues, et c’est épuisés que nous étions revenus à pied à notre hôtel, un peu à l’écart du centre.
 
Cette fois, pour récupérer le pantalon neuf, nous prenons un taxi. L’occasion pour mes amis d’un nouveau choc culturel ! En une volte élégante, un magnifique taxi vert vient se garer devant l’hôtel. Un chauffeur portant une élégante cravate verte descend de son véhicule, en fait le tour pour ouvrir la porte arrière à une des dames présentes. Touchée par le geste, celle-ci s’avance. J’aurais dû me méfier, lui dire d’attendre lorsque j’ai entendu le raclement de gorge du chauffeur, prémonitoire d’une expectoration. Las ! Je ne réagis pas assez vite, et un splendide crachat vient s’écraser à deux centimètres de la chaussure de mon amie. En moi-même, je remercie le ciel que notre chauffeur sache viser ! Ce dernier trouvant l’action si naturelle, qu’il ne s’en excuse pas auprès d’une Occidentale outrée à qui j’ai dû faire un cours d’anthropologie oto-rhino-laryngologique comparée sur la façon d’expulser ses glaires.
 
Allez, Nha Trang (province centrale de Khanh Hoà) saura nous faire oublier l’incident ! Une pluie torrentielle nous y attend et c’est cachés sous des capes de pluie que nous prenons la direction du musée Yersin… fermé le week-end. Et, bien évidemment, nous sommes un samedi !
 
Allez, hauts les cœurs, nous allons chercher un bon restaurant pour faire passer la déception. Justement, un de mes amis a trouvé une adresse dans un guide très connu. Vous savez ce genre d’adresse où on vous dit que la patronne est charmante, que la cuisine y est succulente, que le prix est tout à fait raisonnable et que ne pas y aller relèverait de la pire des stupidités. Confiant en l’oracle qui a rédigé ce guide, nous partons pour une longue remontée du front de mer de Nha Trang.
 
Après avoir parcouru près de 2 km sous la pluie, louvoyé entre des grappes de touristes bedonnants, essuyé les assauts de haut-parleurs déchaînés, erré de rues en ruelles, nous arrivons dans le havre gastronomique indiqué. La salle est pleine, signe de bonne cuisine. Nous trouvons place autour d’une table encore libre. Le menu est appétissant, et c’est en toute quiétude que nous demandons des rouleaux de printemps et des nouilles aux crevettes. Et c’est alors que Murphy est venu nous chatouiller les papilles…
 
Les rouleaux de printemps dataient de l’été dernier, et les nouilles aux crevettes baignaient dans une sauce pimentée dont le riz blanc, abondamment consommé, n’arrivait pas à éteindre le feu. Comme quoi, la phrase «Suivez le guide !» ne doit pas être prise au pied de la lettre. Une bonne nuit là-dessus et il n’en restera plus rien… La chambre avec vue sur la mer qui nous ouvre sa porte promet d’être agréable. C’était sans compter avec les décibels de nos voisins de chambres que la faible isolation des murs n’a pas réussi à contenir. Certes, demain est un autre jour, mais tout de même.
 
Heureusement, il existe aussi la loi de Pareto, qui relègue la loi de Murphy dans les 20% de désagréments par rapport aux 80% de plaisir que nous avons à voyager dans le pays !
 
Texte et photos : Gérard BONNAFONT/CVN
 
 
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