10/06/2017 16:54
Ex-sympathisante de l'extrême droite et veuve d'un policier, Béatrice Huret attend son procès pour "aide au séjour irrégulier d'un étranger en France". Elle n'a "aucun regret" et qu'une explication : elle a aidé Mokhtar, un migrant de la "Jungle" de Calais, à passer en Angleterre, "par amour".

Béatrice Huret, le 7 juin 2017. Photo : AFP/VNA/CVN

Le 11 juin 2016, 04h00 du matin. Sur une plage, Béatrice Huret serre dans ses bras Mokhtar : après huit mois passés dans le bidonville du Nord de la France, l'Iranien s'apprête à embarquer avec deux autres réfugiés sur un petit bateau de plaisance. Elle les a aidés à dénicher cette "coquille de noix" achetée 1.000 euros sur internet et à organiser le départ. "Si je ne l'avais pas fait, ils auraient trouvé quelqu'un d'autre pour le faire ! C'était leur but et je ne pouvais rien faire pour les en dissuader", assure-t-elle, attablée dans sa maison située à l'orée d'un bois, à 25 km de Calais.

Son histoire d'amour commence en février 2015. L'ancienne aide-soignante, devenue formatrice pour adulte, découvre la "Jungle" de Calais "par hasard", en prenant en stop un jeune réfugié soudanais qu'elle dépose à l'entrée du camp. "Cela a été le choc de voir tous ces gens patauger dans la gadoue", se souvient cette femme aux longs cheveux noirs et yeux verts entourés de khôl.

La "Jungle", où de 6.000 à 8.000 migrants vivaient dans un bidonville insalubre, avec l'espoir de passer en Angleterre, a été démantelée en novembre 2016 par les autorités françaises. Béatrice Huret devient bénévole et c'est un an plus tard qu'elle croise le regard de Mokhtar pour la première fois. Il fait partie des migrants iraniens qui se sont cousus la bouche pour protester contre le démantèlement d'une partie du bidonville.

"Mon anglais c'était juste +hello, thank you, goodbye+ alors je ne lui ai pas parlé tout de suite. Lui, s'est levé pour aller me chercher un thé, on ressentait quelqu'un de très doux, très calme et puis son regard... Ca a été le coup de foudre", raconte-t-elle, enchaînant les cigarettes.

Un amour "Google traduction"

Deux mois passent, puis un bénévole demande à Béatrice Huret d'héberger Mokhtar deux jours, en attendant "un plan" pour rejoindre l'Angleterre en camion. Elle accepte, le plan échoue et Mokhtar reste finalement un mois chez cette femme de 44 ans qui vit avec sa mère, 76 ans, et son fils Florian, 19 ans. "Notre histoire d'amour a commencé là, avec l'aide de +Google traduction+...".

Cette rencontre n'avait "rien d'une évidence" pour cette ancienne électrice du parti d'extrême droite Front national, qui a partagé la vie d'un policier frontalier pendant 20 ans. Elle était alors aide-soignante dans une maison de retraite, travaillait de nuit, s'occupait "du petit", dormait un peu, se livrait aux tâches domestiques... "J'avais une vie basique et je votais FN, comme mon mari, sans vraiment me poser de questions", admet-elle.

Son nouveau compagnon de 37 ans, ex-professeur de persan en Iran, vit maintenant à Sheffield en Angleterre où il a obtenu un permis de travail. Un week-end sur deux, elle prend le ferry, puis roule jusqu'à chez lui. Son anglais s'est amélioré: "je comprends tout mais j'ai toujours un peu de mal à le parler", sourit-elle. Mais deux mois après le passage de Mokhtar en Angleterre, Béatrice Huret a été placée en garde à vue dans le commissariat où avait travaillé son mari. "J'ai dit toute la vérité parce que pour moi, je n'avais rien fait d'illégal", affirme-t-elle.

Jugée pour "aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France en bande organisée", elle risque jusqu'à 10 ans de prison.

AFP/VNA/CVN
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