02/01/2017 16:23
Depuis quelques semaines, elle se vend en seau au coin des rues, aussi précieuse qu'une liasse de dollars américains. Dans Bulawayo écrasée par la sécheresse, l'eau potable est une denrée rare, qui fait l'objet d'un commerce sans scrupule.
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Distribution d'urgence d'eau par citerne dans la périphérie de Bulawayo au Zimbabwe. Photo : AFP/VNA/CVN

Officiellement au chômage comme la quasi-totalité des Zimbabwéens, Bernard Phiri s'est improvisé "vendeur d'eau" dans les rues de la deuxième ville du pays pour arrondir ses fins de mois. Sans le moindre état d'âme.

"Je n'ai pas de voiture mais je loue une camionnette à un prix raisonnable pour livrer de l'eau", raconte-t-il. "Mon bénéfice est marginal, mais au moins ça me rapporte un petit quelque chose à la fin de chaque journée".

Pour un seau de 20 litres d'eau potable, il demande un dollar. La moitié seulement si son client lui précise qu'il n'en a besoin que pour faire sa toilette ou laver son linge.

Depuis des mois maintenant, Bulawayo (Sud) manque cruellement d'eau. Comme le reste de l'Afrique australe, le Zimbabwe étouffe sous un soleil de plomb qui brûle les récoltes, tarit les nappes phréatiques et assèche les gorges.

Cette troisième année consécutive de sécheresse, aggravée cette saison par l'anomalie climatique El Niño, a contraint les autorités de Bulawayo et de la capitale Harare à rationner l'eau.

Officiellement, les coupures d'eau ne dépassent pas trois jours consécutifs. Mais il n'est pas rare que, dans certains quartiers, les robinets restent coupés plusieurs semaines.

Les autorités municipales ont bien mis en place un système de distribution d'urgence par citernes ou autour de puits mais, très vite, il a été dépassé par la demande. Alors, comme toujours au Zimbabwe, le système informel a pris le relais.

'Créatifs' 

Dans les rues ont fleuri toutes sortes de panneaux publicitaires griffonnés à la hâte de promesses alléchantes: "nous creusons des puits" ou "citernes d'eau de 10.000 litres, 5.000 litres, 2.500 litres ou 500 litres".

Faute de mieux, de nombreux habitants n'ont eu d'autre choix que de se ravitailler auprès de revendeurs clandestins.

Dirigé d'une main de fer depuis 1980 par Robert Mugabe, le Zimbabwe traverse une grave crise depuis une quinzaine d'années. Asphyxiée par le manque de liquidités, son économie tourne au ralenti et 90% de sa population active n'a pas d'emploi formel.

La municipalité de Bulawayo a bien tenté d'interdire le système de distribution parallèle d'eau. Mais sans succès.

"La qualité de l'eau n'est pas garantie", s'inquiète la conseillère chargée de l'ingénierie et de l'environnement, Silas Chigora.

Inquiétude sanitaire 

La crainte d'une catastrophe sanitaire est partagée par une partie de la population. Beaucoup de Zimbabwéens ont encore en mémoire l'épidémie de choléra qui a fait au moins 4.000 victimes en 2008, largement favorisée par l'état déplorable du système de distribution d'eau potable.

"Soixante-douze heures sans eau courante, ce n'est pas une plaisanterie", juge Mandla Gumede, une résidente du quartier périphérique de Magwegwe. "Seule la grâce de Dieu nous a épargnés des épidémies."

AFP/VNA/CVN

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