30/11/2016 10:28
Transporter son salaire en liasses de billets à travers le Myanmar était un rituel risqué et coûteux pour Khin Myint Oo. Mais c’est aujourd’hui aussi simple que d’envoyer un SMS pour cette femme de ménage birmane qui n’a pas de compte en banque.
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Une banquière compte des billets de kyats dans une banque à Rangoun, au Myanmar.
Photo : AFP/VNA/CVN

Comme beaucoup d’habitants du Myanmar, Khin Myint Oo a dû s’exiler dans la capitale économique Rangoun pour trouver un emploi qui lui permette de faire vivre sa famille restée en État Shan, dans l’Est du Myanmar.

Mais comme 90% des Birmans, elle n’a pas de compte bancaire.

«Les gens continuent de conserver leur argent au fond d’une boîte dans leur maison», explique Khin Myint Oo, même si l’économie s’ouvre depuis 2011.

Dans un pays où le système bancaire reste embryonnaire, avec seulement 1.500 agences, Khin Myint Oo n’avait jusqu’à récemment que deux options : marcher très longtemps jusqu’au plus proche guichet ou transporter par bus des liasses de billets.

Mais les nouveaux dirigeants civils de ce pays encore très rural d’Asie du Sud-Est ont décidé de miser sur l’argent mobile pour accélérer la mue économique et d’ouvrir les services bancaires à des sociétés autres que les banques. C’est l’une des premières décisions économiques du nouveau gouvernement birman arrivé au pouvoir fin mars et emmené par Aung San Suu Kyi.

Depuis quelques mois, Khin Myint Oo peut donc transférer son argent en quelques minutes en utilisant Wave Money, l’une des toutes premières sociétés de services bancaires mobiles au Myanmar, née d’un rapprochement entre un opérateur de télécommunications et une banque privée.

Wave Money a construit un réseau de 4.000 points de dépôt et retrait d’argent à travers le pays : des magasins appelés «distributeurs humains», beaucoup plus accessibles et beaucoup plus nombreux que les agences bancaires.

«L’avantage est qu’il faut maintenant très peu de temps pour transférer de l’argent», se réjouit Khin Myint Oo, qui gagne 2 dollars par jour, soit bien plus que comme ouvrière agricole.

Gagner la confiance des consommateurs

«En termes de décisions qui peuvent tout de suite avoir un impact positif sur la vie des gens, cette politique se situe tout en haut», explique Sean Turnell, économiste australien et conseiller la nouvelle admi-nistration.

Ce type de service mobile est très fortement développé en Afrique sub-saharienne et notamment au Kenya avec M-Pesa, un service désormais utilisé par près de la moitié de la population et par lequel a transité l’équivalent de 40% du PIB du pays en 2015.

Wave Money permet aux Birmans de transférer rapidement des monnaies.
Photo : AFP/VNA/CVN

Les opérateurs regardent ainsi vers le Myanmar, «un marché dont tout le monde parlait lors des grandes conférences car il était jusqu’ici encore vierge», souligne Brad Jones, le Pdg de Wave Money.

Et où le réseau mobile s’est développé très rapidement : 60% des Birmans ont désormais un téléphone - la plupart acquièrent un smartphone - contre seulement 10% il y a quatre ans.

Les experts estiment toutefois qu’il faudra des années pour construire un réseau de services de paiement mobile susceptible d’atteindre les 51 millions d’habi-tants.

Les opérateurs devront aussi gagner la confiance des consommateurs, alors que les Birmans restent échaudés par les paniques bancaires et les dévaluations vertigineuses, fréquentes et douloureuses de l’époque de la dictature militaire.

«Ce sera le premier défi. Quand les gens ont quelques économies, ils achètent de l’or ou des pierres précieuses», explique Sean Turnell.

Un outil pour sortir de la pauvreté

L’enjeu est important car un changement des comportements en matière de paiement pourrait aider à sortir une partie de la population de la pauvreté.

En effet, les actifs physiques tels que l’or ne peuvent être encaissés rapidement, ce qui oblige les personnes en difficulté à se tourner vers des usuriers en cas de besoin.

À contrario, les transferts mobiles sont le meilleur moyen pour permettre aux Birmans les plus pauvres d’accéder rapidement à des services financiers plus sûrs, plus réglementés, estime Paul Luchtenburg du Fonds d’équipement des Nations unies (FENU) à Rangoun.

«Si l’on devait s’en tenir aux banques, cela prendrait du temps, car les banques s’occupent d’abord de leur remise en ordre», explique-t-il.

À Dala, une banlieue boueuse de l’autre côté du fleuve à Rangoun, qui n’a ni banque, ni distributeur, nombreux sont ceux qui continuent à enterrer leur argent dans la cour.

Mais plusieurs boutiques font maintenant partie du réseau de paiement mobile, dont l’épicerie de Zaw Zaw Oo, qui se dit convaincu : «Quand ce service sera vraiment populaire, il sera beaucoup plus utile que les banques. Les gens pourront déposer ou retirer de l’argent à tout moment».

AFP/VNA/CVN

 
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