25/03/2011 12:15
À l'occasion de la célébration du 50e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre le Maroc et le Vietnam (27 mars), l'ambassadeur du Maroc au Vietnam, El Houcine Fardani, a accordé au Courrier du Vietnam une interview sur les relations bilatérales.
Pourriez-vous nous dresser un bilan de la coopération entre le Vietnam et le Maroc au cours de ces 50 dernières années ?

La commémoration du 50e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre le Royaume du Maroc et la République socialiste du Vietnam nous offre l'occasion de célébrer l'amitié entre le peuple marocain et le peuple vietnamien, mais aussi de faire le bilan de la coopération entre nos deux pays et de réfléchir sur les orientations futures de cette coopération.

J'aimerai rappeler que les relations entre le Maroc et le Vietnam remontent bien avant l'indépendance du notre pays, c'est-à-dire aux années de la lutte contre le colonialisme. Les historiens rapportent l'existence de liens entre le Président Hô Chi Minh et l'émir Mohammed Ben Abdelkrim El Khattabi, chef de guerre du Rif, au Nord du Maroc qui se battait contre les Espagnols et les Français. Hô Chi Minh a demandé à Abdelkrim qui était en ce moment-là exilé au Caire, d'utiliser sa "grande autorité spirituelle en demandant aux soldats d'Afrique du Nord de refuser de partir pour le Vietnam" et de "lancer un appel aux dockers afin de boycotter les navires français…".

Les dirigeants vietnamiens ont également demandé à l'émir Abdelkrim d'envoyer au Vietnam un Nord-Africain capable de monter un réseau de guerre psychologique à destination des troupes nord-africaines du Corps expéditionnaire français d'Extrême-Orient (CEFO).

Effectivement, l'émir Abdelkrim a adressé un message aux Maghrébins soulignant : "…la victoire du colonialisme, même à l'autre bout du monde est notre défaite et l'échec de notre cause (…). Aidez donc votre pays et n'aidez pas contre lui. Si vous êtes contraints d'être dans les rangs de l'ennemi, choisissez l'attitude la plus conforme à votre fierté et à votre honneur, choisissez le parti de ceux qui défendent la liberté et qui font des sacrifices pour obtenir l'indépendance (…)*".

En 1949, le Parti communiste marocain a désigné pour cette mission auprès du Viêt Minh M'Hammed ben Omar Lahrech. Surnommé Maârouf, ayant pour nom de guerre vietnamien de Anh Ma, Ben Omar s'occupait des soldats nord-africains ralliés ou prisonniers dans le camp de Son Tây au pied du mont Ba Vi. Il avait obtenu le grade de général et avait des relations très étroites avec les dirigeants vietnamiens à cette époque.

J'ai évoqué ces exemples pour montrer que les liens entre le peuple marocain et le peuple vietnamien existaient même avant l'établissement des relations diplomatiques entre les deux pays. De ces liens subsiste encore au Vietnam un patrimoine commun unique en Asie, à savoir une porte qui a été construite par des Marocains avec l'aide d'autres Nord-Africains et européens à l'entrée de la coopérative d'élevage de vaches laitières à Ba Vi. Il reste encore à ce jour des arcades de cette porte que nous avions restauré avec l'aide du Comité populaire de Hanoi que nous voudrions remercier ici.

Dès le début des années 1960, les dirigeants des deux pays s'échangeaient des messages de félicitations à l'occasion de leur fête nationale. Une délégation de la République démocratique du Vietnam (RDV), conduite par le ministre des Affaires étrangères, Ung Van Khiêm, est arrivée au Maroc le 23 mars 1961 et le 25 mars elle a été reçue par Sa Majesté le Roi Hassan II qui a rendu hommage à "la lutte que le peuple vietnamien a livrée pour recouvrir son indépendance".

Ung Van Khiêm, en transmettant les veux du Président Hô Chi Minh, a pour sa part déclaré entre autres : "Ensemble, nous nous sommes levés contre la même domination. Sans la sympathie et le soutien du monde, soutien auquel le Maroc a puissamment contribué, nous ne serions pas aujourd'hui libérés, bien que la moitié de notre pays se trouve sous la domination étrangère"

Depuis les années 1990, les deux pays ont échangé des délégations à caractère politique et commercial de haut niveau. Côté vietnamien, on peut citer entre autres les visites du vice-ministre des Affaires étrangères Nguyên Phu Binh en décembre 2002; du ministre des Produits aquatiques Ta Quang Ngoc en février 2003, du Premier ministre Phan Van Khai en novembre 2004 etc. Et côté marocain, on peut citer :

- Visite de Mohammed Rachad Bouhlal, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères en juin 2002 ;

- Visite du ministre des Pêches maritimes Tayeb Rhafes pour participer au Forum international Vietnam-Afrique en mai 2003 ;

- Visite du ministre délégué aux Affaires étrangères Taib Fassi Fihri en juillet 2005 et en août 2006 ;

- Visite d'une délégation interministérielle pour s'informer sur l'expérience vietnamienne dans le domaine de la lutte contre la pauvreté et la micro-finance en mars 2006 ;

- Visite du secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la coopération en février 2008 ;

- Visite du président de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des conseillers en 2008 ;

- Visite du Premier ministre, Abbès El Fassi, en novembre 2008.

Depuis le début de la dernière décennie, les relations entre les deux pays évoluent de façon positive dans le cadre d'un certain nombre d'accords et de protocoles de coopération conclus depuis 2001 qui couvrent les domaines politique, commercial, économique, culturel, scientifique et technique. Les deux parties ont signé un accord commercial en 2001. La visite au Maroc du Premier ministre Phan Van Khai en novembre 2004, qui est intervenue un an après la visite au Vietnam du président de la chambre des représentants du Maroc, a marqué un tournant dans les relations bilatérales. Au cours de cette visite, les deux pays ont procédé à la signature de plusieurs accords de coopération : accord général de coopération économique, culturelle, scientifique et technique ; mémorandum d'entente sur la coopération industrielle ; protocole de coopération entre les ministères des Affaires étrangères des deux pays ; accord sur la suppression des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques, de service et spéciaux ; mémorandum d'entente entre les ministères de l'Industrie ; convention de coopération entre la Chambre de Commerce et d'Industrie du Vietnam d'une part, et la Chambre de Commerce, d'Industrie et des services et la Confédération générale des entreprises du Maroc d'autre part.

Les deux pays ont également signé un accord sur la non double imposition et la prévention de l'évasion fiscale en 2008, à l'occasion de la visite au Vietnam du Premier ministre marocain Abbès El Fassi.

Un accord sur l'encouragement et la protection et des investissements est en cours de négociation.

La partie marocaine a soumis aussi à la partie vietnamienne des projets d'accords sur le tourisme et sur la formation professionnelle.
Les points forts des relations entre les deux pays ont été sans doute les visites des hauts responsables des deux pays. Nous pouvons rappeler à cet égard, la visite au Vietnam du président de la chambre des représentants (parlement) du Maroc au Vietnam en 2003 au cours de laquelle il a eu des entretiens avec les dirigeants vietnamiens. Cette visite a été suivie en 2004 par la visite officielle au Maroc du Premier ministre vietnamien Phan Van Khai, à la tête d'une importante délégation qui comprenait des opérateurs économiques, au cours de laquelle il a été reçu par sa majesté le roi Mohammed VI ainsi que son homologue marocain, M. Driss Jettou et les présidents des deux chambres du parlement marocain.

En application des dispositions de l'accord général de coopération les deux pays ont mis en place la commission mixte de coopération Maroc-Vietnam qui a tenu sa première session à Rabat au Maroc en mars 2008. La commission a identifié un certain nombre de domaines où les deux pays peuvent coopérer tels que l'agriculture, l'aquaculture, le tourisme, les mines, l'éducation, les finances…
La deuxième session de la commission qui aura lieu cette année au Vietnam au cours du premier semestre, offrira l'occasion aux responsables vietnamiens et marocains d'évaluer la coopération depuis la tenue de la première session et de discuter des moyens susceptibles de remédier aux insuffisances et obstacles au développement des échanges commerciaux notamment.

Pourriez-vous nous informer des activités que le Maroc compte mener en 2011 au Vietnam, année de la célébration du 50e anniversaire de l'établissement des relations bilatérales ?

L'année 2011 sera marquée par la tenue de la 2e session de la Commission mixte de coopération à Hanoi au cours du deuxième semestre. Les deux parties se pencheront à cette occasion sur l'examen des relations bilatérales, notamment l'évaluation de ce qui a été réalisé ainsi que l'identification des obstacles au développement de la coopération dans certains domaines comme le commerce.
Il est essentiel d'impliquer les opérateurs économiques des deux pays pour renforcer davantage les relations commerciales parce que le rôle des gouvernements est d'élaborer le cadre juridique, favoriser l'environnement administratif et jouer un rôle de facilitateur, mais le gros du travail doit être effectué par les milieux d'affaires.

Notre souhait est que les opérateurs économiques multiplier les contacts dans le cadre des missions d'exploration du marché, des foires commerciales et autres forums. Ces contacts sont de nature à consolider la confiance mutuelle et à aider les uns à comprendre la culture des autres. C'est très important, parce que les différences culturelles doivent être prises en considération dans tout projet de transaction ou de partenariat.

Il faut reconnaître qu'il existe des obstacles objectifs auxquels fait face le commerce entre le Vietnam et les pays africains en général, à savoir l'éloignement géographique, le commerce triangulaire, l'insuffisance des liens entre les banques pouvant faciliter le paiement des transactions, etc.…
Mais ces obstacles ne doivent pas nous détourner de notre but de développer nos relations aussi bien dans le domaine commercial que dans la coopération technique et l'éducation, car il existe effectivement un réel potentiel qu'il faut exploiter.

Les deux pays devraient aussi renforcer leurs relations culturelles. Les échanges culturels jouent un rôle primordial dans la compréhension mutuelle et le rapprochement entre les deux peuples.

Nous souhaitons que les étudiants, de part et d'autre, utilisent les bourses à leur disposition pour poursuivre leurs études supérieures au Vietnam et au Maroc.

Les échanges entre les jeunes sont un autre volet important auquel nous devrions accorder un intérêt particulier. Il y a aussi un projet de création d'une Association d'amitié Vietnam-Maroc sur lequel nous travaillons avec l'Union des associations d'amitié du Vietnam. Il y aura aussi le vis-à-vis de cette association au Maroc.

Bon nombre d'investisseurs vietnamiens souhaitent placer leurs capitaux dans des projets au Maroc. Pourriez-vous nous parler des politiques prioritaires que le gouvernement marocain accorde aux entrepreneurs étrangers et ceux du Vietnam ?

Permettez-moi avant de parler des avantages accordés aux investisseurs étrangers de rappeler les grands chantiers structurants lancés par le Maroc ainsi que les réformes juridiques et administratives visant la modernisation des secteurs économiques importants dans le but de rendre notre économie plus compétitive, plus attractive et plus ouverte.

Dans cette optique, le gouvernement marocain a adopté une approche rénovée des politiques sectorielles intégrées offrant plus de visibilité et d'opportunités d'investissement de premier ordre. Nous pouvons citer le Plan Maroc vert pour une industrie agricole moderne ; le Plan Maroc Numeric pour entrer de plein pied dans l'ère de l'économie numérique ; la Vision 2020 pour le tourisme ; le Plan Halieutis pour la pêche ou encore l'ambitieuse politique énergétique qui optimise notre potentiel d'exploitation des énergies renouvelables (solaire et éolien) ainsi que le Pacte national pour l'Émergence industrielle qui prévoit le développement de nouveaux métiers d'avenir dans des filières porteuses, telles que l'offshoring, l'aéronautique ou encore l'automobile.

Ces stratégies sont soutenues par une infrastructure moderne qui sert les besoins d'une économie solide et diversifiée.

Le Maroc a procédé aussi au lancement d'une nouvelle génération de réformes structurelles que ce soit dans le domaine de la justice pour en consolider l'indépendance et en accroître l'efficacité, celui de l'éducation et de la formation pour mieux valoriser le capital humain et accompagner les besoins en compétences des stratégies sectorielles et enfin en matière de moralisation de la vie publique, notamment la lutte contre la corruption.

Le gouvernement s'efforce d'améliorer le climat des affaires pour faciliter l'investissement dans un souci d'efficacité et de suppression des contraintes qui pèsent sur l'entrepreneur en vue de dynamiser l'investissement, créateur d'emplois et de richesse. Le gouvernement poursuit à cet égard quatre objectifs : simplification des procédures administratives ; modernisation du droit des affaires ; amélioration de la résolution des litiges commerciaux et enfin communication élargie sur l'avancement des réformes.

Le Maroc a opté pour un nouveau mode de gouvernance qui se base sur une approche territoriale. Ainsi, 22 pôles de compétitivité métiers ont été mis en place dans les domaines de l'industrie et des nouvelles technologies (P21), de la pêche (Agadir, Tanger, Laâyoune, Dakhla) ou encore de l'électronique (Rabat, Casablanca, Fès et Tanger).

Ce nouveau mode de gouvernance privilégie également le partenariat public-privé qui vise à mettre en oeuvre des stratégies en étroite collaboration avec le secteur privé.

Le gouvernement marocain a mis en place des plans intégrés pour accélérer les réformes structurelles concernant la modernisation des secteurs domestiques comme la construction/immobilier qui vise la création de plus de quatre villes nouvelles, 150.000 unités de logement social par an, 200.000 unités d'habitat et 50.000 villas économiques par an ; le "Plan Maroc Vert" avec un investissement de 140,50 milliards de DH (1USD = 8 dirhams - DH) et vise la création d'un à 1,5 million d'emplois et la réduction de la pauvreté en milieu rural ; le "Programme Ibhar " dans le domaine de la pêche consiste en l'équipement de 16.000 barques pour le stockage et la conservation de 18.000 navires en matériels de préservation et le remplacement de 800 navires qui ont 15 ans et plus, ainsi que l'amélioration des conditions de travail de plus de 100.000 pêcheurs ; le "Plan Rawaj" pour promouvoir le commerce.

Pourriez-vous nous parler des points forts du Maroc permettant d'attirer les investisseurs étrangers dont des entreprises vietnamiennes ?

Le Maroc dispose d'infrastructures et réseaux modernes comme le port Tanger Med, l'un des plus grands ports maritimes dans le bassin méditerranéen, un réseau d'autoroutes qui relie les grandes villes du Royaume, des zones industrielles et offshore. Le Plan du développement intégré du secteur industriel s'articule autour des piliers suivants :

- Le développement des métiers mondiaux et la mise en place de plateformes industrielles intégrées pour accueillir les investissements. Ce secteur se subdivise en deux volets : les métiers mondiaux orientés vers les investissements directs étrangers comme l'offshoring, l'automobile, l'aéronautique et le spatial, l'électronique et les métiers traditionnels, tels que l'agroalimentaire, le textile et cuir.

- La compétitivité des entreprises : amélioration de la compétitivité des PME, adéquation de la formation aux besoins de l'industrie.
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Le Maroc dispose d'atouts indéniables pour attirer les IDE :
- Atouts structurels : proximité logistique (livraison en Espagne et Sud de la France en 24 h) ; pools de ressources à des coûts compétitifs ; qualité des infrastructures.

- Politique volontariste ciblée : zones dédiées (immobilier, administration, services) et un plan de formation des ressources humaines.

- Cadre sectoriel incitatif : un allègement massif et exceptionnel de la fiscalité d'entreprise avec une exonération de l'impôt sur les sociétés (IS) pendant les cinq premières années et 8,75% pendant les 20 années suivantes en zone franche, soit une fiscalité moyenne de 7% sur 25 ans ; exonération totale des charges sociales pendant 24 mois pour le 1er emploi.

- Accords de libre-échange avec plusieurs pays et ensembles économiques.

Je profite de cette occasion pour lancer un appel aux opérateurs économiques vietnamiens pour investir au Maroc. Notre souhait est de voir les deux pays achever cette année les négociations concernant le projet d'accord sur l'encouragement et la protection des investissements. Nous espérons aussi que PetroVietnam Fertilizer et l'Office Chérifien des Phosphates (OCP) puissent avancer dans la négociation pour la création d'une cœntreprise au Maroc pour la production d'engrais.

* cf. Histoire d'Anh Ma de Abdellah Saaf, Ed. L'Harmattan, Paris, 1996.

Messages de félicitations au Maroc

À l'occasion du 50e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques Vietnam-Maroc (27 mars), le président de la République, Nguyên Minh Triêt, a envoyé le 24 mars un télégramme de félicitations au roi du Maroc, Mohamed VI. Le Premier ministre Nguyên Tân Dung a fait de même avec son homologue Abbas El Fassi. Le même jour, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Pham Gia Khiêm, a envoyé un message de félicitations au chef de la diplomatie marocaine Taeb El Fassi Fihri.

Réalisé par Phuong Mai/CVN

25/3/2011
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