06/05/2017 07:00
Avec leurs cornes ornées de pompons colorés et des clochettes autour de la tête, des buffles d’Asie foncent le long des rizières de Bali en tirant une charrette en bois. Deux hommes, debout, leur assènent des coups de fouet pour gagner une course traditionnelle.
Un Makepung ou une course de buffles dans le district de Jembrana, sur l’île indonésienne de Bali.  Photo : AFP/VNA/CVN

Agglutinés le long du parcours, des centaines de spectateurs acclament leur tandem favori, espérant qu’il va remporter cette compétition prestigieuse pour la communauté locale, organisée au cours du festival annuel sur l’île la plus touristique d’Indonésie.

Appelée Makepung, cette course sur des sentiers étroits met en compétition deux communautés agricoles dans le district de Jembrana, à l’ouest de Bali. Des buffles dociles quittent pour l’occasion les rizières où ils sont utilisés habituellement comme animaux de trait.

À mille lieues des plages et attractions touristiques populaires plus au Sud, ce spectacle grandiose - tradition locale pour fêter la saison de la récolte de riz - attire une foule de passionnés.

Le Makepung a débuté dans les années 1960 et met aux prises les deux communautés vivant chacune d’un côté du fleuve Ijo Gading, qui sépare la ville de Negara, capitale du Jembrana.

Les compétiteurs de l’ouest de l’Ijo Gading s’habillent en vert et ornent leurs charrettes d’un drapeau vert, tandis que ceux de l’est sont en rouge.

Des «jockeys» âgés

Au fil des années, les jockeys ont pris de l’âge et leur remplacement par des jeunes est de plus en plus difficile.

«Je suis vieux maintenant et il n’y a pas de nouvelle génération», déplore Kadek Nuraga, un jockey de 51 ans qui concourt depuis plus de 35 ans pour la communauté à l’ouest du fleuve Ijo Gading.

«Beaucoup de vieux jockeys aimeraient prendre leur retraite. Certains ont déjà plus de 60 ans, mais ils n’ont guère le choix, on a besoin d’eux pour préserver la tradition», dit-il.

Une coiffure ornementale d’un buffle participant à un Makepung.
Photo : AFP/VNA/CVN

De nos jours, les jeunes ont tendance à quitter Jembrana, dans l’espoir d’une meilleure situation en ville. Et ceux qui restent sont plus intéressés par les jeux vidéo que par les Makepung, se plaignent les anciens.

L’un des fils de M. Nuraga, âgé de 27 ans, a déjà quitté le village. Du coup, son père entraîne le jeune fils de son voisin le week-end, pour qu’il puisse un jour reprendre le flambeau. Mais entraîner un bon jockey prend du temps.

En attendant, «plus le compétiteur est âgé, plus il peut tomber facilement de la charrette», explique l’organisateur en chef des compétitions de Makepung, Made Mara. Des vétérans sont même morts après une chute.

«Trouver des amateurs prêts à participer à des courses est si ardu que certaines équipes doivent en embaucher, moyennant 100.000 roupies par course (6,75 euros)», observe Komang Hendra, responsable du tourisme à Jembrana. Une somme non négligeable dans cet archipel d’Asie du Sud-Est où près de 40% de la population vivent avec moins de deux euros par jour.

La fierté et le prestige

Mais pour bien des habitants de Jembrana, l’investissement en vaut la peine compte tenu des gains potentiels : la récompense pour chaque victoire atteint 25 millions de roupies (1.690 euros). Une somme à répartir entre les membres de l’équipe gagnante, soit jusqu’à 1.200 personnes de la communauté.

Quant à la valeur marchande des buffles vainqueurs, elle bondit et peut atteindre sur le marché local jusqu’à 175 millions de roupies (11.800 euros) pour deux bêtes.

Au départ simple divertissement, les courses sont progressivement devenues de véritables compétitions. Les communautés préparent chaque année des équipes pour la saison du Makepung, qui s’étend de juillet à novembre avec des courses tous les 15 jours. Cette année, quelque 300 buffles y participent.

Une journée de compétition dure en général cinq heures, avec de nombreuses courses sur une distance d’environ 1.500 mètres. Les compétiteurs sont répartis en quatre catégories. L’une des communautés est déclarée vainqueur à la fin de la journée.

Le spectacle n’attire pas autant que les plages paradisiaques de Bali, mais des touristes étrangers viennent aussi y assister, aux côtés de nombreux habitants locaux.

Pour la plupart des participants, les gains financiers importent moins que le prestige, explique M. Hendra. «Ce qui compte n’est pas vraiment de gagner le prix, c’est la fierté et le prestige».

AFP/VNA/CVN
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